Endométriose : une cause peu connue de l’infertilité, le professeur Issam Lebbi nous dévoile ses secrets

Le verdict est tombé, son gynécologue venait d’annoncer à Mme AL qu’elle avait une « endométriose » et que cette pathologie gynécologique, méconnue par un bon nombre de femmes, était à l’origine des ses problèmes de santé.

 

Qu’est ce que l’endométriose, comment se manifeste-elle et quelles sont ses répercussions sur la santé ? A ces questions et à bien d’autres, le Dr Issam Lebbi*, professeur en gynécologie a répondu pour l’équipe de sante-tn.

 

sante-tn : Qu’appelle-t-on endométriose ?

 

Dr IL : « L’endométriose se définit par l’implantation de cellules endométriales (qui proviennent de la muqueuse utérine) en dehors de la cavité utérine. On parle, dans ce cas, d’implantation hétérotopique.

 

Cette implantation anormale peut se faire sur le muscle utérin: c’est l’endométriose interne, appelée scientifiquement adénomyose ou alors en dehors de l’utérus et plus particulièrement sur le péritoine (la membrane qui tapisse les viscères abdominaux) : c’est l’endométriose externe.

 

Cette localisation anormale des cellules de la muqueuse utérine engendre une sorte d’inflammation chronique de la cavité abdomino-pelvienne, qui évolue selon des stades inflammatoires différents ».

 

Existerait-il une population plus à risque de développer l’endométriose ?

 

« Classiquement, ce sont des femmes de la trente-quarantaine, de race blanche, anxieuses, qui ont fait des études supérieures ou qui sont déjà des cadres supérieurs, sont souvent infertiles ou qui ont eu des difficultés à procréer.

Toutefois, le déterminisme et l’évolutivité de cette maladie restent obscurs, voire bizarres et surtout imprévisibles.

 

Récemment, de plus en plus d’études et de travaux scientifiques s’orientent vers l’éventualité du déterminisme génétique complexe. Une causalité génétique qui serait programmée dès l’âge fœtal et qui se déclarerait à l’occasion d’un stress environnemental, dit stress d’oxydation ».

 

Qu’en est-il des manifestations cliniques de l’endométriose ?

 

« La symptomatologie de l’endométriose est représentée essentiellement par deux tableaux cliniques : il peut s’agir de douleurs pelviennes chroniques rythmées par le cycle menstruel, ces douleurs pouvant être carrément invalidantes.

 

Le deuxième tableau est celui de l’infertilité du couple, circonstance de découverte de loin la plus fréquente. Dans ce cas, la femme peut ou non (selon le stade de la maladie) avoir des douleurs et/ou des signes radiologiques telle que l’obstruction d’une ou des deux trompes ».

 

Quelles peuvent être les répercussions d’une telle maladie sur la santé de la femme ?

 

« La douleur chronique peut être invalidante, voire handicapan
te au quotidien, rendant la vie pénible.

 

La sexualité peut être perturbée, soit par les douleurs intenses provoquées lors du rapport sexuel notamment profond, soit par l’anxiété elle même et les conséquences psychologiques qu’engendrent la douleur et l’infertilité associées.

 

La fertilité de la femme qui a une endométriose ou plutôt l’infertilité du couple très souvent conséquente, constituent pour nous, spécialistes de cette maladie, le plus grand problème à résoudre.

En effet, le stade de la maladie (légère ou sévère), l’atteinte associée des ovaires (qui réduit le nombre de follicules et diminue les chances d’ovulation), l’âge de la femme (notamment celles de plus de 35 ans) et l’infertilité masculine ou du conjoint qui peut s’y associer sont autant de facteurs qui peuvent s’associer et compliquer ainsi le traitement de l’infertilité de ces patientes et de ces couples ».

 

 

Quelle prise en charge de la femme atteinte d’endométriose

 

« La prise en charge dépend du type de plainte qu’engendre la maladie endométriosique: douleur, infertilité ou les deux à la fois !

Elle peut être médicale et/ou chirurgicale par laparoscopie. La laparoscopie est un examen qui permet de visualiser la cavité abdominale à travers des incisions de petite taille.

 

Concernant le traitement de l’infertilité causée par l’endométriose, celui-ci dépend du stade de la maladie, de la sévérité des lésions et de l’éventuelle atteinte des trompes et/ou des ovaires, de l’âge de la patiente et de la qualité du sperme du partenaire.

 

La chirurgie laparoscopique donne de bons résultats sur la fertilité dans les stades légers à modérés de l’endométriose. Cette chirurgie s’est avérée utile même dans les stades avancés.

 

Le traitement se base actuellement de plus en plus sur les techniques d’assistance médicale à la procréation type fécondation in vitro que nous maîtrisons de mieux en mieux en terme de taux de grossesses.

 

Toutefois, il faut savoir qu’actuellement, le traitement moderne de l’infertilité associée à l’endométriose se base sur une approche intégrant le traitement chirurgical et la fécondation in vitro ».

 

Propos recueillis par E.K.L

 

 

* Professeur Issam Lebbi

 

Professeur en Gynécologie-Obstétrique

Ancien Président de la STGO

Ancien Président de la FGOM (fédération méditerranéenne des sociétés nationales de gyn-obs)

Membre d’Honneur du CNOGF (collège national des ob-gyn français ) et de la SIGO (soc italienne de gyn-obs)

Membre du Board Exécutif de l’ISIVF