La rentrée des « nouveaux » élèves : ce qu’il faut faire pour leur adaptation

Divorce, déménagement, transfert…nombreux sont les élèves qui se retrouvent dans un environnement d’étude totalement nouveau. Si certains sauront s’adapter sans trop de chichis, ceux introvertis et timides auront du fil à retorde ! Comment les aider ?

 

Dans moins d’une semaine, tous les élèves reprendront le chemin de l’école. Pour la majorité, il s’agit d’un grand moment de retrouvailles. Pour d’autres en revanche, le fait d’être dans une nouvelle école face à un environnement tout à fait nouveau est un moment de stress!

 

Ce changement est difficile surtout pour des enfants qui ont déjà une vie sociale et des amis totalement ailleurs… Commet les aider ? C’est ce que nous explique Mme Saïda Ghanemi, psychologue à l’hôpital d’enfant.

 

 

Sante-tn : La rentrée des classes avec toute la panoplie qui accompagne les écoliers est-elle difficile pour tous les nouveaux élèves ?

 

Mme S. Ghanemi : à vrai dire, ceci varie d’un enfant à un autre. Les difficultés ressenties dépendent aussi de l’âge de l’enfant et de son environnement familial. Les petits qui vont au jardin d’enfants ou qui sont encore en début de primaire n’auront pas vraiment de difficultés à s’adapter avec un nouvel environnement. A cet âge, l’on a rarement des relations sociales assez robustes. Et les plus petits ont une plus grande facilité d’intégration et d’adaptation. Certes, il est possible qu’ils soient timides les premiers jours, mais cela passe généralement sans gros pépins.

 

En revanche, le problème se pose lorsque l’enfant commence à nouer des relations d’amitié assez approfondies. Pour lui, il s’agit d’un gain réel. Et son déménagement ou transfert le mettent face à la perte de ce gain. Cela s’imprégnera d’une sorte de tristesse qui varie d’un enfant à l’autre !

 

Comment l’aider justement à dépasser cet état ?

 

Certes, l’idéal c’est que l’enfant évolue toujours dans un environnement stable. Ceci dit, parfois, le changement est inévitable ! Et il s’agit pour l’enfant d’une séparation qui se vit en quelque sorte comme un « deuil », si j’ose dire. Et il va falloir qu’il réussisse à faire son « deuil » justement.

 

Ceci exige du temps et beaucoup de compréhension. Les parents doivent toujours préparer l’enfant à cette rupture pour qu’elle ne soit pas brutale. Si l’enfant doit rentrer en classe bientôt, il a dû être préalablement mis au courant par ses parents. Il doit donc se familiariser petit à petit au contexte de déménagement ou de transfert. Pour l’aider, ses parents doivent lui donner l’occasion de dire au revoir à ses amis. Si ce n’est pas déjà fait, ils devraient le faire au plus tôt avant la rentrée. Ils doivent aussi lui donner les moyens de rester en contact avec ses amis que ce soit par des visites, des coups de fil, de la correspondance épistolaire où encore à travers internet et les réseaux sociaux.

 

Quelle est l’étape la plus difficile ?

 

Il s’agit incontestablement du premier jour de la rentrée ! L’amitié est très importante pour la construction et la stabilité des enfants. Et c’est ce qui va leur manquer durant ce jour surtout s’il va voir les heureuses retrouvailles d’autres groupes d’amis alors que lui, est seul !

 

De plus, l’enfant n’a pas encore marqué son territoire et ne connaît personne ! Il serait donc vraiment conseillé de l’emmener au plus tôt dans sa future école. Il est important qu’il y fasse un tour, explore son nouvel environnement et marque son territoire avant la rentrée pour qu’il ne se sente pas totalement « dépaysé » le jour « j ».

L’idéal serait qu’il fasse connaissance avec ses instituteurs et mieux encore s’il peut faire connaissance avec un ou plusieurs de ses futurs camarades. Le fait qu’il voit des visages familiers va le rassurer. Mais si cela s’avère impossible, il aura au moins exploré l’endroit où il va étudier. Le jour « j »,  c’est à l’enfant de décider s’il veut ou non être accompagné par l’un de ses parents. On doit booster sa confiance en lui et l’encourager à être réceptif à de futures amitiés. Mais attention, il faut toujours le rassurer quant à ses anciennes relations.

 

Si l’enfant est introverti et timide comment peut-on l’aider ?

 

L’enfant timide peut effectivement stresser à l’idée d’intégrer une nouvelle école. Il a déjà dû peiner avant de nouer des amitiés et le voilà contraint à se séparer de ses anciens amis et de tout renouveler ! C’est comme si on le déracine. On croit souvent que les relations d’un enfant comptent peu, mais c’est faux ! Les parents doivent se montrer compréhensifs, présents et rassurants !

 

Il ne faudra surtout pas lui dire qu’il va devoir les oublier et en faire de nouveaux, il ne sera pas en mesure de comprendre ! Même si l’on sait que c’est ce qui va effectivement finir par arriver ! S’il n’a pas choisi ce changement, il se sentira qu’il paie les frais d’une décision d’adulte qui lui a été imposée !

 

N’oublions pas que la nouveauté est souvent synonyme d’angoisse. Les parents ne doivent pas le négliger. L’enfant arrive généralement, au bout d’une ou deux semaines, à nouer de nouvelles relations. L’être humain est naturellement sociable et a une capacité d’oubli. Mais il ne faut pas le lui dire, il prendra ces phrases toutes faites pour une banalisation de ses « souffrances ». Laissons le découvrir par lui-même

 

Et s’il n’arrive justement pas à s’adapter, est-ce que c’est grave ?

 

A priori, l’enfant y arrivera avec l’aide de son entourage et de ses parents. Le cas échéant, il devrait souffrir d’un autre problème qui l’empêche justement de se faire des amis et c’est de ce côté-là qu’il faut piocher avec l’aide d’un spécialiste ! On peut toujours en parler à ses instituteurs qui le mettront en contact avec d’autres. On peut aussi s’arranger avec les autres parents, les inviter à la maison accompagnés par leurs enfants, mais le tout doit se faire avec l’approbation de l’enfant ! Le cas échéant, si l’enfant refuse, c’est qu’il y a hic ! Ce sont généralement les enfants uniques qui posent problème dans ce genre de situation. Il arrive qu’un enfant unique se lie d’un lien très fort avec un ami (e) parce qu’il le considère comme un frère ou une sœur. La séparation sera dure car elle rompt un lien affectif plus profond qu’une simple amitié!

 

La solution ? On fait en sorte qu’il ne perde jamais cet ami cher ! Mais de manière générale, l’enfant saura dépasser cet épisode à travers de nouvelles amitiés. Il faudra juste un peu de patience. N’oublions pas qu’il se sent froissé à l’idée de tout reprendre à zéro, mais finira par reprendre une vie sociale normale».

 

Interview conduite par Bibi Chaouachi