Cœur et sexe, un duetto indissociable

En parlant d’impuissance, Dr Wissem Sdiri, chef de service de cardiologie au C.H.U Bougatfa de Bizerte m’a tout de suite arrêtée pour dire que ce vocable et tous ses équivalents péjoratifs sont bannis du discours entretenu avec le patient et c’est uniquement les termes de dysfonction sexuelle et dysfonction érectile (DE) qui sont d’usage dans nos consultations.

« Chez l’homme, parmi les problèmes de la fonction sexuelle, la DE est le plus fréquent. C’est un trouble qui est multifactoriel et en Tunisie, on ne dispose hélas pas de statistiques exactes relatives à ce problème mais on estime que 30 à 40% des patients atteints de pathologies cardiovasculaires se plaignent ou se plaindront de DE ».

Quelles sont les maladies cardiaques pourvoyeuses des troubles érectiles ?

« On parle de facteurs de risques plutôt que de maladies. Il s’agit des facteurs de risque fort bien connus de l’athérosclérose à savoir le tabagisme, l’âge avancé (au-delà de 50 ans), la sédentarité, l’obésité, l’hypertension artérielle, le diabète, l’hypercholestérolémie et les antécédents familiaux de cardiopathies ischémiques. En bref, toutes les conditions qui favorisent les maladies cardiovasculaires favorisent également la DE.

La DE peut aussi être occasionnée par certaines classes thérapeutiques, il s’agit essentiellement des médicaments de l’hypertension artérielle. Parmi ces médicaments, les anciennes classes seraient les plus incriminées et on cite particulièrement les diurétiques et les β-bloquants ».

La physiopathologie

« Bien que la démarche soit amorcée par la composante psychologique avec tout ce qu’elle inclut comme préparation et préliminaires, la finalité, pour répondre à cette stimulation, est inévitablement déterminée par la composante vasculaire pour aboutir à l’érection et à une relation sexuelle satisfaisante. Une érection, définie à la base comme étant l’emprisonnement du sang dans la verge, implique des vaisseaux de bonne qualité et fait intervenir la libération par la paroi vasculaire du monoxyde d’azote (NO) qui déclenche le relâchement musculaire et provoque une vasodilatation avec l’augmentation du débit sanguin.

En cas de DE, on assiste à une défaillance du phénomène vasculaire avec un dysfonctionnement endothélial, une détérioration de la paroi des vaisseaux et, par conséquent, un défaut de libération du monoxyde d’azote et donc l’absence de la cascade évènementielle située en aval ».

Existent-t-il des contre-indications cardiaques aux traitements de la DE ? 

« Il n’existe pas de contre-indications absolues d’ordre cardiaque aux traitements de la DE. Seuls les malades instables (insuffisance cardiaque décompensée, maladie coronaire instable, IDM récent) sont conseillés d’éviter les relations sexuelles. En revanche, les patients bien équilibrés sont autorisés à en avoir.

Par ailleurs, aucun rapport n’existe entre la réalisation d’une épreuve d’effort et la prescription des médicaments destinés au traitement de la DE et qui appartiennent à la classe des inhibiteurs de la phosphodiestérase 5. L’épreuve d’effort est indiquée pour rechercher une éventuelle insuffisance coronaire et un examen négatif n’est aucunement indispensable pour motiver ou donner l’aval pour la prescription des médicaments de la DE ».

Quelle prise en charge pour le patient cardiaque qui souffre de troubles érectiles ?

« La DE fait désormais partie du groupe des pathologies cardiovasculaires et elle précède de 2 à 3 ans l’installation de la maladie coronaire. Dans notre quotidien, on a plutôt affaire à des patients ayant dépassé la quarantaine, qui présentent certains facteurs de risque et dont la DE est d’installation progressive et permanente.

Lorsque le malade se présente avec une DE, c’est l’occasion d’élargir le bilan pour évaluer et prendre en charge les facteurs de risque, dépister une éventuelle insuffisance coronaire associée et traiter le patient. C’est d’ailleurs pour cela qu’une épreuve d’effort sera réalisée.

L’utilisation des inhibiteurs de la phosphodiestérase 5 est contre-indiquée avec d’autres médicaments libérateurs de monoxyde d’azote (dérivés nitrés, molsidomine). Cette utilisation simultanée peut être à l’origine d’une chute brutale et importante de la pression  artérielle qui risque d’être fatale. Est contre-indiqué également l’usage simultané de deux médicaments inhibiteurs de la phosphodiestérase 5 qui traitent la DE. Pour cette raison, le patient est tenu d’informer tout médecin traitant de la prise de cette classe thérapeutique pour qu’il n’y ait pas d’association avec d’autres libérateurs de NO ou d’autres médicaments de la même classe.

Si le patient a une DE et qu’il souffre d’une pathologie cardiaque associée, en l’occurrence coronaire, il lui est conseillé d’éviter les efforts soutenus et intenses. Ceci est surtout valable pour les malades instables. Dans ce contexte, il faut savoir que l’acte sexuel n’est pas considéré comme un effort intense étant l’équivalent de la montée de deux étages d’escalier.

De rares cas de mort subite durant l’acte sexuel avaient été rapportés. C’est des décès qui surviennent généralement dans des circonstances inhabituelles (relation extra-conjugale, lieu insolite) qui génèrent un stress important et des émotions exagérées chez des personnes probablement atteintes de maladies cardiaques non équilibrées. Ces morts subites ne sont pas causées par les médicaments de la DE contrairement à certains clichés véhiculés.

En plus du cardiologue, la prise en charge du patient est multidisciplinaire impliquant également le médecin de famille, le psychiatre et le diabétologue si besoin, car en l’absence d’une hygiène de vie correcte, d’un équilibre de l’hypertension artérielle et éventuellement du diabète, de la baisse du cholestérol et de la diminution ou au mieux de l’arrêt de l’intoxication tabagique, les inhibiteurs de la phosphodiestérase 5 ne seront pas d’un grand secours.

Le traitement de l’hypertension artérielle est bénéfique pour la fonction érectile. Le fait de traiter un hypertendu efficacement et précocement nous permettra de prévenir les troubles de l’érection mais en cas de survenue de ces troubles comme effet secondaire possible rare, avec les classes thérapeutiques citées ci-dessus, on a toujours la possibilité de changer de médicament. En cas d’atteinte vasculaire avancé, particulièrement des gros troncs vasculaires, des gestes percutanés de dilatation peuvent être nécessaires ».

 

B.A

Cœur et sexe
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Dr Wissem Sdiri, chef de service de cardiologie

au C.H.U Bougatfa de Bizerte

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