Action historique des jeunes médecins tunisiens, soyons tous unis derrière eux.

Dans cette ambiance tendue d’affrontement entre le ministère de la Santé et l’Assemblée nationale constituante, d’un côté, et les médecins, de l’autre, ceux qui paient les frais de cet entêtement sont deux types de personnes :

 

  • Le malade avec des rendez vous différés, des interventions chirurgicales retardées et une prise en charge réduite à l’essentiel.

 

  • Et le médecin, surtout le stagiaire ainsi que ceux qui est en formation. Pour ceux qui ne les connaissent pas, ces médecins en formation, qu’ils soient internes ou résidents, avaient toujours répondu présents et avaient toujours exercé avec courage, dévouement et loyauté en vue de tenir la promesse d’un serment qu’ils n’ont pas encore fait mais qu’ils appliquent et pratiquent depuis leurs premiers jours d’exercice dans les services hospitaliers.

Ces médecins, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, ne se révoltent pas pour échapper au travail dans les hôpitaux démunis de matériel, encore moins pour des ressources financières fort insuffisantes mais se battent pour la qualité de la médecine dans notre pays, une qualité enviée par les pays les plus développés et les plus pointus en matière de santé.

Vu la situation qui met en péril la prestigieuse médecine tunisienne, nous allons essayer dans cette réflexion de rapporter une vision de la situation mais surtout quelques solutions plausibles que bon nombre de pays, notamment la France, avaient mis en œuvre face aux déserts médicaux (terme rapporté par le député qui défend corps est âme la loi injuste).

Le travail forcé est, par définition, une sanction judiciaire face à une erreur faite en infraction aux lois de la société. Sommes nous en train de sanctionner nos médecins ? Si c’est le cas, pourquoi ? Après 5 ans d’études médicales, 2ans d’internat et 4 années de spécialité (5 pour certaines), est-il logique d’obliger notre élite à pratiquer la médecine contre sa volonté ?

Actuellement, les jeunes médecins en formation si on leur pose la question « où voudraient-ils exercer une fois les études et les stages terminés ? ». La réponse sera simple : nous allons immigrer. Vous n’avez qu’à regarder la vidéo où les jeunes médecins se moquent du Syndrome d’Allemagne.

Une autre question qui s’impose : pourquoi, durant ces dernières années, et pour la majorité des examens, concours et offres de poste, les médecins fuient la fonction publique et refusent de travailler dans les zone géographiquement défavorisées. On parle même de plus de 20 % de postes de concours d’assistanat hospitalo-universitaire non pourvus toutes spécialités confondues (chiffre à confirmer) ?

Par ailleurs, on rapporte un nombre faramineux de démissions du secteur de la fonction publique et dont la majorité exerce dans les grandes villes supposées fournir de meilleures prestations de soins.

Les problèmes ne finissent pas et ce qu’on rapporte n’est qu’une partie infime du malaise que vit la communauté médicale qui souffre de cette maladie voilà bien longtemps. L’équilibre était certes précaire mais maintenu. Les médecins tentaient d’oublier leur quotidien morose et continuaient à travailler. Mais voilà qu’une boule de neige nous est tombée sur la tête avec la décision de créer de nouvelles facultés, augmentation du nombre des résidents en formation et la goutte qui a fait déborder le vase, le travail obligatoire.

Hormis ces pseudo solutions ponctuelles qui ne font qu’enfoncer le clou, nos dirigeants ne pouvaient-ils résoudre les problèmes de notre système de santé autrement ? Nous sommes persuadés que si les autorités constitutionnelles ainsi que le ministère avaient pris la peine de prendre l’avis des organismes qui régissent les corps de métier, ils auraient trouvé une solution simple, immédiate et facile sans avoir à affronter nos médecins. A qui profite cet affrontement ? L’a-t-on cherché ? On ne répondra pas à cette question qui risque de faire virer l’esprit de notre article dans lequel, notre unique but est d’essayer de participer, ne serait ce que par des propositions de solutions, pour sauver notre médecine et notre élite.

Le malade qui arrive dans une structure a besoin d’une seule chose c’est d’être soigné. Cette procédure de soins est composée de trois étapes simples : un examen médical dans le but d’établir un diagnostic ce qui permet d’octroyer le traitement adéquat.

L’infrastructure médicale dont dispose la Tunisie actuellement est disparate et peut équilibrée, non seulement dans les régions défavorisées mais au sein même de la même région et je pourrai dire entre les services d’un même hôpital.

Le secteur de la santé contient deux types de corps de métier, des médecins de la santé publique et des médecins qui travaillent dans le cadre d’une activité libérale.

Actuellement, selon les dires du ministre de la Santé et des députés régionaux, les régions défavorisées ne disposent pas de gynécologues, radiologues, cardiologues etc. Par contre, si on vérifie la répartition des médecins selon la spécialité, toutes ces zones bénéficient d’un nombre satisfaisant de médecins spécialistes, mais c’est la répartition de ces médecins entre secteur privé et public qui est nettement déséquilibrée. Dans ces zones reculées de la Tunisie, le déséquilibre est manifeste entre ces deux secteurs public et privé.

Une des solutions les plus simples est que quand un hôpital ne dispose pas de médecin dans une spécialité donnée, l’Etat doit permettre au directeur de l’institution de faire une convention avec un médecin installé dans le secteur privé de la zone concernée pour combler cette lacune. Cette solution permettrait de résoudre immédiatement les problèmes de bon nombre de régions. En plus, cette issue serait moins coûteuse et plus pertinente.

Un pont de liaison entre les médecins du secteur public et privé peut être réalisé en concertation avec les ordres régionaux et la direction régionale de la santé ce qui permettra à l’hôpital de fonctionner correctement et de ne pas attendre l’arrivée de médecins contre leur propre volonté. Elle offrirait, en outre, aux malades du secteur public une qualité de soins supérieure vu qu’elle sera assurée par des médecins avec des années d’expérience plus nombreuses qu’un jeune médecin fraîchement diplômé pas encore capable de faire face (si non on considère que les patients seront des cobayes ?).

Donc, si l’hôpital accepte de travailler avec le secteur privé en collaboration et pas en conflit, toute étape considérée comme défaillante dans la prise en charge pourrait être assurée de suite par le secteur libéral.

Parmi les solutions qui peuvent être utilisées mais dont le résultat est à moyen terme : certains pays ont demandé aux gouverneurs et aux conseils régionaux de faire appel aux jeunes médecins en formation issus des « déserts médicaux » en vue de signer des engagements de revenir travailler dans leurs régions moyennant une prime mensuelle respectable et des garanties de poste. Cette méthode permet de fidéliser les jeunes d’une région donnée à revenir travailler dans leur ville d’origine.

Une des propositions qu’on peut donner au décideur est de voir comment le secteur de l’industrie pétrolière a fait pour garder des médecins travailler pendant des mois dans le désert ou sur une plateforme marine. Ces firmes, pour rendre leur travail attractif, fournissent des salaires renforcés, mais surtout une ambiance de travail saine et agréable capable de faire oublier les difficultés de vie qui viennent se greffer quotidiennement. Ceci passe également par la construction de nouveaux hôpitaux mais aussi de complexes sanitaires ou de logements, comme on a fait bâtir des cités sportives, alors pourquoi pas de cités de santé. Ces logements seront offerts aux professionnels le temps de leur exercice. En France, par exemple, rares sont les hôpitaux qui ne disposent pas d’appartements que l’administration peut mettre à la disposition des médecins, d’internat, de salles de repos et de bureaux avec accès aux revues scientifiques en ligne et la télé médecine pour assister les jeunes médecins pour la prise des décisions.

L’actuelle situation dans notre secteur est lourde, grave et dangereuse. Nous sommes sûrs que les médecins ne refuseraient jamais d’aider leur pays et de travailler dans les zones les plus démunis, mais à condition de leur donner les moyens de prodiguer des soins de qualité et de ne pas être appelés à faire le travail d’une simple secrétaire, à examiner et à rédiger une lettre de liaison pour un hôpital de grande ville.

Le coût d’une telle pratique fait que l’Etat paye un médecin, des locaux régionaux mais une ambulance avec son ambulancier et le fuel qu’il faut pour arriver à un hôpital plus fourni où les soins seront donnés aux malades si, bien entendu, ce dernier a la chance de trouver le matériel fonctionnel.

Le secteur de la santé publique passe depuis bien longtemps par une période de détérioration continue. Dans les pays, où nous avons perfectionné nos pratiques et appris une partie de notre médecine, tels la France, les hôpitaux ont une meilleure infrastructure et concurrencent même les cliniques du secteur privé.

Les médecins travaillent jour et nuit à l’hôpital, mais aussi leurs salaires témoignent de l’importance qu’un peuple donne à son élite. Le salaire du premier ministre actuel de la France est de 12 000 euros, un chirurgien (chef de service) du même âge peut avoir un salaire de 13 000 euro gardes incluses.

On tient à préciser que ce ne sont pas les demandes financières qui régissent le malaise dans le monde médical, mais plutôt toute une image d’une profession ternie par une haine qui grandit et qu’on nourrit de plus sen plus.

Face à cette crise sans précédant, la solution ne peut être que démocratique. Un congrès extraordinaire où tous les intervenants dans le secteur de la santé à commencer par le ministère de tutelle, les syndicats, les doyens des facultés, les conseils régionaux et national de l’Ordre des médecins etc. Durant cette manifestation, l’exposition des problèmes et des différentes solutions possibles sera abordée et le recours au vote serait parmi les meilleures méthodes d’adoption des solutions.

 

Dr El Kamel Lebbi Imen