Débat national sur la santé : Les choix dépendent du changement de la société tunisienne

Conference-de-presse-Sante-tunisie-ministre-2En marge des préparatifs au Débat national sur la santé, une conférence de presse a été donnée samedi 29 septembre au ministère de la Santé et à laquelle plusieurs journalistes de différents médias tunisiens ont répondu présents.

Le sujet du débat a tourné autour de la métamorphose de la société tunisienne et la nécessité d’instaurer un nouveau système de santé pour qu’il réponde aux besoins des Tunisiens d’aujourd’hui. 

 

Désormais les grandes lignes du projet pour le débat national sur la santé commencent à se faire visibles, l’objectif de cette rencontre étant de transmettre au public les objectifs de ce plan national de santé. De fait, les différents éléments requièrent une mise en place d’un nouveau débat national. 

 

Le débat national sur la santé : pourquoi ?

 

Cette rencontre s’est articulée autour de deux volets : les objectifs, les raisons du débat et les six étapes d’exécution du projet. Abdellatif Mekki, ministre de la Santé a déclaré, dans ce cadre, qu’il est nécessaire que chaque citoyen comprenne la relation entre le débat national sur la santé d’une part et ce que vit le secteur actuellement comme insuffisances, d’autre part.

 

« Lors du débat national sur la santé, nous discuterons essentiellement des choix fondamentaux du système de la santé en Tunisie. En effet, tout système est basé sur des choix. Et toute restructuration de système nécessite une révision des choix. Certes, nous sommes capables de traiter partiellement les problèmes les plus urgents. Mais ceci ne s’avère pas aussi efficace tant que certains problèmes ne seront pas éradiqués à leurs racines ! Et ce, aussi bien sur le plan qualitatif que celui quantitatif !

 

Un traitement efficace des problèmes est toujours tributaire d’une correction des choix sur lesquels le système de la santé s’est basé. Parce que la société tunisienne change et les choix aussi doivent changer pour répondre aux nouveaux besoins de la société tunisienne. C’est le travail qu’on doit faire avant de dresser un plan de travail. De fait, le ministre de la Santé a insisté sur la nécessité de bien étudier la transformation profonde de la société tunisienne. « On doit étudier la transformation de la société tunisienne en se basant sur trois éléments essentiels : la transformation démographique, celle épidémique et celle qui concerne le mode de vie des citoyens ».

 

L’aspect démographique

Sur le plan démographique, explique le ministre, nous avons aujourd’hui une espérance de vie de 75 ans chez le citoyen tunisien (74 pour les hommes et 76 pour les femmes). Ceci est certes un point positif tant l’espérance de vie a grandi ! Mais ce même point positif influe sur plusieurs secteurs notamment celui de la santé. Lorsque le nombre des personnes âgées est plus grand, le nombre des maladies chroniques se fait aussi plus important, notamment le diabète, l’hypertension artérielle, l’Alzheimer…ainsi que toutes les maladies liées au troisième âge.

 

D’ailleurs, j’en profite pour éclaircir un point : j’ai déclaré dans une occasion antérieure que « les médicaments manquent à cause de l’augmentation des maladies chroniques ». Hélas mes propos ont été mal interprétés. Et puisque l’occasion se présente, je voudrais préciser que j’entends par ces propos que nous avons de plus en plus de personnes qui souffrent de maladies chroniques, entre-autres à cause de l’augmentation de l’espérance de vie. Et la quantité de médicaments que nous consommions n’arrive donc plus à couvrir les besoins des patients qui sont en hausse jour après jour ! Une personne saine tombe malade environ trois à quatre fois par an. Elle aurait besoin d’une quantité qui est d’environ un mois de médicament par année. Or une personne qui souffre de pathologie chronique a besoin d’une ou peut-être plusieurs médications quotidiennes ! Il s’agit de l’un des aspects de la  métamorphose chez la population tunisienne qui, autrefois, avait une espérance de vie bien inférieure ! Et qui avait par conséquent beaucoup moins de malades chroniques et donc de besoin en médicaments ! Nous devons justement prendre en considération cette donnée démographique importante pour y remédier de façon adéquate.

 

L’aspect épidémiologique

En parallèle à la transformation de la population sur le point démographique, le citoyen tunisien semble souffrir de maladies qui n’étaient pas autant propagées dans le passé. Dans ce cadre, M. Mekki explique : « Les problèmes de santé ne sont pas fixes. Les maladies émergentes sont en changement continuel. Nombreux sont les problèmes de santé qui sont aujourd’hui tributaires du nouveau mode de vie des Tunisiens. Par exemple, nous enregistrons environ 1400 décès annuels à cause des accidents de la route, et ce, sans compter les blessés et autres complications. Les accidentés de la route souffrent souvent de conséquences lourdes : coma, handicap… Ils restent souvent en réanimation pendant une longue période. Et il est à noter qu’une nuit en soins intensifs s’avère très coûteuse !  Nous avons également 3 millions de Tunisiens qui souffrent de maladies chroniques. Ces nouvelles données doivent être prises en considération justement lors du débat national sur la santé

 

Changement du mode de vie des Tunisiens

Autrefois, ajoute, Abdellatif Mekki, nombre de Tunisiens souffraient de malnutrition, aujourd’hui nous parlons plutôt d’obésité ! Les gens deviennent plus oisifs : se déplacent en voiture, prennent l’ascenseur, mangent sucré, salé et gras, plusieurs d’entre eux fument et boivent de l’alcool, nombreux aussi sont ceux qui souffrent de stress et d’anxiété…

Ce nouveau mode de vie a fait que certaines maladies émergent chez nous dont l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle, les maladies cardiaques, les AVC, les cancers de poumons, des seins, du col de l’utérus, destruction des organes, les dépressions… Il est essentiel qu’on se penche sur le sujet pour chercher les moyens qu’il faut afin que le Tunisien améliore son hygiène de vie ! Nous avons aussi de nouveaux phénomènes qui naissent comme la consommation de drogue, d’alcool, ou encore les excès de vitesse …

 

Tout ceci est lié au système de la santé et est également lié à plusieurs autres secteurs. Par exemple, on doit collaborer lors du débat avec le ministère de transport pour voir comment améliorer les transports publics. Ceci encouragera plusieurs Tunisiens à se déplacer en bus ou en métro au lieu de prendre quotidiennement la voiture : ce qui fera moins d’accidents de la route, moins d’embouteillage et de stress, cela assainira l’air du surplus de pollution et combattra l’une des raisons de la sédentarité ! Toutes les maladies qui y sont associées seront donc plus gérables.  Tous les secteurs sont liés à la santé notamment le ministère de l’Environnement, celui des Affaires sociales, celui de l’Education, de l’Agriculture ! Ce sont, en effet, les différents axes sur lesquels le débat va s’articuler. Et c’est pour toutes ces raisons qu’un débat national sur la santé, impliquant les différentes structures, s’impose ».

 

Compte rendu par

Bibi Chaouachi

 

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