La liposuccion, un travail d’artiste

Des poignées d’amour par ci, des bourrelets disgracieux par là, la vie est loin d’être tendre avec l’anatomie des femmes, faut dire avec celle des hommes non plus. Certains se mettent au régime, d’autres l’associent avec l’activité physique mais depuis plus de deux décennies, c’est l’aspiration chirurgicale de la graisse qui se place première sur le podium. Cette technique, mieux connue sous le terme de « liposuccion », est devenue « LA » méthode de référence pour se débarrasser rapidement et efficacement du surplus de graisse. Pour en parler, rencontre avec le chirurgien esthétique Dr Taher Djemel.

liposuccion
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« Expérimentée par le gynécologue italien Giorgio Fisher dans les années 70s puis mise au point et affinée par le chirurgien français de naissance tunisienne,  Dr Yves Gérard Illouz, la liposuccion puise ses origines dans la technique du curetage pour avortement. En effet, le principe du curetage utilisé pour les fausses couches consiste en l’aspiration du fœtus avec une canule pour vider l’utérus en cas d’évacuation incomplète de l’embryon. C’est ce même principe d’aspiration qui a été reproduit pour la liposuccion.

Au départ, cette technique dite sèche, car sans infiltration et réservée pour des zones bien spécifiques dont la culotte de cheval, s’est améliorée par la suite avec l’avènement des techniques humides et super-humides. C’est au chirurgien plasticien américain, Dr Klein (Neil, Jeffrey ou Pierre ?) que l’on doit la mise au point de la technique humide. La technique humide est, comme son nom l’indique, se base sur l’infiltration de liquide avant l’aspiration de la graisse contrairement à la technique sèche, plus agressive et qui entraînait l’aspiration de grandes quantités de sang avec les adipocytes ».

Que faire en pré-opératoire ?

« Il faut savoir que la liposuccion est avant tout une chirurgie. Le (a) patient(e) subira un interrogatoire minutieux et un examen physique complet. Une consultation pré anesthésie générale est systématique. Le candidat idéal est, et comme pour toute chirurgie, le sujet jeune et indemne d’antécédents médico-chirurgicaux. Il est impératif, également, d’évaluer les motivations de la personne ainsi que la finalité de l’intervention. Par ailleurs, on ne cessera jamais de rappeler que, contrairement à certaines fausses idées, la liposuccion a pour rôle de sculpter un corps et non de faire maigrir les gens, le maximum de graisses sera éliminé mais toujours dans des limites.

Globalement, on peut dire qu’il y a trois catégories de patientes : l’idéale étant celle qui n’est pas obèse mais ayant quelques dépôts de graisse localisés (la région sous ombilicale, la culotte de cheval). Le mieux également est que la patiente ait une peau d’excellente qualité, une peau qui se rétracte ce qui permettra  d’avoir une surface cutanée lisse et homogène sans irrégularités et sans reliefs, une fois la lipoaspiration effectuée.

Chez les femmes légèrement potelées et moyennement obèses, les résultats de la liposuccion, qui peut se faire en deux temps, sont satisfaisants. Pour les femmes ayant un relâchement cutané important et chez qui la lipoaspiration importante est déconseillée, le mieux serait de combiner liposuccion et abdominoplastie. Sinon, chez les patients obèses et si le BMI dépasse 35 et en cas d’obésité morbide, le premier temps n’est pas celui de la liposuccion mais plutôt d’une éventuelle chirurgie bariatrique pour atterrir par la suite chez son chirurgien esthétique ».

Les conditions pour un temps per-opératoire sans histoires

« Les conditions sinequanone passeront inévitablement par le bon choix de la patiente, tous les demandeurs de la liposuccion ne sont pas automatiquement candidats, un bilan correct et notamment un taux d’hémoglobine supérieur à 14g/dl pour ne pas avoir la mauvaise surprise d’une anémie aigue en post-opératoire, une anesthésie rigoureuse, un chirurgien expérimenté, une  très bonne infiltration et une lipoaspiration avec des chiffres bas de pression artérielle ».

Quels sont les moyens utilisés pour la lipoaspiration et est-ce que tout le corps peut être débarrassé du surplus de graisse ?

« Il y a la canule, la machine mais surtout et essentiellement la main du chirurgien. Les canules, initialement de large diamètre (7 à 8 mm),  se sont affinées par la suite et l’on aspire actuellement avec des canules de diamètres beaucoup plus réduits (3 à 4 mm). Les canules larges restent, toutefois, réservées pour les grosses liposuccions pour retirer la graisse en profondeur. Plus on s’approche de la surface, la capital cutané est trop précieux et la prudence est de mise c’est pour cette raison qu’on passe aux canules plus fines et on diminue la pression d’aspiration. Pour ce qui est des machines et comme disait le chirurgien américain, Tino Mandetta ?, « It’s not the brush that defines the artist » ou « ce n’est pas la machine qui fait l’artiste » car effectivement c’est la main et la condition physique du chirurgien qui conditionnent le travail et optimisent les résultats. Ce n’est certainement pas les machines qui manquent mais à mon avis, il faut rester classique. Certaines machines, particulièrement celles au laser ou aux ultrasons, pourraient carrément nuire à la qualité de la liposuccion et aux objectifs fixés.

Généralement, toutes les zones peuvent être aspirées. Les zones les plus fréquentes sont la culotte de cheval, le ventre, le dos, les bras, la face interne des cuisses et des genoux mais rarement les mollets et les chevilles ».

Les différents temps de l’intervention

 « Une fois la surface cutanée de la région à lipoaspirer badigeonnée par de la Bétadine et les champs stériles bien en place, on effectue quelques petites incisions à travers lesquelles la canule nécessaire à l’infiltration et à l’aspiration sera introduite. La canule est reliée à une machine qui, sous la pression d’un Bar parfois moins, tout dépend des zones, poussera du liquide à travers la canule dans le but d’infiltrer la zone à aspirer. Ce liquide est un mélange d’anesthésique local, d’un vasoconstricteur puissant et d’un sérum physiologique froid. Quelques minutes après que le liquide ait diffusé et imprégné la région en question, on commence la lipoaspiration. Cette dernière doit se faire d’une façon homogène, il ne s’agit pas seulement d’aspirer le surplus de graisse, il faut savoir aller directement vers la graisse qu’il faut enlever, pour cela, le programme de la lipoaspiration doit être minutieusement défini à l’avance.  Parfois, on se trouve dans l’obligation d’aspirer dans un endroit pour réinjecter cette même graisse ailleurs, le but étant d’éviter au mieux les reliefs et les excavations de la peau. Il faut savoir qu’il n’y a pas de technique standard, toute personne est unique. A la fin de l’intervention, les incisions sont fermées par des points de suture et pansées. Après l’intervention, le port de la gaine de compression au niveau de la région concernée par la liposuccion est systématique. Il en existe de toutes les tailles et de toutes les formes et pour toutes les zones. Des pansements compressifs seront placés là où on ne peut porter de gaine ».

Quelles seraient les complications à craindre en per et post-opératoires ?

« Pendant l’intervention, l’hémorragie est la complication la plus redoutée et elle peut passer inaperçue si diffuse. En per-opératoire, il faut craindre également la perforation d’organes creux.  Dans les jours qui suivent, c’est l’hypovolémie, l’anémie aigue et surtout la cellulite qui sont à craindre. Une prise en charge correcte permettra de dépasser l’anémie mais la cellulite risque de mettre en jeu le pronostic vital si non diagnostiquée et traitée dans les délais. Dans la majorité des cas, la cellulite est secondaire à une asepsie défectueuse. On peut aussi voir une nécrose cutanée si la suture de la peau est faite sous tension ou une infection localisée.  La thrombose veineuse profonde (TVP) et le risque d’embolie pulmonaire derrière sont aussi des complications, certes, rares mais qui requièrent la prévention nécessaire et efficace ».

Le mot de la fin du spécialiste…

« La liposuccion est l’intervention de chirurgie esthétique n°1 aussi bien en Tunisie que dans le monde. Par ailleurs, la Tunisie n’a rien à envier au reste des pays pour ce qui est des résultats de cette intervention et l’on peut être très concurrent. On n’insistera jamais assez que le fait que le(a) patient(e) doit être motivé€ et capable de communiquer et d’interagir avec son médecin. Il (elle) doit savoir que cette intervention est faite pour répondre à un besoin personnel de bien être et non pour celui d’autrui. Se débarrasser de la graisse ne s’arrête pas avec la fin de l’intervention mais nécessite toute une hygiène de vie par la suite avec une alimentation saine, une activité physique régulière et éventuellement des séances de drainage lymphatique. On rappellera également que le chirurgien, de son côté, doit avoir une bonne expérience et un très bon apprentissage, il faut rester humble et lucide pendant son travail car c’est une chirurgie traître ».

E.K.L

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