Ibn Al Jazzar : le médecin tunisien au service de l’humanité

Connu sous le nom d’Algizar par les Latins, Abu Jaâfar Ahmed Ibn Ibrahim Ibn Abi Khaled Al-Jazzar a illuminé le Xème siècle. Né à Kairouan, en Tunisie sous le règne de l’émir aghlabide Ibrahim II, il rayonna aussi bien dans sa ville natale, qu’en Orient et en Occident.

Issu d’une honorable famille de célèbres médecins praticiens, Ibn Al Jazzar a été initié à la médecine dès son jeune âge en étant sous l’aile de son père Ibrahim qui fut médecin oculiste, de son oncle Abou Bakr, qui fut docte en médecine ayant été réputé pour son bon sens, mais aussi sous l’aile d’Isaac Ibn Soulaymen Al Israïli (Isaac Judeus) médecin personnel des émirs aghlabides et élève d’Ishaq Ibn Imrane. Avide de connaissances, il s’intéressa aussi à la littérature, à l’histoire, à la géographie, aux sciences naturelles et à la philosophie. Il suivait la ligne droite des doctes savants kairouanais, notamment celle de l’illustre Imam Sohnoun.

Ibn Al Jazzar accompagnait très souvent les vaisseaux arabes se rendant de Tunisie aux côtes européennes où il exerçait à bord comme médecin. Il fut non seulement médecin et thérapeute émérite mais il était aussi avide de connaissances et d’enseignement. Il a acquis de nombreux manuscrits d’anciens maîtres, grecs et arabes, constituant ainsi une riche bibliothèque estimée à 25 quintaux de livres. De son vivant, Ibn Al Jazzar a exercé à l’institution scientifique « Dar El Hikma » où l’on enseignait la médecine, la philosophie, les mathématiques et l’astronomie.

 

Qui était-il ?

Les historiens le qualifient de hautes valeurs humaines. Ils le présentent comme un personnage sérieux, calme, réservé, très indépendant, très digne et d’esprit droit. Il ne s’attachait ni aux dignitaires du régime, ni aux courtisans et notables. Ibn Al Jazzar était, également, très modeste, se mêlait aux gens simples et aux démunis. Il consultait et livrait gratuitement les médications aux pauvres.

Indépendant, Ibn Al-Jazzar s’installait dans sa propre maison de Kairouan pour exercer. Il a transformé le vestibule de sa demeure en pharmacie et y a aménagé: une salle d’attente pour les patients où on y rencontre les humbles, les pauvres et les riches, un cabinet de consultations et une officine de pharmacie. Il administrait des médicaments aussi bien préparés à l’avance dites « officinales » que des préparations dites « magistrales ». Ibn Al-Jazzar contrôlait minutieusement la préparation des médicaments.

Il s’est éteint, octogénaire, aux alentours de 980 après J.C. Il mourut après avoir légué sa bibliothèque personnelle à la ville de Kairouan. Et grâce aux multiples traductions de ses œuvres répandues tant en Orient qu’en Occident, le nom d’Ibn Al-Jazzar continue à se perpétuer. Il fut considéré comme le plus illustre des médecins arabes de notre pays.La Tunisie est fière de ce grand homme qui s’est dévoué au bien de l’homme et de l’humanité.

 

Contributions scientifiques d’Ibn Al Jazzar

L’œuvre d’Ibn al-Jazzar constitue une véritable encyclopédie.On lui attribue au moins 43 ouvrages, dont la plupart traite de médecine ou de pharmacie, toutes manuscrites. Tous ses ouvrages traduits en latin, en grec et aussi en hébreu se répandent en Occident.

De par ses différentes œuvres médicales, émane son souci de classifier et diversifier les spécialités médicales. Dans ses ouvrages, Algizar décrit les différentes maladies, symptômes et méthodes de traitement. Il a présenté des descriptions précises de la variole, de la rougeole et des informations judicieuses sur les maladies internes et a abordé les différents types de fièvres et des épidémies.

 

Son ouvrage phare est le « Zad al-mussafir » traduit à quatre reprises entre 1510 et 1536. L’ouvrage traite minutieusement des maladies du cerveau allant de la migraine, à l’apoplexie en passant par la  confusion mentale, le délire aigu, l’épilepsie, les tremblements et… le mal d’amour. Ce livre s’adresse aux médecins et aux voyageurs. Il y traite les maladies de tout l’organisme. Des versions se trouvent à la Bibliothèque nationale à Paris et une copie fut en possession du ministre de Louis XIV et de Napoléon Bonaparte.

 

« Kitab al-Litimade » (le livre des médicaments simples) fut classé le deuxième livre le plus  important, il est assimilé à une véritable pharmacopée. Il s’agit d’un traité de matière médicale divisé en 4 livres : trois sur les aliments et le quatrième sur les médicaments simples d’origine végétale ou minérale, à l’exclusion de ceux d’origine animale (ces derniers sont édités dans un livre à part « Kitab Al Hayawan »). Le « Livre des Simples » comprend, de son côté, plusieurs formules pharmaceutiques qui demeurent en usage de nos jours. Il est à noter qu’Ibn Al Jazzar ne se contentait pas de suivre les prescr
iptions des anciens, il composait souvent ses propres formules résultant de ses propres expériences.Dans ce livre, de nombreuses formules sont décrites en détail : composition, mode de préparation et d’emploi,formes pharmaceutiques, posologie, et parfois même falsifications et succédanés. Traduit en latin à deux reprises, le Livre des Simples classe les médicaments par rapport à leur degré d’activité et en fonction de la théorie des quatre humeurs : froid, chaleur, sécheresse et humidité. Il s’y penche sur la drogue.

 

Ibn Al Jazzar a donc légué un véritable patrimoine aux praticiens et à l’humanité toute entière. A côté des deux fameux livres précités, il a également rédigé le livre des prophéties« Proprietatibus » ; le livre de l’amnésie et des moyens de fortifier la mémoire « Kitab Al Nissian wa Toroq Taqwiati Adhakira » ; le livre de l’estomac, de ses maladies et leurs traitements ; « l’Elephantiasis » qui parle de la lèpre…Ces ouvrages médicaux d’Ibn Al Jazzar ont été étudiés par un groupe de chercheurs et publiés par l’Académie ‘’Beit El-Hikma’’ de Carthage.

 

B.C.