Plaidoyer pour l’investissement dans la santé des travailleurs

TUNIS (TAP) – Les maladies et les cancers professionnels touchent tous les sites de travail. Car aujourd’hui, en plus de l’exposition aux agents cancérigènes en milieu professionnel, l’on parle de plus en plus de risques psychosociaux, comme maladie professionnelle émergente qui concerne aussi bien les travailleurs manuels que les travailleurs intellectuels.

Parmi ces risques, le stress, le harcèlement moral, la charge du travail, les relations professionnelles, les perspectives de promotion, le climat ou la culture organisationnelle au sein de l’entreprise; autant de facteurs qui ont un impact direct sur la santé de l’employé et dont les coûts de prise en charge pèsent très lourds.

Les assises internationales en santé et sécurité au travail qui se tiennent les 16 et 17 mai à Tunis sont l’occasion de mettre en avant les maux dont souffre le secteur en Tunisie et de présenter la nouvelle approche de l’Institut de santé et de sécurité au travail (ISST), organisateur de l’événement.

Ce dernier propose deux stratégies mobilisatrices et participatives en matière de sécurité au travail, nécessitant un meilleur appui de l’Etat pour la santé et le bien-être du capital humain. Il s’agit de la stratégie nationale de gestion des risques psychosociaux (2013-2017) et de la stratégie nationale de prévention des cancers professionnels ( 2013-2017).

Pour l’équipe de l’ISST, c’est un impératif dicté par la nouvelle dynamique industrielle en Tunisie, ainsi que par l’augmentation de l’espérance de vie et, par conséquent, l’évolution du risque de développer un cancer.

Le travail de nuit de la femme et le cancer du sein

En Tunisie, les cancers professionnels sont méconnus et les chiffres sont aléatoires, en l’absence de travaux de repérage et de recensement des agents cancérigènes en milieu professionnel. Les informations sur la population exposée à ces cancers sont lacunaires.

On sait par exemple qu’en moyenne, 4 cas de cancers professionnels sont déclarés chaque année à la Caisse nationale d’assurance maladie, alors que selon l’organisation mondiale de la santé (OMS), en général, ce type de cancers est de 1 pc de la totalité des cancers. Si l’on se réfère à ces statistiques, sur les 10 500 nouveaux cancers diagnostiqués chaque année en Tunisie, au moins 100 cas seraient d’origine professionnel.

Présent aux travaux, le représentant de l’Institut national de recherche et de sécurité (France), Michel Héry, a établi, un lien entre le travail de nuit de la femme et le cancer du sein. Il a fait état de 2000 nouveaux cancers du sein, attribuables au travail de nuit. L’intervention du hôte français s’est axée sur « la crise de l’amiante » un produit interdit dans ce pays depuis 1995. Il estime que les risques des expositions passées à l’amiante sont encore sous estimés.

Dressant un état des lieux de la situation en Tunisie, les participants, ont soulevé, la non adaptation du cadre législatif aux exigences de la prévention, l’absence de système national en SST suffisamment structuré pour lutter contre les cancers professionnels et la faible implication de l’entreprise.

Ils ont évoqué, aussi le manque de structures d’appui et d’assistance dans les centres de premières lignes, la précarité de la pratique préventive et l’inexistence de mécanisme de coordination interdépartementale. « Nous avons beaucoup de défis, mais nous disposons aussi d’acquis qu’il faudra renforcer » rassure Hatem Ben Mansour (l’ISST).

Cancer professionnel : Un décès toute les 52 secondes dans le monde

Des médecins tunisiens présents à la rencontre ont parlé de la multiplication des risques d’exposition aux agents cancérigènes chez les sujets fumeurs. Ils ont révélé l’augmentation des cancers de la vessie d’origine professionnelle. « C’est une pathologie qui nous envahie, elle touche de plus en plus de jeunes » a indiqué l’urologue Riadh Ben Slama.

Dans le monde, les cancers professionnels tuent 600 mille décès par an, soit un décès toute les 52 secondes. Et au moins 1 travailleur sur 5 risque d’en souffrir, selon le Bureau international du travail.

Experts tunisiens et étrangers ont été unanimes à affirmer que les cancers professionnels sont certes graves, mais « évitables et curables ».

Des prix seront remis à la fin des travaux de cette rencontre de deux jours aux meilleurs posters réalisés sur la prévention des cancers professionnels, la pénibilité au travail et les maladies psychosociaux.