Tunisie – Quelle part pour la santé dans les programmes des partis politiques ?!

Tout le monde sait que les Tunisiens consacrent à leur santé un budget ne dépassant pas les 60 dinars par an, soit lune moyens d’une modique somme inférieure à 200 millimes par jour ! Une misère si l’on sait que ce même Tunisien dépense, en moyenne, 700 millimes pour ses deux cafés quotidiens. Et encore en comptant le prix du café dans un quartier populaire…

A l’instar du commun des citoyens tunisiens, donc, les partis politiques de l’après 14 janvier consacrent une part très minime à la santé dans leurs programmes. Faute de traiter des programmes des plus de 100 partis sur la scène – d’ailleurs ils ne sont pas tous dotés de programmes – nous nous contenterons de présenter le volet sanitaire dans les projets de cinq parmi les principaux partis, en l’occurrence, le Parti démocratique progressiste (PDP), Afèk Tounès, le Congrès pour la République (CPR), Ennahdha et Ettajdid,

Il faut dire d’abord, que tous les programmes se sont limités aux grandes lignes et à des propositions « bateau » dans le souci, évident, de ne pas trop promettre afin de ne pas avoir des comptes à rendre une fois de l’autre côté de la barrière.

Voici, par ailleurs, les grandes lignes de ces partis :

Ennahdha

-Réalisation d’un partenariat total dans la planification des stratégies sanitaires entre les différents intervenants à travers un conseil national des politiques sanitaires.

-Mise en place d’une stratégie nationale pour la recherche scientifique dans le domaine sanitaire englobant les secteurs médical, pharmaceutique et équipementier.

-Amélioration des prestations sanitaires en améliorant la médecine des premières lignes au sein des établissements hospitaliers, à savoir les dispensaires, les hôpitaux de circonscription qui doivent être renforcés par des unités mobiles et d’un réseau paramédical d’infirmeries dans les zones rurales.

-Développement du système sanitaire dans les régions tout en procédant à une mise à niveau des hôpitaux régionaux et en en créant d’autres de nouvelle génération

-lancement d’un programme exceptionnel de recrutement de personnel médical et paramédical pour les l’intérieur du pays avec instauration d’incitations financières et morales conséquentes tout en optant pour le principe de l’alternance dans l’exercice dans les régions.

-Gratuité des soins pour les nécessiteux et les familles des martyrs et lutte contre les maladies contagieuses et autres.

-Développement de la médecine préventive  tout en faisant de la Tunisie un pôle du tourisme médical en améliorant les équipements et les infrastructures.

Le PDP

-L’Etat instaurera la gratuité effective des soins dans la filière publique au profit des indigents et des catégories les plus fragiles de la population qui ne sont affiliées à aucun régime. Il prendra en charge leurs dépenses de santé. Cette mesure sera financée en partie par l’instauration d’une « TVA solidaire », qui se traduira par le relèvement d’un point de la TVA sur les produits taxés actuellement à 18% (voir mesure 66 sur la fiscalité).

-Pour des soins plus efficients, toutes les structures de soins seront réaménagées. Dans ce contexte, la création de pôles universitaire sera conçue dans un cadre de redistribution de l’existant. Au plan territorial, le secteur sanitaire sera réparti selon quatre pôles hospitalo-universitaires ayant chacun son autonomie managériale et financière.

Chaque pôle englobera un ou plusieurs Centres hospitalo-universitaires (CHU), à raison de 1 lit pour 1000 habitants. Les hôpitaux régionaux seront réaménagés, réorganisés et mieux structurés ; ils seront dotés de meilleurs équipements techniques et logistiques. Les services des hôpitaux, notamment les urgences, feront l’objet d’une certification périodique (tous les 2 à 3 ans) par des organismes professionnels indépendants. Leur organisation sera repensée, afin de diminuer les délais d’attente, et d’améliorer la qualité globale des soins. Une nouvelle carte sanitaire de la Tunisie sera élaborée, afin de doter toutes ces structures d’une efficacité optimale.

Afin d’assurer une meilleure performance de l’hôpital, la permanence des soins et la disponibilité des médicaments essentiels sera garantie, en particulier dans les structures de première ligne. Cela permettra d’éviter les déplacements pénibles et les dépenses superflues. Nous faisons le choix juste et équitable de revaloriser la formation et l’encadrement qui sont la vocation première de l’institution hospitalo-uni
versitaire.

Au plan qualitatif, nous appuierons la bonne gouvernance et l’autonomie, afin que les établissements de soins aient comme principal objectif l’amélioration de l’offre de soins et maîtrise des dépenses de santé.

Une haute autorité de la santé sera créée. Elle aura le statut d’autorité publique indépendante à caractère scientifique, dotée de la personnalité morale et disposant de l’autonomie financière

Afèk Tounès

Afek Tounes place le citoyen au cœur du système de santé, notamment en privilégiant avant tout l’accessibilité aux soins à tous à travers une proximité des unités de soins. Afek Tounes propose de revoir l’implantation des structures hospitalières régionales, d’assurer une plus grande complémentarité entre les secteurs public et privé dans les régions défavorisées et de mettre en place des unités de soins mobiles pour les personnes à mobilité réduite.

Tout en consacrant le rôle important du secteur hospitalier, Afek Tounes préconise une modernisation de l’ensemble de la chaîne de soin à travers notamment une action forte d’amélioration de la formation, de mise en œuvre d’un système d’accréditation et de la mise en place d’une informatisation qui concernerait l’ensemble des parties prenantes, principalement les prestataires de soins médicaux et paramédicaux et les caisses d’assurance-maladie.

Par ailleurs, Afek Tounes souligne la nécessité de renforcer le système d’enseignement et de valoriser le statut des universitaires, permettant ainsi de renforcer la recherche médicale, qui constitue un pilier de l’amélioration continue de notre système de santé.

Afek Tounes considère enfin que la qualité et la maturité du système de santé tunisien permet de développer les actions de collaboration à l’international, notamment à travers l’exportation des services de santé et la mise en œuvre de collaborations institutionnelles avec des pays frères.

Le CPR

Le CPR considère que la santé et l’accès aux soins étant intimement lié à la dignité humaine, doivent être élevés au rang d’un droit constitutionnel inaliénable. Pour cela, il faut veiller à assurer l’égalité des droits des citoyens à des soins de qualité tout en réduisant les dépenses de santé. L’amélioration des services aussi bien dans le secteur public que privé reste un défi majeur. Il faut rompre avec l’incohérence entre l’objectif du développement du secteur de la santé et la dégradation des établissements de santé publique, comme c’est le cas aujourd’hui.

Dans ce contexte, il est nécessaire de définir un plan de redressement de la situation des hôpitaux et des établissements de santé publique à travers la mise en place d’une nouvelle législation. De plus, il est important d’améliorer sensiblement la gestion administrative et financière des hôpitaux ainsi que la mise en place des mécanismes de contrôle périodique respectant des normes prédéfinies, permettant de régler les problèmes au bon moment.

Parmi les mesures concrètes nécessaires à améliorer la situation actuelle nous formulons les propositions suivantes :

Permettre l’accomplissement de certaines formalités à distance (sur Internet) afin d’éviter les attentes.

Améliorer les services rendus par les dispensaires afin d’alléger la charge des hôpitaux.

Créer des hôpitaux universitaires dans les régions de l’intérieur en y déployant les spécialités nécessaires. Cette démarche peut être considérée comme une première étape en vue de créer de nouvelles facultés de médicine.

Mettre en place un comité de médiation pour déterminer les responsabilités et estimer les dommages et les indemnisations nécessaires.

Restructurer l’enseignement de la médecine au sein des facultés et des établissements supérieurs de la santé pour qu’ils répondent aux normes internationales.

Créer des mécanismes de formation continue des médecins et praticiens paramédicaux exerçant à l’extérieur des hôpitaux universitaires.

Veiller à maintenir les personnes âgées dans leur environnement familial, conformément à nos traditions, de manière à leur assurer le soutien nécessaire et à ne pas les priver du soutien affectif dont elles ont besoin.

Ettajdid

La santé publique doit être mise à niveau dans tou
tes les régions ; elle doit être de qualité et être accessible à toutes les catégories sociales. De nouvelles sources de financement (contributives et fiscales) devront être mobilisées pour permettre la réussite de ce processus.

Comme on le constate, ces programmes se ressemblent dans la mesure où ils se contentent de mentionner les grandes lignes. Faut-il leur en vouloir ? Pas trop, si l’on sait que pour les autres volets ils ont procédé de la même manière. Pire encore, à regarder de plus près, on y retrouve des « plagiats » du programme de l’ancien gouvernement du régime pour 2009/2014 ! Sans commentaires…

M.B.H