L’AMH recombinante: un espoir de taille pour traiter les tumeurs ovariennes

ovaireL’hormone anti-mullerienne (AMH) est une hormone qui est produite, dès la 8ème semaine de gestation, par le fœtus de sexe masculin et plus particulièrement par ses testicules. Cette hormone, comme son nom l’indique, inhibe le développement des canaux de Muller. Ces derniers étant à l’origine du développement de l’utérus, des trompes et de la partie supérieure du vagin.

 

Avant toute différentiation, le fœtus est dit bipotent (bisexué) et le développement des canaux de Wolf, qui donneront plus tard la prostate et les canaux déférents, au dépens des canaux de Muller chez le fœtus de sexe masculin, est contrôlé en partie par l’AMH. Si cette hormone possède ce potentiel inhibiteur important sur les tissus féminins, elle pourrait, probablement avoir les mêmes effets sur les tumeurs des ovaires, de l’utérus, des trompes et du col.

 

L’AMH appartient à la superfamille des facteurs de croissance (TGF-β), une classe de protéines impliquées dans la croissance et la différentiation cellulaire. De telles protéines recombinées sont difficiles à obtenir au laboratoire et cette hormone ne peut être produite que dans les cellules des mammifères et non pas dans l’E.Coli ou la levure, connus pour des rendements de production élevés, et une mise à l’échelle industrielle plus simple.

 

Ceci dit, dans les cellules des mammifères, la qualité de la protéine recombinante de point de vue rendement et homogénéité peuvent être des obstacles importants pour la production de ce matériel. Actuellement, la seule protéine recombinante de cette superfamille utilisée en clinique et pour la seule indication spécifique de la greffe osseuse est la BMP-2 pour Recombinant Bone Morphogenetic Protein.

 

De ce fait, on compte tellement sur les progrès dans la technologie de production et de purification de protéines recombinantes TGF-β y compris l’AMH et ce, pour aboutir à des thérapeutiques et par conséquent, sauver des vies.

 

 

Une équipe de chercheurs de l’Hôpital général du Massachusetts (MGH) rapporte que les modifications de la séquence de la protéine au niveau du site de clivage de l’AMH et l’ajout d’une séquence leader de l’albumine, la protéine la plus fortement sécrétée dans le sang, se traduit par un rendement plus élevé d’AMH actif et plus puissant.

« Cette technologie est l’aboutissement de nos efforts visant à élargir la production de l’AMH au delà du laboratoire et passer à l’application en clinique », explique le Dr Patricia Donahoe de MGH, l’auteur principal du document.

«Nous montrons que, non seulement nous pouvons produire des quantités importantes de cette protéine, mais nos modifications ayant perfectionné l’activation du clivage de l’AMH, avaient également servi à améliorer l’homogénéité du produit ».

Le clivage amélioré de l’AMH a donné lieu à une plus grande activité de cette hormone quand elle a été testée pour sa capacité à induire la régression des canaux de Müller ex vivo. Ces modifications peuvent être incorporées dans d’autres technologies telles que les vecteurs viraux pour la thérapie génique.

“L’AMH recombinante nouvellement conçue est très prometteuse et la technique utilisée est une composante nécessaire avant l’application clinique d’une telle protéine», a déclaré le Dr W. Gerald Austen, professeur émérite de chirurgie à la Faculté de Médecine de Harvard et le Massachusetts General Hospital (MGH) et président du Conseil du MGH.

Jacques-Pierre Moreau, PDG de “Mulleris Therapeutics, Inc”, qui est dédiée au développement de l’AMH en tant que thérapeutique, déclare: «Le potentiel thérapeutique de l’AMH a, jusqu’ici, été entravé par la pénurie de produits qui peuvent être essayés cliniquement. La publication de ce document de Pepin et al. représente un progrès majeur dans la fourniture d’une source fiable de cette hormone régulatrice, rendant ainsi possible le développement clinique en oncologie, endocrinologie et neurologie « .

La technologie utilisée pour obtenir une protéine de cette qualité n’est pas seulement applicable au cancer de l’ovaire, mais serait également prometteuse pour d’autres types de tumeurs tels que celui de l’utérus, du sein et du col. « Nous choisissons d’aller au delà du cancer de l’ovaire. Si ce dernier avait été choisi en premier c’est parce que c’est le plus meurtrier de ces tumeurs malignes gynécologiques et c’est celui qui bénéficie le moins des possibilités de traitement », explique le Dr Donahoe. Il est aussi question actuellement d’utiliser l’AMH en thérapie génique pour traiter les maladies neuro-dégénératives “.

E.K.L