Gardasil et cancer du col de l’utérus : bénéfique ou à risque ?

Le cancer du col de l’utérus est le 2ème cancer génital de la femme dans le monde et en Tunisie après le cancer du sein. Actuellement, ce cancer est considéré à part entière comme étant une infection sexuellement transmissible (IST) occasionné par un virus : The Human Papilloma Virus (HPV).

 

Il existe plus de 150 types d’HPV, certains, se transmettent par voie sexuelle et peuvent affecter les membranes génitales et d’autres se transmettent par voie cutanée et entraînent des lésions au  niveau de la peau.

 

Jusqu’à ce jour, une prise en charge efficace du cancer du col de l’utérus passe d’abord par la surveillance régulière et le dépistage des lésions douteuses pré-cancéreuses à l’aide d’un frottis cervico-vaginal ou cervico-utérin. Il s’agit d’un examen pratiqué par un gynécologue à son cabinet, rapide et indolore et qui consiste à prélever, à l’aide d’une spatule, des cellules qui proviennent du col utérin. En suite, ce prélèvement sera acheminé au laboratoire pour une lecture détaillée par des moyens appropriés.

 

Depuis quelques années, des chercheurs ont mis au point un vaccin qui permettrait de prévenir le cancer du col de l’utérus. Il s’agit d’un vaccin quadrivalent, ce qui veut dire, qui protégerait contre 4 types de Papilloma Virus Humain, les types 6, 11, 16 et 18. Il est indiqué chez la fille à partir de l’âge de 9 ans pour prévenir les lésions précancéreuses du col de l’utérus, de la vulve et du vagin, la prévention du cancer du col de l’utérus ainsi que des condylomes acuminés. Les condylomes acuminés sont des lésions qui touchent les parties génitales, plus particulièrement l’atteinte du gland et du prépuce chez l’homme  et l’atteinte de la vulve chez la femme. Ces lésions sont dues principalement à l’HPV-6 et l’HPV-16, elles sont contagieuses et sexuellement transmissibles. Elles se présentent sous la forme de verrues qui s’assemblent pour donner un aspect de crête de coq ou de chou-fleur.

 

Ce vaccin a eu l’autorisation de mise sur le marché européen en 2006. Le schéma de vaccination  par le Gardasil comporte 3 doses administrées à 0, 2 et 6 mois.  A ce jour, on n’a pas encore établi si une dose de rappel serait nécessaire. Gardasil est injecté par voie intra-musculaire uniquement. De nombreux pays l’ont déjà intégré dans le calendrier vaccinal des écolières.

 

Il s’agit d’une thérapeutique purement préventive, le Gardasil n’a aucun effet sur les infections patentes d’HPV ou sur les maladies préexistantes dues au HPV. Il ne traite pas un cancer avéré du col de l’utérus, il le prévient seulement.

 

Depuis le 16 Octobre 2009, La FDA (Food and Drug Administration) a autorisé l’utilisation du Gardasil chez les individus de sexe masculin âgés entre 9 et 26 ans et ce, pour prévenir les condylomes acuminés. Ce vaccin a été également approuvé pour prévenir le cancer anal (cancer de l’anus)  ainsi que les lésions anales précancéreuses aussi bien chez les femmes que chez les hommes car il a été démontré que dans 90%, ce cancer est associé au HPV. Pareil que pour le cancer du col de l’utérus, le bénéfice potentiel total du Gardasil n’est obtenu que si le vaccin est administré avant le tout premier épisode infectieux par l’HPV.

 

Depuis l’avènement de ce vaccin en 2006, une multitude d’études ont été conduites pour juger de l’efficacité et l’innocuité de ce vaccin. Il a été mis en évidence que presque la moitié des cancers du col de l’utérus seraient causées par l’HPV-16. Les quelques études réalisées jusqu’à ce jour ont conclu à l’efficacité du Gardasil en prévention des maladies dues aux types du virus ciblés par le vaccin. La plupart des travaux ont conclu à la bonne tolérance de ce vaccin, toutefois des cas de syncopes (évanouissement) ont été rapportés après la vaccination chez des adolescentes. Certaines études ont montré que la fièvre, les réactions au site d’injection à type de gonflement, douleur, rougeur ou prurit, les céphalées (maux de tête) et les nausées étaient les effets indésirables les plus fréquemment rencontrés.

 

En raison de l’insuffisance des données cliniques pour la femme enceinte, il serait préférable de retarder la vaccination après l’accouchement. Gardasil peut être administré chez la femme qui allaite. Chez les femmes sous contraceptifs hormonaux (pilule), la réponse immunitaire à ce vaccin ne semble pas modifiée.

 

Malgré toutes les informations dont on dispose quant à l’efficience de ce nouveau venu, un suivi par des études scientifiques à plus long terme est indispensable pour conclure à l’efficacité certaine de cette thérapeutique, dénombrer les effets indésirables qui peuvent en découler et surtout ajuster la balance bénéfice/risque.  

 

Gardasil peut ne pas protéger tous les sujets vaccinés. Il ne dispense en aucun cas de la surveillance de routine par le frottis cervico vaginal. En effet, le vaccin protège contre seulement certains virus cancérigènes alors que le dépistage permet de dévoiler toute lésion douteuse à ses débuts et de maximiser ainsi les chances de guérison.

 

E.K.L