Le Pr Hayen Maghrebi parle de l’analgésie péridurale :

analgesie-peridurale-tunisie-docteur-maghrebi-sante-femme-enceinteDepuis quelques décennies, l’analgésie péridurale, plus communément connue sous le terme d’anesthésie péridurale, est devenue une pratique courante pour les accouchements. Toutefois, elle est encore sujet de controverses, de préjugés et même de fausses idées chez bon nombre de femmes et d’hommes.

 

Pour Sante-tn, le Pr Hayen Maghrebi, chef de service d’anesthésie réanimation au Centre de Maternité et de Néonatologie de Tunis, a détaillé et donné de plus amples informations concernant cette technique analgésique à la fois désirée et rejetée.

 

« Le travail obstétrical représente une des expériences les plus douloureuses rencontrées par les femmes au cours de leurs vies. Soulager la douleur est, dans ce contexte, un élément important et l’efficacité du soulagement peut influencer la satisfaction par rapport à l’accouchement, mais aussi avoir des conséquences émotionnels et psychologiques immédiates et à long terme. La méthode de référence actuellement utilisée est l’analgésie péridurale (c à d traitement de la douleur uniquement). Le terme d’anesthésie péridurale est plus global et plutôt réservé à pratiquer une césarienne ».

 

Sante-tn : Qu’est ce que l’analgésie péridurale?

Dr H.M : « L’analgésie péridurale est une technique d’analgésie loco régionale. Elle est réalisée par un médecin anesthésiste réanimateur. Il s’agit de traiter la douleur ressentie par la parturiente au cours du travail, en injectant des produits analgésiques (anesthésiques locaux, morphiniques) dans l’espace péridural. Cet espace fait partie de la structure anatomique du rachis. Il est repéré au niveau lombaire par un abord en général médian, grâce à une aiguille spécifique, l’aiguille de Tuohy montée sur un mandrin liquide.

 

Une fois l’espace repéré, un cathéter fin multi perforé est inséré dans cet espace. Il est fixé puis sera utilisé pour l’injection des produits analgésiques. L’analgésie péridurale doit être réalisée dans des conditions d’asepsie rigoureuse (calot, masque, lavage des mains chirurgical, gants et champ stérile, désinfection cutanée à l’aide d’une solution antiseptique etc.).

 

La parturiente est placée sur la table d’accouchement en position assise en général pour réaliser la ponction. Une fois l’acte terminé, la parturiente est remise en position décubitus latéral gauche. La patiente est totalement consciente au cours de l’analgésie péridurale. Différents modes d’administration des produits analgésiques sont utilisés, tel le mode perfusion continue, mode d’analgésie autocontrôlé par la parturiente, grâce à des pompes de perfusion plus ou moins sophistiquées. L’administration de ces médicaments se poursuivra jusqu’à l’accouchement et l’expulsion du fœtus ».

 

Quels sont les effets de l’analgésie péridurale ?

« L’analgésie péridurale permet de supprimer les douleurs ressenties par la parturiente au cours du travail ».

 

En quoi l’analgésie péridurale est-elle différente par rapport à l’anesthésie générale?

« L’anesthésie générale qui consiste à endormir la patiente n’est pas une technique de traitement de la douleur au cours du travail obstétrical. L’anesthésie générale est réalisée au cours de la césarienne lorsqu’il existe une contre indication à réaliser une anesthésie locorégionale. Elle est pourvoyeuse de plus de complications par rapport à l’anesthésie locorégionale ».

 

Quel est le meilleur moment pour pratiquer la péridurale ? Si la femme a décidé de s’en passer au début et que le travail devient douloureux, est-il possible de se rattraper ?

 « Actuellement, l’analgésie péridurale peut être réalisée dès le début du travail  et quand les contractions sont douloureuses. Si elle n’est pas réalisée au début, on peut toujours rattraper le retard à n’importe quel stade d’avancement du travail  même à dilatation complète du col ».

 

Y a-t-il des conséquences pour le bébé?

 « L’analgésie péridurale n’a aucune conséquence pour le nouveau né ni sur le bon déroulement du travail. Elle n’augmente pas le taux de césarienne même si elle est installée en tout début de travail. Elle peut allonger légèrement la deuxième phase du travail et peut augmenter le taux d’accouchement avec manœuvres instrumentales ».

 

Existe-t-il des contre-indications pour cette anesthésie?

 

 « Les contre indications sont nombreuses mais très rares. Les seules contre indications absolues sont le refus de la parturiente et l’absence de coopération de sa part. Pour les contres indications classiques, il s’agit essentiellement des infections au point de ponction, des anomalies de la coagulation,  des états hémodynamiques instables, de pathologies neurologiques particulières, etc.).

 

Concernant le cas particulier du tatoo, de plus en plus fréquemment, l’anesthésiste-réanimateur peut être confronté à la réalisation d’une péridurale chez des parturientes porteuses de tatouages dorsaux lombaires médians. Aucune complication sérieuse n’a été rapportée dans la littérature.

 

Néanmoins, une ponction en zone tatouée peut entraîner un carottage de tissu avec dépôt de pigments dans les espaces péri-médullaires qui induirait alors un risque théorique de complications neurologiques tardives. Afin d’éviter ce risque théorique, il faut essayer de ponctionner en dehors de toute zone pigmentée, soit en sélectionnant un espace sus- ou sous-jacent, soit en cherchant à l’intérieur du tatouage un espace libre. En cas d’impossibilité, une incision limitée du derme peut permettre l’introduction de l’aiguille sans risque de carottage. La conduite à tenir doit être décidée dès la consultation d’anesthésie, après avoir informé la parturiente ».

 

Existe-t-il des complications à court et à long terme de l’analgésie péridurale?

«  Les incidents et les accidents potentiels de l’analgésie péridurale sont variés et une énumération exhaustive peut donner, à tort, l’impression d’une incidence élevée. Les accidents sont rares et, en général, sans conséquences notables pour la parturiente. On peut citer :

  • Les complications immédiates : l’impossibilité de ponction, les paresthésies (sensation de fourmillement), la brèche durale (ouverture dans la dure mère qui est la membrane externe du cerveau), les céphalées et la plaie vasculaire
  • Les complications retardées : céphalées, dorsalgies lombalgies, séquelles neurologiques suite à un traumatisme par l’aiguille.

 

Pour finir

Dr H.M a insisté sur le fait qu’ « Il n’existe pas de méthode unique et universelle de la gestion de la douleur du travail pouvant s’adapter à toutes les circonstances et à tous les besoins des parturientes. Cependant, les progrès réalisés durant ces dernières années font certainement de l’analgésie péridurale la méthode de référence en termes d’efficacité et de sécurité pour la parturiente et le nouveau-né.

 

Donc les parturientes ne devraient pas hésiter à demander de bénéficier de cette technique pendant leur accouchement en discutant avec leur gynécologue lors des consultations prénatales ».

 

E.K.L

 

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Pr Hayen Maghrebi, chef de service d’anesthésie réanimation au Centre de Maternité et de Néonatologie de Tunis