3ème sommet des infections pneumococciques à Dubaï

Dubaï-Santé-tn

Des spécialistes de la santé venus des quatre coins du monde se sont réunis, les 28 et 29 mars à Dubaï à l’occasion du 3ème Sommet annuel sur les infections pneumococciques en Afrique et au Moyen-Orient (AFME). Détails

 

Les infections pneumococciques, notamment la pneumonie, est responsable de la mort annuelle de 1,4 million d’enfant en bas âge. Pourquoi autant de vies prématurément bafouées et comment élever le niveau d’urgence ? C’est le débat essentiel qui a regroupé les intervenants durant ce troisième Sommet scientifique.

 

Etat des lieux

Lorsque des millions d’enfants meurent chaque année sans pouvoir souffler leur cinquième bougie, il va vraiment falloir qu’on se pose des questions ! De fait, si la pneumonie, une maladie qui pourrait, normalement, être traitée moyennant une bonne prise en charge et un traitement antibiotique adéquat, se met à tuer des enfants et des nourrissons, c’est qu’il y a hic !

La pneumonie est en effet responsable de 18% des décès de cette tranche d’âge à l’échelle mondiale. Est-ce un problème de diagnostic ? Est-ce à cause d’un traitement inadéquat ? Est-ce dû à la pauvreté ? À une hygiène de vie défaillante ? À l’absence d’une prise en charge ou encore à l’absence des moyens de prévention ?

A vrai dire, ce sont toutes ces causes qui font, de part et d’autres et selon les pays, que des millions d’enfants souffrent des lourdes conséquences des infections pneumococciques. Dans les pays en voie de développement, il en ressort que 54% seulement des enfants atteints de pneumonie sont pris en charge par des professionnels de la santé ! Ceci fait que les 46% restants n’aient pas droit à un suivi adéquat !

Sur le continent africain, plusieurs pays souffrent encore de pauvreté. Les enfants africains connaissent des maladies morbides alors qu’ils sont encore à la fleur de l’âge. Et dire que le droit à la santé fait partie des droits de l’Homme !

 

Le ravage de la pneumonie chez l’enfant

Le pneumocoque est une bactérie qui loge dans le rhinopharynx mais qui peut migrer vers les oreilles, poumons, trachée, cerveau et sang, entraînant de multiples infections graves qui en absence d’un traitement adéquat peuvent engendrer des handicaps, pis encore peuvent-elles être mortelles ! Les catégories les plus touchées par ces affections sont incontestablement les enfants de moins de cinq ans, mais aussi les personnes âgées de 65 ans et plus, les personnes qui souffrent de déficit immunitaire et celles sujettes à certaines maladies chroniques.

«Le pneumocoque peut provoquer des infections non invasives dont l’otite moyenne et principalement la pneumonie, première cause de mortalité infantile. À elle seule, la pneumonie a tué plus d’enfants de moins de 5 ans que plusieurs autres maladies réunies. Le pneumocoque peut aussi être à l’origine des infections invasives, essentiellement la méningite qui frappe chaque année entre 3000 et 6000 enfants âgés de moins de 5ans.

 

La méningite peut être à son tour mortelle et ce dans 10 % des cas comme elle peut, dans 32% des cas, engendrer une surdité et, dans 25% des cas, une paralysie. Les pathologies liées à l’infection pneumococciques sont lourdes et leur évolution est souvent grave », explique le Dr Sami H. Al Hajjar, Pédiatre au Département des Maladies Infectieuses en Arabie Saoudite.

Et Dr Al Hajjar d’ajouter : « La pneumonie se définit comme une infection respiratoire aiguë affectant les poumons. Ceux-ci sont constitués d’alvéoles qui se remplissent d’air quand une personne en bonne santé respire. En cas de pneumonie, les alvéoles sont remplies de pus et de liquide, ce qui rend la respiration douloureuse et limite l’absorption d’oxygène. Dans certains cas, la respiration devient impossible, l’enfant peut donc manquer d’oxygène et il finit par mourir ».

 

Quelle issue ?

Pour traiter les infections à pneumocoque notamment la pneumonie, le traitement le plus adéquat est l’antibiotique. Une hospitalisation est souvent recommandée surtout s’agissant de nourrissons âgés de moins de deux mois et des enfants présentant des complications. Hélas, de plus en plus d’enfant sont sujets à une résistance aux antibiotiques. Dans ce cadre le Dr Adnan Al-Lahham, Professeur assistant au German-Jordian University explique : « Une étude faite sur des enfants atteints de pneumonie nous a permis de trouver une forte résistance aux antibiotiques notamment à la pénicilline qui peut atteindre les 91.8% ! » </p >

 

Quelle protection pour les enfants ?

Pour toutes ces raisons précitées, les intervenants du Sommet ont insisté sur l’importance de la protection et de la prévention contre les infections pneumococciques. Plusieurs simples gestes d’hygiènes peuvent en effet être salutaires pour l’enfant. Lavage soigneux et fréquent des mains, lavage du nez de l’enfant avec un sérum physiologique surtout en cas de rhinopharyngite ou de rhume, interdiction d’exposer l’enfant au tabagisme passif avec assainissement de l’air respiré, et protection de l’enfant en évitant les endroits de prolifération des bactéries notamment dans les lieux de collectivités où d’autres enfants toussent ou sont enrhumés, le non partage des objets d’utilisation commune comme les fournitures scolaires, bouteilles, cuillères et autres ustensiles…peuvent en effet amoindrir les risques de contracter cette bactérie qui se montre particulièrement contagieuse. « Certes, il faut avoir une bonne hygiène de vie, mais le moyen le plus sûr quant à la prévention demeure la vaccination contre les infections à pneumocoques.

 

L’Organisation Mondiale de la Santé ainsi que les professionnels de la sante recommandent la vaccination contre les infections à pneumocoques, en particulier avant l’âge de 5 ans. A l’heure actuelle, des soins médicaux appropriés, un meilleur accès aux soins et une vaccination sont désormais des éléments nécessaires pour combattre les infections pneumococciques », ont affirmé plusieurs intervenants durant le Sommet.

 

Que doit-on savoir sur la vaccination ?

Le vaccin conjugué immunisant pour 13 sous-types (sérotypes) de pneumocoque demeure, selon ces intervenants, le moyen le plus adéquat jusqu’à présent pour venir à bout de ce problème qui menace la vie et la bonne santé des enfants du monde.

De fait, les programmes de vaccination ont démontré leur efficacité à lutter contre les souches jusqu’ici reconnues de ces infections pneumococciques. « La nouvelle génération du vaccin contre les infections pneumococciques demeure le moyen de prévention le plus sûr jusqu’à l’heure actuelle», explique le Dr Al-Hajjar.

Et d’ajouter : « Le premier vaccin lancé en février 2000 protégeait contre 7 maladies dues au pneumocoque (contre les souches 4, 6b, 9v, 14, 18c, 19f, et 23f). Après l’an 2000, et donc après le lancement du vaccin, des études ont montré qu’il y a eu une baisse de 65% d’hospitalisation à cause de la pneumonie.

 

Grâce au vaccin, il y’a eu 97% de réduction des inflammations chez les enfants de moins de 5ans et une baisse de 76% des inflammations chez les sujets ayant plus de 65 ans. L’on a également remarqué un déclin de toutes sortes de maladies, mais surtout d’antibiorésistance chez les enfants. Sauf que ces diminutions ont été controversées suite à l’augmentation des maladies à sérotypes non vaccinaux. Un deuxième vaccin a été donc mis sur le marché et qui lutterait contre trois nouveaux sérotypes pneumococciques supplémentaires à côté des 7 premiers (1, 5 et 7f). Sauf que c’est le sérotype 19A, une autre nouvelle souche, qui s’est montrée hautement résistante aux antibiotiques et qui prédomine désormais.

Le vaccin de nouvelle génération conjugué 13-valent et qui agit contre le pneumocoque a été lancé. Ce dernier accroit davantage la couverture des sérotypes pneumococciques, y compris le sérotype 19A pour atteindre une prévention de 90% en Europe, par exemple ».

De son côté, le Dr Catherine Weil-Olivier, Professeur de pédiatrie à l’Université Paris VII explique : « Si un enfant a déjà pris une vaccination de première ou de deuxième génération, il peut toujours prendre ces prochaines doses avec le dernier vaccin, même s’il faut lui donner une dose supplémentaire, tant qu’il n’a pas encore 5ans. Au-delà de cet âge, l’enfant n’est généralement plus en danger».

 

Il est vari que la menace de connaitre des complications ou d’affronter la mort, n’est pas automatique. Mais le risque existe et c’est ce qui mérite une véritable méditation. En Tunisie, nos enfants ne sont pas immunisés contre ces infections…

Les infections à pneumocoques sont d’ailleurs la principale cause actuelle des méningites des enfants de moins de cinq ans en Tunisie. La pneumonie est mise en cause dans la mortalité d’environ 8% des enfants tunisiens ayant moins de 5 ans… Affaire à suivre

 

Bibi Chaouachi