Dans les coulisses de l’accouchement par voie basse, par le Pr Lebbi Issam

accouchement21Après neuf mois de longue attente, arrive enfin le jour de l’accouchement, ce jour tant attendu mais appréhendé à la fois. Contrairement à sa réputation de « banale et naturelle », l’accouchement par voie basse peut s’avérer difficile, laborieux et même greffé de complications parfois fatales.

 

Comment la femme saura-t-elle qu’elle est entrée en travail et ne serait-il pas judicieux qu’elle prenne connaissance de tout ce qui a attrait à cet évènement bien avant pour que bébé arrive dans les meilleures conditions ?

 

Sante tn a contacté le Dr Lebbi Issam, professeur en gynécologie-obstérique pour parler plus en détail de cette aventure qu’est « l’accouchement par voie basse »

 

Comment la femme saura-t-elle que le travail a commencé ?

 

« Habituellement, la femme enceinte se connaît à terme, c’est à dire au 9 ème mois de grossesse (37 à 41 semaines d’aménorrhée). L’un des premiers signes annonciateurs de l’approche du travail est l’émission du bouchon muqueux qui est une tache muco-sanguinolante vaginale. Toutefois, le véritable travail est annoncé par des contractions utérines douloureuse, constantes, régulières, de plus en plus rapprochées (3 à 4 toutes les 10 minutes) et durables (toute les1 à 2 minutes) ».

 

En quoi consiste l’examen physique de la femme enceinte à son arrivée aux urgences ?

 

« Il faut d’abord évaluer les constantes générales telles que la tension artérielle et la température. La palpation de l’utérus va certifier l’existence des contractions utérines. Le toucher vaginal va évaluer l’état du col utérin dont les modifications qui concernent sa longueur (long ou raccourci), sa position (postérieure ou médiane), sa consistance (ferme ou molle) et sa dilatation (de 1 à 10 cm) confirment l’efficacité des contractions utérines et la véritable entrée de la femme enceinte en travail ».

 

Qu’est ce que le « Syntocinon » et est-elle systématique pour toutes les femmes pendant le travail ? Et qu’en est-il de l’indication de la prostaglandine synthétique ?

 

« Le Syntocinon est une hormone dont le nom est l’Ocytocine. Il s’agit de l’hormone qui induit les contractions utérines et le travail. Elle est produite physiologiquement par la femme enceinte en travail. Habituellement elle est produite par la femme en quantités suffisantes pour un travail efficace. Parfois, on a recours à l’Ocytocine synthétique (Syntocinon) pour aider l’Ocytocine physiologique quant on est devant des contractions utérines inefficaces qui ne modifient pas suffisamment le col utérin et ne permettent pas une progression adéquate du travail.

 

Concernant le Prepidil, il s’agit d’un nom commercial d’une hormone qui s’appelle la prostaglandine. Cette molécule a un effet sur les modifications du col utérin et l’entrée en travail. Elle est utilisée dans les indications de déclenchement artificiel du travail dans certaines situations comme le diabète et grossesse ou hypertension artérielle et grossesse…). Elle permet d’induire les modifications du col utérin pour faciliter l’entrée réelle en travail ».

 

accouchement-sante-tunisieQuelles sont les différentes phases de l’accouchement ?

 

« Il y a en gros 3 phases du travail:

 

  1. 1. La 1ère phase est la phase passive (de 1 à 4 cm). Elle peut durer environ 6 heures pour la multipare à 12 heures pour la primipare. Toutefois, ces délais sont actuellement raccourcis grâce au concept moderne de travail dirigé par l’équipe soignante.
  2. 2. La 2ème phase est la phase active (de 4 à 10 cm). Elle doit durer au maximum 6 heures à raison d’une progression de la dilatation du col d’au moins 1 cm par heure. Si ces délais ne sont pas respectés, des complications à la fois maternelles et/ou fœtales peuvent survenir.

 

  1. 3. La 3ème et dernière phase est la phase d’expulsion fœtale. Elle commence quant la présentation du fœtus (fréquemment la tête) est engagée dans le vagin. Cette phase est à très haut risque de souffrance fœtale et d’asphyxie périnatale. C’est pour cela que sa durée doit être raccourcie au maximum (15 à 30 minutes) quitte à recourir à une extraction instrumentale (ventouse ou».

 

Quelles sont les différentes présentations du bébé et existe-il celles qui peuvent mettre en jeu le pronostic vital du bébé ?

 

« Il y a 2 types de présentation

 

  1. 1. Les présentations longitudinales ou verticales qui sont, elles aussi, de 2 types:

 

  1. a. Les présentations céphaliques où le fœtus se présente par la tête. Ce sont de loin les plus fréquentes et les plus physiologiques chez les humains. On en distingue en gros 2 variétés:
      • Les « gauche antérieure » où le fœtus présente son occiput à gauche et en avant. Ce sont les présentations les plus fréquentes et les plus anodines de la tête (environ 80%)
      • Les  » droite postérieure » où le fœtus présente son occiput à droite et en arrière. Ces présentations sont mois fréquentes (environ 20%) et moins anodines avec plus de risque de césarienne pour stagnation de la dilatation du col et plus de risque d’extractions instrumentales pour défaut d’expulsion.

 

  1. b. Les présentations du siège ou le fœtus se présente par ses fesses. Leur fréquence est d’environ 3%. Il s’agit de la présentation qui a fait l’objet d’une multitude d’études dans le monde concernant ses modalités d’accouchement recommandant la césarienne itérative systématique chez toutes les patientes (chez les nord améou chez la primipare qui « n’a pas fait la preuve de son bassin » (chez les latins). In fine, il faut garder en tête que l’accouchement par voie vaginale de la présentation du siège est un accouchement non physiologique dit  » à reculant » et qui n’est actuellement accepté qui si toutes les conditions de sécurité (dites d’eutocie) sont réunies.

 

  1. 2. Les présentations transversales sont les plus rares (1%) et les moins anodines puisqu’elles exigent un accouchement par césarienne itérative qui peut elle même s’avérer».

 

Quelles peuvent être les éventuelles complications de l’accouchement par voie basse ?

 

« L’accouchement, qu’il soit par voie vaginale ou par césarienne, présente un spectre de complications communes dont les plus fréquentes et les plus redoutées sont les hémorragies du post-partum. L’accouchement par voie basse en particulier présente deux grandes complications propres:

 

1. L’asphyxie périnatale par défaut d’expulsion du bébé

2. L’hémorragie du post-partum par déchirures du col et/ou du».

 

Quand peut-on convertir la voie basse en césarienne?

 

« Devant une souffrance fœtale ou un arrêt de progression du travail appelé stagnation de la dilatation ».

 

Y a-t-il des complications fréquentes en postpartum ?

 

« Les complications les plus fréquentes du post-partum sont de gravité et de délais de survenu différents. Par ordre décroissant, il s’agit de l’hémorragie du post-partum, de l’infection du post-partum, des complications thrombo-emboliques (phlébite des membres inferieurs et embolie pulmonaire), les complications mammaires de la lactation (engorgement mammaire et abcès du sein) et les complications psychologiques (psychose puerpérale) ».

 

E.K.L

Docteur-Lebbi-Issam-professeur-gynecologie-obsterique

 

 

Docteur Lebbi Issam

Professeur en gynécologie-obstérique