Un spécialiste vous conseille ce qu’il faire en cas d’attaque de méduses

Nous sommes en pleine saison de baignade avec ses sensations de rafraichissement et de bienfaits pour la peau et pour le psychique. Mais il n’ya pas que les aspects positifs car la mer comporte son lot de désagréments et de risques dont, entre autres, les attaques subies par les méduses.

Pour en savoir plus sur ce phénomène, sur les éventuels « dégâts » causés par ces méduses, sur les premiers gestes à faire et les traitements à prodiguer au cas où on est frappé par ces espèces maritimes, nous avons contacté Dr Hichem Babay qui a bien voulu nous entretenir des différents contours de la question. Cédons-lui la parole…

Dr Hichem Babay

Il commence par faire un round-up sur les différents points sus-cités. Il existe quantité d’espèces de méduses, souvent déclenchant une réaction d’urticaire très douloureuse mais rarement dangereuse, commence t-il par préciser avant d’ajouter que « certaines espèces ont néanmoins des venins complexes avec la possibilité de réactions allergiques sévères chez des personnes prédisposées »

Pour le traitement, il indique qu’il repose sur une décontamination avec rinçage des plaies à l’eau de mer voire application de sable pour piéger les derniers débris de méduses, et sur le traitement symptômatique des défaillances potentielles

Revenant en détails sur cette affaire, il nous précise les tenants et les aboutissants de cette problématique. Et il enchaîne : « Les méduses appartiennent à l’embranchement des cnidaires à taxonomie complexe, comprenant des formes fixes (polypes) et mobiles (méduses), certaines espèces existant sous les deux formes.

Parmi elles on note une branche, les Charybdae (parfois reclassée en ordre propre et appelé Cuboméduses) qui sont extrêmement urticariantes. La particularité physiopathologique des méduses est donc de posséder un grand nombre de capsules urticantes (cnidocystes) sur toute leur surface, ce qui constitue pour elles un moyen de défense et également d’attaque pour saisir leur nourriture ».

Evoquant le côté clinique de la question, il précise que « le contact avec les méduses est accidentel car elles sont transparentes dans l’eau (mais il semblerait que la plupart des méduses ne cherchent pas à attaquer mais au contraire à fuir l’obstacle). Ce sont les zones immergées du corps qui sont les premières touchées et notamment les membres. A noter cependant que des tentacules coupés et échoués sur une plage restent venimeux longtemps.

La réaction cutanée de contact est rapide et extrêmement douloureuse, à tel point que cette douleur peut, à elle seule, entraîner la noyade par réaction de panique. Ceci d’autant plus que le premier contact tend à se débattre ce qui augmente la surface de contact en cercle vicieux.

 

Peu après se développe un érythème rouge violacé sous forme de lignes étendues, là où la peau a été en contact avec les filaments. Suivant le terrain, cet érythème peut devenir bulleux voire nécrotique. Les lésions cutanées donnent très souvent des séquelles sous forme de cicatrices hypertrophiques définitives.

 

Il existe des réactions anaphylactoïdes aux venins et surtout lors des envenimations sévères avec des signes généraux apparaissant en quelques heures. Les formes létales semblent être liées à des toxines entraînant des troubles du rythme cardiaque, mais une grande variété de réactions pathologiques lourdes peut être observée (paralysies, bronchospasme, insuffisance rénale, …).

La survenue d’une forme sévère n’est pas vraiment prévisible, même si on suspecte des syndromes d’envenimation plus graves aux âges extrêmes de la vie, sur les terrains fragilisés ou un terrain atopique ».

 

Quant au volet traitement, il affirme que le premier geste à envisager (hormis l’évacuation hors de l’eau de la victime et la réanimation d’une noyade) est d’essayer d’inactiver les capsules urticantes encore attachées à la peau afin de limiter la dose de venin reçue.

 

Directement sur la plage, il faut retirer prudemment les tentacules visibles à la pince ou en se protégeant, ceux invisibles seront piégés après application de sable ou de mousse à raser et les débris de méduses seront ôtés avec un carton rigide (mais il ne faut surtout pas frotter directement la plaie).

 

Le plus simple est de laver à l’eau de mer ou au sérum physiologique les zones affectées, l’eau chaude peut être utile, les toxines étant thermolabiles.

 

Dans certains cas, l’application de vinaigre est préférable ou d’alcool isopropyl à 70%, mais dans certains cas de physalies on a incriminé une décharge accrue de venin après leur application, entrainant une envenimation sévère.

 

D’autres solutions ont été utilisées efficacement mais sans supériorité prouvée (solutés chimiques, huile d’olive et même l’urine) et avec le même risque d’envenimation sévère secondaire.

 

Cette décontamination doit durer au moins 30 min jusqu’à disparition des symptômes. La plaie pourra alors être séchée et recouverte d’une crème anesthésiante à la lidocaïne.

 

Les lésions peuvent s’infecter secondairement notamment quand il y a eu formation de bulles de brûlures, mais l’antibiothérapie préventive n’est pas recommandée.

Les douleurs répondent correctement aux morphiniques.

 

En cas de réaction anaphylactique, l’utilisation d’adrénaline par titration est efficace. Les autres défaillances d’organe seront traitées de façon symptomatique », conclut-il.

 

Docteur Hichem Babay

Propos recueillis par

H.N