Maman, j’ai le nez bouché !

La  rhinopharyngite est l’infection  de la sphère otorhinolaryngologique la plus fréquente chez les jeunes enfants. Passage obligé des premières années de vie, elle est habituellement plus gênante que grave, même si elle se répète fréquemment. Les symptômes, les causes, les complications et le traitement, toutes ces facettes ont été dévoilées par Dr Mohamed Slim Abdelmoula, professeur au service de pédiatrie à l’hôpital La Rabta et président de la Société Tunisienne d’Homéopathie.  

Qu’appelle-t-on rhinopharyngite ? Et quand parle-t-on de  rhinopharyngites récidivantes ?

« La rhinopharyngite est une atteinte inflammatoire de l’étage supérieur du pharynx, appelé aussi rhinopharynx, à laquelle s’associe souvent une atteinte nasale.

C’est une inflammation qui est le plus souvent due à une infection virale. Plus de 200 virus y sont incriminés, dont lerhinovirus (40%), coronavirus, VRS(virus respiratoire syncytial), adénovirus…

Ces virus induisent une immunité souvent locale et de courte durée. La variabilité des virus et l’immunité passagère expliquent les récidives fréquentes de cette maladie.

On parle de rhinopharyngites récidivantes à partir de 6 épisodes par an. Ce chiffre reste, toutefois, arbitraire puisque 3 ou 4 épisodes successifs et rapprochés en quelques mois, doivent tout de même amener à rechercher une étiologie.

La rhinopharyngite est une pathologie fréquente chez les enfants en âge préscolaire. En France, c’est la première pathologie infectieuse de l’enfant. Elle constitue la première cause de consultation pédiatrique. Elle représente un véritable problème de santé publique du fait de sa fréquence, du nombre de consultations, et de l’absentéisme qu’elle induit en termes de scolarité et de travail des parents, mais aussi en termes de coût. En dépit de l’origine virale, la prescription d’antibiotiques est de l’ordre de 40 %, soit près d’un malade sur 2 bénéficie d’une antibiothérapie, lequel traitement n’est pas indiqué pour ces infections ». 

Par quoi se manifeste une rhinopharyngite ?

« Il s’agit essentiellement d’une obstruction nasale, d’une rhinorrhée (ou écoulement nasal) qui peut être antérieure et/ou postérieure et d’une inflammation diffuse de la muqueuse pharyngée. Une odynophagie (douleur lors de la déglutition), des sensations de démangeaisons, d’écharde et de sécheresse au niveau de la gorge sont également rapportées. Dans un premier temps, l’écoulement nasal est muqueux pour devenir par la suite le plus souvent mucopurulent, ce qui n’est pas synonyme de surinfection bactérienne mais plutôt de la présence de polynucléaires altérés. Ces signes s’accompagnent souvent d’une fièvre à 38°-38,5°C mais l’apyrexie (absence de fièvre) n’élimine aucunement le diagnostic.

La fièvre ne dure généralement pas plus de 4 jours, au-delà de cette période, une complication est à rechercher.

L’enfant peut accuser également des otalgies, douleurs ressenties à l’oreille, du fait de la mauvaise aération des trompes d’Eustache, secondaire à l’inflammation du rhinopharynx ou d’une véritable otite. On peut noter aussi la présence d’une toux nocturne provoquée par les « fausses routes » des sécrétions postérieures ou d’une atteinte associée des voies respiratoires basses.

L’examen physique peut mettre en évidence la présence d’adénopathies cervicales satellites qui sont par moment sensibles, parfois carrément douloureuses et  pouvant se compliquer d’adénite ou d’un adénophlegmon. 

Une gêne pour respirer est surtout l’apanage des nouveau-nés et des jeunes nourrissons dont la respiration est essentiellement nasale, ce qui génère dans certains cas une détresse respiratoire. Il suffit  de dégager le nez pour que l’enfant retrouve une respiration normale. Une gêne pour la sensation des odeurs et une anosmie sont parfois rapportées.

Dans le cas où les symptômes décrits précédemment sont présents en continu avec des périodes d’exacerbation sur une durée de plus de 5 semaines sans accalmie, on parle de rhinopharyngite chronique ».

Y a t-il des examens complémentaires à faire pour le diagnostic de la rhinopharyngite ?

« En cas de rhinopharyngite aigue et en l’ab
sence de complications, un interrogatoire minutieux et un examen physique bien conduit sont suffisants pour établir le diagnostic. Cette affection virale bénigne ne nécessite aucun examen complémentaire. L’évolution de la maladie est souvent favorable, moyennant quelques traitements symptomatiques, l’enfant est guéri en maximum 7 à 10 jours, parfois moins, bien évidemment en dehors des complications ».

Quelles sont les complications de la rhinopharyngite ?

« Les complications sont secondaires soit à la diffusion de l’infection virale, soit à une surinfection bactérienne. Elles sont de trois ordres : locales, régionales et générales.

Les complications locales c’est essentiellement les conjonctivites purulentes en rapport avec la remontée des bactéries le long des canaux lacrymaux et  l’ethmoïdite (inflammation du sinus ethmoïdal) notamment chez le nourrisson. L’ethmoïdite se manifeste par une fièvre importante, une inflammation de l’angle interne de l’œil. Le diagnostic  de l’ethmoïdite est fait par le scanner. Une autre complication est la sinusite maxillaire, à partir de l’âge de 3 ans.

L’otite moyenne aigue et l’otite seromuqueuse font partie des complications régionales. L’otite seromuqueuse est surtout l’apanage des rhinopharyngites récidivantes et chroniques .Elle se manifeste par des otalgies,  une hypoacousie et des difficultés d’apprentissage.   L’otoscopie, en visualisant un tympan terne et l’impedancemétrie une courbe aplatie permettent de retenir le diagnostic. Les autres complications régionales sont l’adénite cervicale et l’abcès rétro- pharyngé. L’adénite peut se compliquer d’adénophlegmon avec un ganglion volumineux, douloureux et inflammatoire alors qu’un bombement de la paroi postérieure du pharynx fera suspecter le diagnostic d’un abcès rétro-pharyngé qui sera confirmé par l’imagerie.

Les convulsions fébriles, la déshydratation secondaire aux vomissements, les arthrites et les méningites représentent les principales complications générales qui sont par ailleurs rares.

D’autres tableaux cliniques sont, cependant, le sujet de divergences entre les praticiens. Ainsi, si certains considèrent qu’une laryngite, une trachéite, une bronchite ou une bronchiolite chez l’enfant sont des complications de la rhinopharyngite, d’autres, en revanche, classent ces pathologies comme atteintes respiratoires associées».

Quelles en sont les modalités thérapeutiques ?

«Le traitement de la rhinopharyngite est essentiellement symptomatique et repose sur la lutte contre la fièvre et la désobstruction nasale.

L’apyrexie peut être obtenue aussi bien par les moyens physiques (éviter de trop couvrir l’enfant, poser des compresses humides et froides sur le front en cas de fièvre élevée) que par les thérapeutiques antipyrétiques. Ces dernières sont de trois classes : le paracétamol, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les médicaments homéopathiques.

Lorsque la fièvre dépasse 38,5°C, on est amené à les alterner, en cas  d’inefficacité d’un traitement.

Le 2ème traitement consiste à assurer une bonne désobstruction nasale. Les enfants en bas âge n’ont pas la faculté de se moucher convenablement. Le lavage du nez au sérum physiologique plusieurs fois par jour, soit 4 fois au minimum, est capital. Ce lavage doit être fait de préférence avant le biberon ou le repas pour éviter le risque et de vomissements provoqués et de fausses routes. Il faut procéder en plaçant l’enfant en décubitus latéral, en commençant par la narine supérieure et en rinçant  bien au sérum physiologique, ensuite, on met l’enfant sur l’autre côté et on répète l’opération. Pour un maximum d’efficacité, le sérum physiologique qu’on instille dans une fosse nasale doit ressortir de l’autre côté clair et propre.

Rappelons encore une fois que le traitement antibiotique n’est pas justifié dans une rhinopharyngite aigue non compliquée.

Le traitement symptomatique par les médicaments homéopathiques trouve une bonne place dans la prise en charge de la rhinopharyngite aigue. Ils permettent souvent d’écourter la durée d‘évolution de la maladie, d’assurer un meilleur confort pour l’enfant et de diminuer le risque de complications qui sont l’apanage surtout des rhinopharyngites mal nettoyées et mal drainées, tout en étant dénués d’effets indésirables et leur coût est réduit.

On insistera sur l’importance de respecter les règles d’hygiène en manipulant tout ce qui a trait à l’enfant, d’éviter le tabagisme passif et la promiscuité, de minimiser le risque de contamination à la crèche et au jardin d’enfants et de retirer l’enfant, si besoin est, le temps de passer le cap de l’épidémie hivernale. Egalement et pendant la saison froide, on recommande vivement à la maman de veiller à l’humidification de l’air de la maison et cela en plaçant  un bol d’eau sur les radiateurs, ces derniers étant une source non négligeable d’assèchement de l’atmosphère et de ce fait, des muqueuses de la sphère respiratoire ».

Dans les formes récidivantes ou chroniques, l’enquête étiologique est impérative. Parmi les facteurs étiologiques, on cite l’hypertrophie des végétations adénoïdes, le reflux gastro-oesophagien, l’anémie, les problèmes d’allergie ou de déficits immunitaires,  la mucoviscidose,  les mauvaises
conditions de vie tels que la promiscuité, le  tabagisme passif et la  pollution atmosphérique. La prise en charge dépendra de l’étiologie ».

B.H.S

Dr Mohamed Slim Abdelmoula,

Professeur au service de pédiatrie à l’hôpital La Rabta

Président de la Société Tunisienne d’Homéopathie