Marche imposante des « Blouses blanches »

1521382 10151947044273440 1929113886 nLa rupture est totale entre Abdellatif Mekki, ministre de la Santé sur le départ, et l’ensemble du corps médical. Un corps plus soudé et plus déterminé que jamais à défendre la profession face à la loi que le ministre, aidé et soutenu farouchement par le député nahdhaoui, Béchir Lazzam, veulent leur imposer.

 

Le projet de loi, objet du litige, stipule l’obligation pour les internes et résidents de servir, obligatoirement, pendant trois ans au minimum, dans les structures sanitaires à l’intérieur du pays, ce que les différentes parties du secteur rejettent catégoriquement pour plusieurs raisons qu’ils jugent objectives et raisonnables.

 

 

Il est impératif de mettre l’accent sur le fait que le travail forcé est, par définition, une sanction judiciaire face à une erreur faite en infraction aux lois de la société. Alors, « M. Mekki est-il en train de sanctionner les médecins », s’interrogent-ils ? Si c’est le cas, pourquoi ? Après 5ans d’études médicales, 2ans d’internat et 4ans de spécialité (5 pour certains), est-il logique d’obliger cette élite à pratiquer la médecine contre sa volonté ?

 

Pourquoi le dépôt d’un tel projet de loi en ces moments, alors que le ministre et le gouvernement sont sur le départ ? Pourquoi Abdellatif Mekki et Béchir Lazzam veulent imputer ledit projet à un député de Nidaa Tounes ? Et puis, pourquoi un gouvernement, censé gérer les affaires courantes, procède-t-il à un tel remue-ménage qui peut attendre au vu de la situation générale par laquelle passe le pays ?

Tout d’abord, il s’est avéré que MM. Mekki et Lazzam n’ont pas dit la vérité puisqu’ils ont été démentis, sur le plateau télévisé de « 9 heures du soir » par la représentante syndicale du secteur, Melle Salma Moalla. Aussi, dans une déclaration, Abdelmoêm Krir de Nidaa a nié être derrière ledit projet de loi et encore moins celui qui le défend. Il est allé même jusqu’à accuser la commission de M. Lazzam d’avoir « piqué » le projet à sa commission des affaires sociales.

M. Krir assure qu’il était pour un projet qui porterait sur une réforme plus efficace, mais jamais sur le projet comme il est présenté. Autrement dit, les dirigeants nahdhaouis, aussi bien au gouvernement qu’au sein de l’ANC sont devenus des habitués des fausses données et des faux chiffres.

 

M. Lazzam, qui exerce en tant que médecin spécialiste dans la libre pratique, a voulu expliquer la convention internationale sur le travail, selon son interprétation. Il a donné de faux chiffres de l’OMS et a parlé d’un accord du Sénat français sur l’obligation pour les médecins de servir dans ce qu’on appelle les « déserts médicaux », alors qu’il s’agissait du contraire puisque la proposition avait été rejetée par ledit Sénat !

 

Ainsi, après le coup de la création de trois nouvelles facultés de médecine à l’intérieur du pays, le ministère de la Santé nous sort cette histoire d’obligation des futurs médecins à servir, pendant trois ans à l’intérieur du pays.

Le corps médical qualifie ces deux mesures de populistes et à odeur électoraliste surtout que le gouvernement d’Ennahdha est partant, voire démissionnaire. Ils accusent même le ministre de vouloir, sciemment, faire monter les populations contre les médecins en les présentant comme manquant de sens de l’humanisme.

 

tunis-medecine

 

La situation dans le secteur est grave et dangereuse. En effet, suite à l’appel de tous les syndicats de la Santé publique, une marche nationale imposante s’est tenue, mardi 7 janvier 2014, rassemblant une énorme foule de blouses blanches, estimée à près de huit mille manifestants

Cette marche, qui a démarré devant le siège du ministère de la Santé en direction de l’Assemblée Nationale Constituante en passant par l’avenue 20 Mars au Bardo, a été organisée afin de contester les « lois populistes » ainsi que « les décisions électoralistes », et plaidant l’égalité entre les régions et la justice sociale.

 

N.H