L’anxiété, peut-on s’en sortir ?

L’anxiété, peut-on s’en sortir ?

« Autrefois classés parmi les névroses, les troubles anxieux constituent un ensemble de troubles psychiatriques qui désignent un état mental agité et tourmenté. L’anxiété est le symptôme fondamental des troubles anxieux. ‘Trouble’ signifie que cette anxiété est pathologique avec de la souffrance, une altération de la qualité de vie du patient et un retentissement professionnel, scolaire, familial et parfois même social. La prédisposition génétique de l’anxiété est prouvée et les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes ».

 

Les différents types des troubles anxieux

« Les troubles anxieux, précise Dr Majda Cheour, professeure de psychiatrie au Pavillon Ibn Omrane à l’hôpital Razi, comportent le trouble anxieux généralisé (TAG), le trouble panique, l’agoraphobie avec ou sans trouble panique, les phobies spécifiques, le trouble obsessionnel compulsif (TOC) et l’état de stress post-traumatique.

En se référant à un travail réalisé avec l’OMS en 2005 pour une enquête intitulée ‘santé mentale dans une population générale’ concernant la population tunisienne et repris en 2016, le trouble anxieux généralisé (TAG) représente 33% des troubles anxieux, le trouble panique 10%, la phobie sociale 5%, l’agoraphobie 2%, l’agoraphobie avec trouble panique 0,3% et l’état de stress post-traumatique 1,3%.

Le TAG est un trouble retrouvé chez des personnes hypervigilantes qui vont se faire du souci pour tout et pour rien. Leur anxiété en continu peut être spectaculaire et leurs ruminations anxieuses concernant la vie quotidienne sont carrément bluffantes. C’est des personnes dont l’imagination tourne toujours autour du pire et chez qui la composante somatique est très présente avec des céphalées, de la nervosité, des insomnies d’endormissement et une asthénie physique. Son début est difficilement identifiable mais il semble que c’est un continuum de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte.

Le trouble panique est caractérisé par la survenue d’attaques de panique récurrentes. L’attaque de panique est une crise d’angoisse importante avec des manifestations somatiques multiples (tachycardie, dyspnée, la sensation d’étouffement avec la boule dans la gorge, les sueurs, les tremblements, parfois diarrhée et polyurie) qui peuvent pendant longtemps faire errer le diagnostic et la composante psychique avec une agitation anxieuse et un sentiment très fort de peur, de déréalisation et de dépersonnalisation ou, au contraire, un sentiment de paralysie et d’immobilisation et une sensation de mort imminente. Le trouble panique peut évoluer vers l’isolement de l’individu et carrément son refus de vivre normalement dans la société et même de sortir de chez soi par peur d’être pris de panique sans aucune aide dans les alentours, c’est ce qu’on appelle agoraphobie.

Pour ce qui est des phobiques sociaux, ils sont sujets à l’anxiété en cas d’interactions sociales et quand leurs moyens sont inhibés par les regards d’autrui ce qui diminue nettement leurs performances (parler devant une foule, manger en public…), ce qui peut être à l’origine d’un retentissement scolaire ou professionnel notable.

Le trouble obsessionnel compulsif (TOC) est une maladie grave qui peut être invalidante et perturber le fonctionnement normal de la personne via les obsessions qui assiègent l’état mental du sujet concernant des pensées ou des images (la propreté, des questions existentielles et métaphysiques…), difficiles à chasser de l’esprit avec ou sans des compulsions. La compulsion est le geste utilisé pour éliminer ce stress et cette anxiété.

Enfin, l’état de stress post-traumatique fait suite à l’exposition à un évènement traumatique qui peut avoir mis en jeu la vie de l’individu et son intégrité physique ou la vie d’un des membres de sa famille et des personnes proches avec un sentiment d’une peur intense et d’impuissance. Le patient vit avec des souvenirs et des flashbacks continus de cet évènement ce qui est entraîne l’apparition de certains symptômes comme les conduites d’évitement et des altérations cognitives et émotionnelles ».

 

Anxiété versus dépression

« Bien que ce soient deux entités différentes, le commun des mortels a tendance à les confondre car elles comportent certains symptômes communs. En effet, la plupart des syndromes dépressifs comportent le symptôme anxiété, de même l’anxiété et les phobies peuvent être associées à une dépression ainsi qu’à l’abus d’alcool et de drogues, mais il peut s’agir dans certains cas d’une co-morbidité.

Quarante deux pour cent (42%) des personnes qui souffrent du trouble anxiété généralisé développeront une dépression, qui serait plutôt une dépression qu’on appelle d’épuisement. 48% de ceux qui sont victimes d’un état de stress post-traumatique vont déprimer, 65% des gens qui ont un trouble panique vont déprimer, mais le trouble anxieux le plus pourvoyeur de la dépression c’est le trouble obsessionnel compulsif (TOC).

Lorsque la dépression et l’anxiété sont associées, c’est en général des tableaux cliniques plus sévères, une évolution plus lente, un traitement plus difficile avec parfois une résistance au traitement, un risque suicidaire plus important et un pronostic moins bon ».

 

La prise en charge

« Les anxieux sont des personnes conscientes de leurs troubles et de leurs souffrances mais ils ne consultent qu’en cas de retentissement majeur sur leur vie. Ils sont donc demandeurs de solutions thérapeutiques et ils accrochent et adhèrent au traitement en cas d’amélioration.

Contrairement à certaines idées reçues, les troubles anxieux ne répondent pas favorablement aux traitements anxiolytiques, ces derniers agissent plutôt sur la crise d’angoisse, mais leur traitement de fond repose sur les antidépresseurs.

Mais on ne se limite pas uniquement au traitement médicamenteux. On y associe les psychothérapies, et particulièrement les psychothérapies cognitivo-comportementales dont le but est d’apprendre au patient à gérer son anxiété et à calmer son angoisse. Ces thérapies peuvent être individuelles ou en groupes. Dans ce dernier cas, elles permettent un échange entre les personnes ayant les mêmes problèmes. En associant le traitement médicamenteux et les thérapies cognitivo-comportementales, il a été démontré qu’on obtient de meilleures réponses qui durent plus dans le temps avec moins de rechutes ».

 

Dr Majda Cheour,

professeure de psychiatrie au Pavillon Ibn Omrane à l’hôpital Razi

 

 

E.K.L

 

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