Les enfants du divorce : coup de projecteur sur les profondeurs des petits

enfant-du-divorce-sante-tunisieLa vie de couple est loin d’être un long fleuve tranquille. Tantôt, le couple arrive à dépasser ses différends. Tantôt, les époux se retrouvent dans une impasse. L’un ou l’autre, ou tous les deux optent pour le divorce. Ce verdict sonne le glas pour les enfants qui, eux, se retrouvent en train de payer les pots cassés

 

En Tunisie, l’on parle d’environ 40% de couples divorcés. Il s’agit d’un véritable phénomène de société qui mérite une réflexion profonde. Et l’image qu’évoque le divorce à première vue renvoie à une déchirure et à un effritement familial. Ceci est doublement triste et désolant tant qu’il y a des enfants dans la mêlée ! Ces derniers se retrouvent, en effet, tiraillés entre une mère et un père séparés. Et les clichés sur le divorce ne sont pas inventés de toutes pièces : Il s’agit véritablement d’une famille brisée, d’enfants troublés, de mère esseulée et de père absenté… Pour un enfant, ce scénario est ravageur !

 

Certains spécialistes disent que le divorce est parfois un mal nécessaire. D’autres trouvent qu’il s’agit d’un dommage collatéral. Mais pour les uns comme pour les autres, il ne s’agit aucunement d’un épisode facile pour l’enfant surtout si ce dernier est en pleine phase de développement personnel. Pour comprendre justement les méfaits du divorce sur la psychologie des enfants, Santé-tn a contacté Mme Sayda Ghanemi, psychologue.

 

Les enfants « trinquent » au gré des désaccords parentaux

« Le divorce fait hélas partie des risques réels du mariage… Et pour un enfant, il n’y a pas de conflit plus « destructeur » que celui qui dresse ses parents l’un contre l’autre. La crise est certes plus difficile à gérer à des âges où l’enfant a besoin de repères stables. Et même si à un âge plus avancé, certains arrivent à gérer, il s’agit dans tous les cas d’un passage négatif pour tous les enfants.

 

Oui, il n’y a pas de divorce sans traumatisme ! Sauf que les impacts sont vécus à des degrés différents. Parce que ce n’est pas le divorce en tant que tel qui perturbe tant l’enfant, mais plutôt la manière dont on se sépare et le chemin épineux et conflictuel qui précède, accompagne et suit le divorce !

 

Lorsque le divorce est plus salutaire pour l’enfant

 

Et Mme Ghanemi d’ajouter : « la vie commune se transforme parfois en un véritable cauchemar qui ne finit pas ! Plusieurs parents croient bien faire en restant ensemble, ils croient, à tort, qu’ils sauvent la famille et que c’est pour le bien des enfants !

 

Or, de quelle vie de famille parle-t-on si l’enfant assiste continuellement à des scènes de ménages sans merci, à des disputes, à des échanges d’injures et de haine…Pis encore s’il assiste à des scènes de violence qui le choquent ou encore, s’il est lui-même battu et maltraité suite à cette relation très conflictuelle !

Franchement, n’est-il pas moins grave dans ce cas que l’enfant vit tranquillement avec un seul parent que de vivre une vie de famille aussi violente et atroce ?! Un enfant a absolument besoin d’une saine atmosphère pour évoluer, c’est même son droit le plus élémentaire! Si la mésentente est omniprésente, vivre avec un seul de ses parents sera bien plus clément pour lui.

 

L’enfant souffre plus des disputes et des conflits entre ses parents que de la séparation en elle-même. Plusieurs de mes jeunes patients me l’ont confié : « je préfère que papa s’en aille et que ma mère demande le divorce », me disaient-ils ! Cette phrase que j’ai tant entendue, ne veut pas dire que l’enfant va bien pour autant ! Ceci est un appel au secours qu’il lance pour exprimer sa souffrance d’un mal-être qui pour lui, a assez duré !

 

Il est conscient que son père le traite mal ou traite mal sa mère et veut avoir droit à une trêve ! Ceci veut dire que l’enfant est conscient de la situation de souffrance, mais qu’il trouve le divorce plus clément. L’enfant est réceptif au climat émotionnel dans lequel il évolue et il se rend compte que cela ne va pas, et ce, même si les parents ne le lui disent pas ! Que dire si les parents le crient sur les toits !

 

Cela dit, certains géniteurs ont des conflits très gérables et l’enfant ne se rend pas compte de ce qui se trame. Père et mère arrivent dans ce cas à lui offrir une bonne atmosphère familiale. Et c’est là, où le divorce ne sera vraiment pas accepté par l’enfant parce qu’il ne se doutait de rien ! »

 

Comment lui annoncer la nouvelle ?

 

Hélas, ajoute Mme Ghanemi, je vois plusieurs parents se séparer dans la haine. Et souvent l’enfant se retrouve prisonnier dans des disputes d’adultes qu’il ne comprend pas. Et l’on voit souvent l’un des parents abuser de son pouvoir parental et utiliser cet enfant pour faire du chantage à l’autre…

Pourtant, lors du divorce, l’idéal serait de mettre les désaccords entre parenthèse et lui expliquer la situation ensemble sans entrer dans les détails, et ce même si l’un des parents refuse le divorce ! Pour amoindrir les dégâts, il faut lui expliquer que papa et maman ne vivront plus ensemble, mais continueront de l’aimer et qu’il n’y est pour rien…

 

Il a besoin d’être rassuré quant à l’amour de ses deux parents et il a besoin de savoir qu’il aura toujours sa place auprès des deux. En aucun cas, l’un ou l’autre ne doit en faire le confident quant aux problèmes du couple. Il ne faut pas l’exposer aux griefs de l’un contre l’autre. Il ne doit surtout pas servir de messager entre ses parents, ni de bouc émissaire en cas de conflit. De grâce, laissons les enfants en dehors des conflits du ménage et du chantage affectif ! Il n’y a pas plus destructeur pour lui !

 

Et après le divorce ?

 

« Lorsque les choses sont faites et que l’enfant vit a priori avec son tuteur, (généralement la maman) il va falloir que ce dernier s’implique à fond pour détecter le moindre mal-être. On recommande au tuteur légal de toujours donner une bonne image du parent absent.

 

L’enfant s’identifie au père et à la mère. S’il a une mauvaise image de l’un ou de l’autre, c’est qu’il aura une mauvaise image de lui-même ! Il se voit à travers ses parents ! Il faut aussi conserver les visites de l’autre parent et faire en sorte qu’il sente toujours qu’il a sa place chez l’un comme chez l’autre.

 

Toutefois, parfois les conflits sont tels qu’il est préférable que l’un des deux parents, se mette à jouer un très mauvais rôle : il dira du mal de son ex partenaire et peut même culpabiliser injustement l’enfant ! Oui, hélas, plusieurs couples se déclarent totalement la guerre une fois séparés. Et c’est l’enfant qui paie indûment le prix !

 

Le cas échéant, le parent absent pourrait devenir totalement démissionnaire et s’absentera totalement. Dans ce cas, il va falloir chercher une sorte de « substitut parental». N’importe quel homme de la famille ou proche de la famille pourra jouer ce rôle de compensation. Parce que ce dont l’enfant a besoin, c’est surtout la fonction d’un père et non pas vraiment la personne du père.

D’ailleurs même un jeune frère peut jouer ce rôle. C’est de l’image parentale dont l’enfant a besoin et non pas d’un véritable papa. Cette présence est quasi vitale jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge adulte, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il dépasse l’adolescence.

 

En phase de développement, l’enfant va apprendre théoriquement le rôle du père et de la mère, il en aura besoin pour sa construction personnelle. Et en phase d’adolescence, il mettra en pratique ce qu’il a appris et pour ce faire, il a besoin de deux guides des deux sexes ».

 

Tout dépend de l’enfant et de son entourage

« Je dois aussi dire que les enfants ne réagissent pas tous de la même manière face au divorce. Certains peuvent gérer cette phase et comme le dit l’adage : « ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort ». Du coup, plusieurs enfants deviennent bien mûrs et sages. Ils sont résilients et ceci est détectable à travers leurs réussites à l’école.

 

En revanche, le divorce peut rendre d’autres enfants plus chétifs. Et ici aussi, les résultats des études peuvent être une sorte de baromètre qui permet au parent tuteur de comprendre si l’enfant va bien ou pas. Plusieurs enfants du div
orce ont malheureusement des comportements négatifs qui laissent soupçonner une délinquance : vol, mensonge, triche…

 

A détecter ces failles, le parent doit penser à emmener son enfant chez un spécialiste pour qu’il soit traité avant de penser aux punitions ! L’échec de l’enfant peut souvent cacher une profonde déprime. L’enfant se sent dévalorisé et a une mauvaise image de lui. Cette dimension doit être rectifiée, raison pour laquelle parents et enfants doivent toujours communiquer. Si le petit dépasse cette crise, c’est sûrement grâce à l’entourage. S’il échoue c’est aussi à cause de l’entourage.

 

Et tout trouble de comportement nécessite une consultation. Lorsqu’on remonte à la source du problème, en suivant l’enfant et sa maman, on peut rectifier les choses. Mais parfois l’on retrouve aussi une déprime profonde : là, il s’agit d’une pathologie clinique qui nécessite un suivi sérieux et l’enfant est souvent envoyé chez un psychiatre. »

 

Bibi Chaouachi