Votre déodorant anti-transpirant constitue-t-il un risque pour votre santé?

  1. Les sels d’aluminium dans les déodorants

L’aluminium a été à tort considéré comme étant inoffensif pour l’homme, cependant, en 2000, le cohorte PAQUID1 révélait un risque de développer une démence ou la maladie d’Alzheimer en cas d’exposition à  d’aluminium. Alors que le débat sur la toxicité des sels d’aluminium dans les déodorants se fait de plus en plus épineux, une étude menée par des chercheurs de  l’Université de Genève et financée par la fondation Meyer, semble clore le sujet. Elle met en évidence les « effets néfastes des sels d’aluminium, présents dans les déodorants classiques, sur des cellules mammaires humaines in vitro » suggérant  qu’ils seraient responsables de cancers du sein (Journal of Applied Toxicology). Or, près de 9 déodorants sur 10 contiennent des sels d’aluminium à des concentrations élevées, d’après l’ANSM, qui recommande d’ailleurs d’astreindre la concentration d’aluminium à 0,6% et de limiter l’application de cosmétiques sur peau lésée afin de limiter au maximum l’absorption cutanée d’aluminium…

Dès 2003, l’Institut de Veille Sanitaire en France déclarait déjà que « de nombreuses études montrent que l’aluminium peut être toxique pour les plantes, les animaux et l’homme », pourtant, l’aluminium continu de nous envahir quotidiennement. D’un autre côté, Santé Canada et l’Agence canadienne d’Inspection des Aliments veille à limiter l’exposition des consommateurs à l’aluminium. En attendant, il est possible de se préserver de certains contacts avec l’aluminium :

  • Eviter d’acheter des plats préparés qui risquent de contenir de l’aluminium sous forme d’additif, ou veiller à ne pas choisir des aliments dont les additifs portent l’appellation « E173 ».
  • Utiliser des cosmétiques sans aluminium : de nombreuses gammes en proposent désormais. (Attention, la pierre d’alun, souvent présentée comme une alternative naturelle aux déodorants, contient de l’aluminium)
  1. 2. Les perturbateurs endocriniens dans les déodorants :

Tout comme l’aluminium, les perturbateurs endocriniens (PE) : parabènes, triclosan, phtalates, BPA,  silicones, BHA, résorcinol, filtres chimiques à UV, éthers de glycol, les alkyls phénols, les allergènes, etc.… semblent être un vrai problème de santé publique, plusieurs études démontrent leur incrimination probable dans l’infertilité, les cancers hormonaux-dépendants, les maladies auto-immunes (Endocrine Reviews, Décembre 2015). En France, en Europe et dans le monde, l’évaluation des risques liés aux PE est devenue une priorité.

Plusieurs programmes de recherche s’intéressent aux PE :

  • L’agence américaine pour la protection de l’environnement (US EPA)
  • En France, le Programme National de Recherche sur les Perturbateurs Endocriniens (PNRPE) a été lancé en 2005 par le ministère de l’écologie et du développement durable afin de répondre aux recommandations du comité de la prévention et de la précaution (Comité de la Prévention et de la Précaution, 2003).
  • En Europe, le CREDO cluster, lancé en 2003, est le groupe de recherche européen sur les PE.

Les besoins en termes de surveillance sont importants. L’institut de veille sanitaire contribue aux efforts conduits par la Commission européenne pour élaborer un véritable cadre communautaire de la biosurveillance, qui permet de surveiller la présence et les effets sur l’organisme des substances chimiques, notamment des polluants environnementaux. Enfin, le rôle des modifications épigénétiques est actuellement une voie de recherche privilégiée dans le domaine des PE. En juillet 2011, l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) a publié un rapport qui préconise une démarche de prévention vis-à-vis des PE (étiquetage de produits, interdiction des PE dans les produits destinés aux femmes enceintes et aux enfants, etc.).
En novembre 2011, l’Académie de Médecine publie un rapport sur les perturbateurs endocriniens et leurs mécanismes et risques potentiels en cancérologie. Elle reconnaît l’existence de données cohérentes en faveur d’un effet cancérogène possible ou probable, Elle encourage la recherche visant à comprendre les mécanismes d’action des PE, notamment pour favoriser le développement de produits de substitution. Enfin, elle précise que ces mesures de substitution sont nécessaires, mais qu’elles devront tenir compte de l’existence de produits de substitution ayant prouvé leur innocuité et leur efficacité (Académie de Médecine, 2011).

 

IMEN JERBI (pharmacien spécialiste en dermocosmétique)