Invagination intestinale aigue : Dr Dhaoui démystifie cette urgence pédiatrique

Bébé se portait bien et soudainement il commence à s’agiter, il pleure, il peut aussi en arriver à hurler, il refuse son biberon et parfois même, il s’endort entre deux accès de pleurs. Ces signes ne sont jamais trompeurs et ne devraient pas être pris à la légère car ils peuvent constituer le tableau de l’une des grandes urgences chirurgicales chez le bébé, celui de l’invagination intestinale aigue (IIA).

Le quoi, le pourquoi, le comment et bien d’autres interrogations concernant l’invagination intestinale aigue sont des questions auxquelles Dr Dhaoui Ridha, chirurgien pédiatre, a eu l’amabilité de répondre pour sante-tn.

 

Sante-tn : Qu’appelle-t-on invagination intestinale aigue ?

Dr Dhaoui : « L’invagination intestinale est le retournement de l’intestin à l’intérieur de lui même comme un doigt de gant, formant un boudin d’invagination.

Du fait du péristaltisme intestinal, ce boudin progresse vers ou dans le colon entrainant rapidement une occlusion. Dans un premier temps, l’occlusion est digestive puis, dans un deuxième temps, elle entraîne une nécrose (dévascularisation) vasculaire de l’anse (segment) invaginée.

L’IIA est dite primitive quand elle survient sans cause évidente, elle est souvent liée à une accélération du transit intestinal. 

L’IIA est dite secondaire quand elle est expliquée par une cause locale digestive (diverticule de Meckel, duplication digestive, lymphome, ..) ou extradigestive (adénopathie, tumeur, ..) elle survient souvent à un âge plus tardif, vers 2 à 4 ans ».

 

Existe-t-il des facteurs favorisant la survenue de l’IIA ?

 « L’IIA idiopathique (sans cause apparente) se voit surtout chez les nourrissons eutrophiques (ayant un poids et une taille dans les normes) et bien portants vers l’âge de 9 mois avec des extrêmes allant de 4 mois à 2 ans. Elle est plus fréquente chez le garçon (2 garçons / 1 fille).

Souvent brutale et imprévisible sans signes prémonitoires, parfois au décours d’une gastro-entérite avec accélération du transit intestinal ou au décours d’un épisode grippal avec adéno-lymphite mésentérique (grippe intestinale). L’adénolymphite mésentérique est l’inflammation des ganglions du mésentère, celui-ci étant une membrane qui relie les anses intestinales entre-elles ».

 

Quels sont les signes qui devraient alerter les parents ?

 « Les premiers symptômes arrivent de manière assez brutale et ce sont souvent :

Des pleurs aigus incessants avec des périodes d’accalmie qui témoignent d’une vive douleur  qui va jusqu’à l’épuisement du nourrisson. A noter une pâleur assez marquée pendant les crises de pleurs.

Des vomissements alimentaires ou bilieux, ou au moins un refus de téter malgré la faim.

Bien plus tard, après quelques heures d’évolution, on note du sang dans les selles voir même une selle sanglante (rectorragie) ».

 

Au moindre doute, qui consulter ?

« En premier, il faut consulter le pédiatre ou le médecin traitant en signalant les pleurs incessants sans cause décelable, c’est à dire après avoir vérifié les causes habituelles d’inconfort du nourrisson.

Au cas où le médecin traitant n’est pas disponible et après l’avoir prévenu par téléphone, il faut s’adresser à un service d’urgence pédiatrique hospitalier ou privé afin, dans un premier temps, de vérifier le diagnostic et ensuite pour apporter très vite une solution ».

 

Quelles sont les grandes lignes de la prise en charge ?

 « La prise en charge comporte deux volets diagnostic et thérapeutique qui vont de pair :

Le diagnostic comporte :

– Une étape clinique où le praticien constate les symptômes et peut palper le boudin d’invagination, parfois à bout de doigt au toucher rectal. Ce qui lui donne une certitude diagnostic si les symptômes sont évidents notamment une rectorragie franche (selles sanglantes).

– L’échographie abdominale est l’examen à faire en premier et va révéler l’existence d’un boudin d’invagination. L’image échographique typique, en coupe transversale, est l’aspect en cocarde.

Quand le doute persiste à l’échographie, du fait de l’abondance des gaz digestifs qui gênent l’examen, on a recours à l’opacification par lavement opaque qui permet dans tous les cas de faire le diagnostic et d’apporter une solution sous certaines conditions.

– Le lavement opaque (à l’aide d’un produit de contraste) permet d’opacifier le colon et l’intestin grêle terminal à partir de l’anus en faisant progresser le produit opaque jusqu’à opacifier une image d’arrêt en pince de crabe de profil qui correspond au segment digestif invaginé.

– Le scanner abdominal à titre diagnostic n’est requis que dans les formes totalement atypiques ou certaines formes secondaires notamment tumorales.

Commence ensuite l’étape thérapeutique :

– Le lavement opaque peut en soi être un geste thérapeutique. En effet, il permet, en augmentant sensiblement la quantité de produit et sous une légère pression, de dérouler progressivement le segment digestif invaginé en le faisant reculer jusqu’à le désengager totalement et on obtient alors l’opacification du reste du tube digestif par voie rétrograde.

– Dans certains cas, le lavement échoue alors la chirurgie reste l’ultime recours, elle peut être simple en complétant la manœuvre de désinvagination ou plus complexe en nécessitant la résection de l’anse nécrosée.

 

Y a-t-il des moyens pour prévenir l’IIA ?

 « Il n’y a hélas aucun moyen de prévention de l’incident initial, par contre, il est recommandé de consulter même en cas de faible suspicion.

Un examen clinique et une échographie suffisent pour cerner le problème.

 Il faut savoir également que la récidive est possible. Elle est de l’ordre de 10 % après réduction simple par lavement, et de 2 à 3 % après chirurgie.

On parle parfois d’invaginations itératives (plusieurs épisodes successifs). C’est dans ces formes itératives que l’on peut parler de prévention ».

 

Pour conclure, si vous avez un mot ou un conseil à donner

 « Il faut retenir qu’un début brutal chez un nourrisson, jusque là bien portant, par des pleurs aigus incessants avec pâleur et séparés de courtes périodes d’accalmies avec refus du biberon voir vomissements, doivent amener à consulter même tard dans la nuit sans attendre le lendemain ».

 

Entretien conduit par E.K.L

 

 

 

 

      

     Dr Dhaoui Ridha

Chirurgien pédiatre

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *