Excision : Les retombées psychologiques

Aussi invraisemblable que cela puisse paraitre, on parle d’environ 130 millions de femmes excisées à travers le monde ! Les victimes de mutilation génitale féminine sont estampillées à jamais. Elles sont marquées aussi bien dans leur « chair » que dans leur esprit. Et leur vie bascule entre traumatisme et douleur…

C’est vers l’âge de 5 ans, 8 ans tout au plus que des fillettes subissent cette atrocité. Plusieurs d’entre elles trouvent immédiatement la mort tant la douleur leur est insoutenable ou suite à une hémorragie ! Nombre d’entre elles, sont victimes de différentes douleurs chroniques : elles oscillent entre infections, problèmes rénaux, prurit muqueux, difficulté d’évacuation d’urine et d’écoulement du flux menstruel…

Quant à leur vie sexuelle, c’est une autre paire de manches ! Non seulement elles sont privées de plaisir et parfois de désir, mais en plus, les rapports sexuels riment, pour plusieurs, avec véritable torture. Cependant si la douleur physique est possible à décrire, celle psychique ne l’est pas… Aucun mot ne saura décrire le degré de leurs maux franchement indescriptibles… Pour comprendre justement les retombées psychologiques de cet acte de barbarie imposé aux fillettes, Sante-tn s’est entretenu avec Mme Sayda Ghanemi, psychologue à l’hôpital d’enfant.

« Je dois, de prime abord, dire que l’excision ne se fait pas d’une seule manière. Certes, la forme connue et la moins grave est celle qui consiste en l’ablation du gland du clitoris. Toutefois, il existe deux autres types d’excision bien plus complexes: l’une consiste en l’ablation des petites lèvres de la vulve en plus du clitoris.

L’autre en revanche, celle appelée « excision pharaonique » ou infibulation, consiste en l’ablation du clitoris et des petites lèvres et aussi d’une bonne partie des grandes lèvres, le tout pour finir avec une sorte de couture des deux berges de la vulve entre elles !

Cette méthode rend l’acte de pénétration vaginale très douloureux puisque l’entrée du vagin est très rétrécie. Seule une petite partie de l’orifice reste visible pour que la femme ait la possibilité d’évacuer ses urines et pour que le flux menstruel puisse s’écouler. Il va sans dire que cette mutilation a des conséquences physiques importantes, mais elle a surtout moult effets négatifs sur la psychologique ».

 

Lorsqu’une petite fillette se brise

« Tout d’abord, et comme cet acte de mutilation a lieu durant l’enfance, j’assimilerais cette mutilation à une « castration féminine».  J’explique : une fillette subit cet acte alors qu’elle est en pleine phase œdipienne. Dans la psychologie sexuelle, l’enfant entre dans cette phase vers l’âge de 4 ans. Il commence à découvrir la sexualité à travers le premier sexe opposé qu’il côtoie. Donc le symbole sexuel normal pour un garçon est d’abord sa mère et celui des filles est initialement le père.

La vie sexuelle commence donc à prendre forme avec des « débuts incestueux ». Mais comme l’inceste est interdit, fille et garçon auront tout normalement peur d’être castrés à cause de ces envies sexuelles inconscientes qu’ils développent. Et c’est justement cette angoisse de castration qui se montre constructive et salutaire dans le développement de l’enfant !

Parce que c’est cette angoisse les pousse à se protéger. Les garçons protègeront et développeront tout bonnement leur masculinité et donc leur virilité ; les filles, elles, leur féminité. Cette peur développe leur mécanisme de défense. Ce processus se développe normalement tant qu’il n’y a pas eu d’accident.

En revanche, lorsqu’il y a eu une excision pour la fille, cette dernière ressentira qu’on a violé son intégrité corporelle. Et le comble c’est que ceux qui ont porté atteinte à cette intégrité ne sont autres que les membres de sa propre famille !

La première conséquence directe qui s’ensuit à cet âge où une fillette est capable de stocker ses souvenirs dans sa mémoire : c’est la perte de confiance dans l’entourage et surtout dans la mère. Elle ne se sent plus protégée par les siens comme devrait l’être toute fille à son âge. Elle sentira qu’on lui a menti et qu’on l’a trahie. Parce que selon le rituel, aucune fille n’est avisée : on lui fait croire qu’elle aura droit à une fête.

Et cet acte, selon la tradition africaine a lieu en public et sous les yeux de plusieurs personnes. La fillette se sentira endolorie, humiliée, trahie… De plus, elle gardera en mémoire la douleur atroce ressentie à cet endroit du corps parce que, dans la majorité des cas, l’excision se passe sans anesthésie et les douleurs perdurent après l’intervention. Cette fillette grandira en mémorisant cette douleur, elle va appréhender tout contact au niveau de sa partie intime, voire elle peut en développer une réelle phobie rien qu’à l’idée qu’on lui touche.

 

 Sa vie de femme : une série d’échecs

« L’appréhension à l’idée d’imaginer un contact suffit parfois à entraîner une douleur. Or la Nature a fait qu’on ait une sexualité et cette dernière est étroitement liée au plaisir ! Pour ces femmes, le simple souvenir de la douleur physique entraîne une importante anxiété. Cette peur est si intense que tous ses muscles se resserrent au niveau du vagin rendant tout acte de pénétration très difficile et douloureux.

En parallèle avec l’excision, on lui fait subir un grand matraquage psychologique. De fait, on lui inculque que la femme est faite pour assumer deux rôles : préserver l’honneur de sa famille (et ceci implique qu’elle n’ait aucun droit de ressentir du plaisir), et donner le maximum de plaisir à son mari ! Or, une femme sans clitoris sera insensible ou du moins beaucoup moins sensible qu’une femme normalement constituée. On tue en elle sa féminité !

Et le comble, c’est qu’elle est redevable d’avoir du plaisir une fois mariée. Pourtant, même si elle le voudrait, elle n’en sera pas vraiment capable parce que tout se passe dans son inconscient et elle se sait sans clitoris! Du coup, elle se transforme en un objet de plaisir pour son mari, sans plus.

Ce qui prime, c’est son plaisir à lui! Et il l’aura puisque la relation sexuelle se transforme en relation de « dominant-dominée » ! La mise est double pour celle excisée à la manière pharaonique : le mari aura vraiment de fortes sensations et son plaisir est intense étant donné que le vagin est rétréci et sa femme n’a, en revanche, aucune sensation, ou presque si ce n’est la douleur!

Tous ces sentiments négatifs font qu’elle se sente profondément lésée dans son côté narcissique et dans tout son être. La femme excisée aura une très mauvaise image d’elle-même. Et elle est toujours appelée à se montrer femme, à s’habiller de manière féminine pour éveiller les désirs de l’époux et lui faire plaisir puisque c’est son devoir ! Du coup, elle sera totalement assujettie, effacée et, s’il le faut, elle doit simuler des orgasmes qu’elle ne connait pas et qu’elle ne connaitra pas parce qu’elle se sent amputée et elle l’est

Elle pense ne pas pouvoir être désirable et aimée. Beaucoup de femmes excisées expriment ces sentiments ! L’une d’entre elle me disait qu’elle se sent honteuse, complexée. D’ailleurs étant enceinte alors qu’elle était de voyage en Tunisie, elle refusait d’aller chez un gynécologue de honte qu’il ne découvre à quel point elle a été mutilée !

D’ailleurs, lorsque j’ai vu une femme excisée à la manière pharaonique, pour la première fois, je croyais qu’il s’agissait d’une malformation ! C’est à croire que c’est une «fermeture éclair» permanente ! L’image était très choquante. J’ai d’ailleurs toujours cru qu’il s’agissait d’un mythe jusqu’à ce que je voie un cas d’étude sous mes yeux ! Et pour accoucher on ouvrait ces incisions pour les renfermer tout de suite après

Pour la pénétrer, l’homme s’efforce pour soulever la partie suturée afin d’atteindre le vagin et éprouve donc plus de plaisir puisque c’est plus étroit ! Et tout cela se passe alors que sa partenaire ressent des douleurs intenses ! Je dois dire que chez certaines tribus, l’homme va jusqu’à refuser son épouse si elle n’est pas bien suturée ! »

 

L’islam est totalement « innocent »

« Ce que je tiens absolument à dire, c’est que ces pratiques sont purement et uniquement traditionnelles. D’ailleurs on pratiquait l’excision bien avant l’existence des religions monothéistes. Le seul but est d’assujettir les femmes et d’avoir un total contrôle sur leur sexualité. Les prétextes sont de préserver la chasteté et la virginité des filles avant le mariage et de préserver la fidélité des femmes mariées.

Chez certaines sociétés, c’est seulement après avoir été soumise au rite de l’excision qu’une fille est pleinement acceptée et reconnue dans sa communauté. Les femmes non excisées sont, par contre, considérées comme perverses, adultères, impures, incapables de maîtriser leurs pulsions sexuelles et jetteront l’opprobre sur toute leur famille !

D’autres ethnies croient que le clitoris est un organe masculin puisqu’il se met en érection et qu’il doit être coupé pour qu’une fille soit féminine à part entière ! Les hommes refusent d’épouser des femmes non excisées.

Aujourd’hui, rien qu’à entendre parler de ce sujet chez nous, j’en reste sidérée et totalement choquée. Je suis totalement révoltée également qu’on attribue des hadiths au Prophète Mohamed ! L’on dit qu’il aurait soi-disant incité à de telles pratiques ! C’est vraiment indigne que des musulmans qui se respectent débitent de telles atrocités ! Jamais l’islam n’a incité à une pratique aussi barbare ! »

 

Bibi Chaouachi