Mme Raoudha Zarrouk présidente de l’Association des Malades du Cancer (AMC) : « Tous unis pour combattre le cancer, tous unis pour vivre »

L’Association des Malades du Cancer (AMC), présidée par Madame Raoudha Zarrouk. est une association qui se voue pour le pour le bénévolat. Sa vocation est d’être entièrement au service des malades. Et son credo est d’être à leur écoute et de les accompagner pas à pas dans leur combat contre le cancer, de les informer et de les soutenir ainsi que leurs familles. L’association tend également à défendre les droits du malade tunisien aux traitements les plus innovants et reconnus mondialement.

Mme Zarrouk, n’a pas arbitrairement choisi cette mission ! C’était une sorte de destinée pour cette grande dame étant donné qu’autrefois, elle-même, a été atteinte du cancer avant de réussir à vaincre cette maladie suite à long parcours de lutte. Aujourd’hui, rayonnante de mille couleurs d’espoir, elle tient à faire jaillir de cette expérience aussi douloureuse qu’enrichissante un profond message d’espoir… D’ailleurs il suffit de plonger dans son visage pour y détecter la volonté d’une grande battante ; d’une grande dame qui n’a jamais baissé les bras et qui a pu affronter cette maladie avec une bravoure à toute épreuve.

Aujourd’hui, et après plus de onze années de combat contre la maladie, Madame Zarouk a eu l’obligeance d’ouvrir son cœur à Santé-tn pour nous parler de plus d’une décennie de combat contre le cancer.

 

Si l’on replonge dans le passé, vous vous rappellerez sûrement du moment fatidique : lorsque le verdict a été prononcé. Comment avez-vous reçu la nouvelle ?

Evidemment lors du verdict, on a l’impression que le ciel nous est tombé sur la tête… Franchement, la nouvelle a sonné comme le glas ! J’en suis restée totalement sidérée et choquée durant environ deux jours. Ceci n’empêche, je ne me suis pas sentie seule, pas un seul instant.

Tous les membres de ma famille, tous mes proches et amis étaient là et j’étais très entourée. Sauf que la nouvelle ne m’a pas glacé le sang à moi seulement ! Tout mon entourage était aussi bouleversé que moi.

Certains fuyaient mon regard, d’autres éclataient en sanglots rien qu’en me croisant des yeux. Ils pleuraient ma maladie et paradoxalement, je me suis retrouvée, sans même le vouloir, dans le rôle de celle qui console… Oui, c’était à moi de rendre moins pénible la peine de mes proches ! Or, j’étais censée être l’acteur principal dans ce jeu de rôle dramatique: celui qu’on devrait consoler. C’était en fait ma nature qui a pris les dessus. J’ai toujours était compatissante mais je porte en horreur de ressentir un regard de pitié. C’était certes un choc terrible, mais en l’espace de deux jours seulement j’avais compris que mon rôle n’était pas d’épouser le personnage de la victime. J’étais l’actrice principale : celle qui agit, qui console… J’avais compris que pour en sortir et pour que mes proches s’en sortent, je n’avais qu’un seul devoir : être forte.

 

Le combat contre le cancer n’a sûrement pas dû être facile. Ceci a-t-il changé votre vie, vos habitudes et vos relations ?

De prime abord, avant de tomber malade, je n’exerçais pas de métier. J’étais une femme au foyer. Donc je n’avais déjà pas de vie professionnelle pour qu’il y ait du changement à ce niveau. En revanche, il y a eu des changements à d’autres niveaux.

 

En effet, que j’ai regroupé toutes mes forces pour en faire toujours ressortir des choses positives. La première chose qui m’a fait mal, c’était lorsque j’ai subi une ablation mammaire… C’était une atteinte à ma féminité et c’était tout à fait normal que j’en sois lésée. Mais Dieu merci, je n’étais pas seule. Mon mari était là pour me rappeler à chaque seconde que je suis toujours aussi féminine et aussi belle à ses yeux. D’ailleurs, j’ai deux petites anecdotes à raconter sur le sujet. Après l’intervention chirurgicale, l’un de nos proches a posé la question à mon époux : « comment faites vous si elle est sans sein ? » et il a répondu « Et alors ! Il lui reste un autre sein et ça me suffit !» Ensuite j’ai subi une reconstruction mammaire. Mon médecin traitant avait tout le mal du monde à aborder le sujet avec moi. Et avec une grande gêne, il m’a dit : « Comment votre mari voit les choses maintenant ? » Et je lui ai répondu avec le sourire : « Mieux que vous, lui, a une chance que vous n’avez pas, sa femme à lui, a un sein mou et un autre dur, il n’a que l’embarras du choix » !

Ensuite avant d’aborder le traitement chimiothérapique, je me suis coupé les cheveux très courts. Ainsi, je me suis déjà relookée de façon à ce que je ne sois pas choquée à la chute des cheveux, qui d’ailleurs ne s’est pas fait ressentir.

 

Y’avait-il quelque chose de positif à retenir de cette grande leçon de la vie ?

Bien sûr que si ! Lorsqu’on frôle la mort, on apprend à aimer et à apprécier la vie. Maintenant je sais à quel point chaque seconde de la vie est précieuse. Cette maladie a vraiment changé ma vie. Je me suis longuement battue et j’ai appris à apprécier les petites choses qui regorgent de vie et de vitalité.

Je peux rester un long moment à contempler chaque feuille qui s’ajoute à une branche d’arbre. Aujourd’hui, j’admire chaque vague de mer qui me prouve que je suis en vie et qu’il peut y avoir une renaissance. Aujourd’hui, je sais vraiment apprécier, à sa juste valeur, l’amour. Parce que c’est grâce à l’amour des miens que je me suis armée de courage, que je suis vivante et que j’ai réussi mon combat.

Aujourd’hui, je sais à quel point c’est important d’aider les autres et de les soutenir. Et je sais à quel point l’amour mutuel peut-il faire des miracles. A présent, je sais que lorsqu’on se bat pour une bonne cause, on finit par gagner d’une manière ou d’une autre. Vivre est une sensation extraordinaire, la vie est tellement précieuse et je demande à tout le monde de consacrer ne serait-ce que 30 minutes par jour pour apprécier la vie.

Ce que j’ai appris par-dessus tout, c’est que seuls la générosité, l’amour, l’altruisme, le courage et la solidarité peuvent nous faire sortir d’une maladie. Et c’est pour cette raison que l’AMC est née. Elle est là pour tendre la main à tous ceux qui souffrent du cancer, pour sécher leurs larmes, pour leur faire ressentir de l’amour. Je trouve injuste qu’il y ait des malades dans l’incapacité de suivre leur traitement.

La santé est un droit pour tous, nous sommes tous égaux, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, citadins ou paysans. Le cancer est une maladie lourde et sa prise en charge est lourde. Certaines personnes n’ont même pas de quoi payer leur transport pour venir se soigner ! D’autres n’ont pas où passer la nuit après leurs contrôles dans les hôpitaux !

 

Le ministère de la Santé doit absolument revoir son système de remboursement et de prise en charge. Tous les malades ont le droit de se soigner tant bien par la CNAM que par les autres organismes. Nous devons s’unir et combattre tous ensemble le cancer !

 

Mme Raoudha Zarrouk présidente de l’Association des Malades du Cancer
Mme Raoudha Zarrouk présidente de l’Association des Malades du Cancer

 

Entretien conduit par Abir Chaouachi

{gallery}/sante/amc{/gallery}