Nécessité de maîtriser la communication sur le don d’organes, le résultat en dépend

don-organes-Tunisie-Institut-Presse-Sciences-Informatiques-IPSIUne journée d’information sur le don d’organes a été organisée le 15 avril 2014 à l’IPSI (Institut de Presse et des Sciences Informatiques). Plusieurs invités étaient au rendez-vous dont Dr Mestiri, directeur du CNPTO, Dr Guerguah, chef de service de pédiatrie à l’hôpital Charles Nicolle, Dr Allouche, professeur agrégé de médecine légale à l’hôpital Charles Nicolle et Dr Ben Salah, directeur général de la santé au sein du ministère.

Dr Mestiri a tenu, avant de commencer sa conférence, à remercier le corps estudiantin et administratif de l’IPSI qui ont eu l’initiative de programmer cette journée d’information sur le don d’organes. Il a, par la suite, présenté une note d’histoire de la greffe d’organes en Tunisie « la 1ère greffe de cornée a été réalisée en 1948, celle du rein en 1986, la 1ère greffe du rein en 1993 et en 1998, la première greffe du foie et de moelle osseuse et en 2013, c’était la première greffe du poumon. A ce jour, on estime qu’il y a eu 1245 greffes de rein, 18 greffes de cœur, 36 greffes de foie, 1260 greffes de moelle osseuse. Cette histoire est bien belle et jolie mais faut dire que l’évolution ultérieure, sur les 15 dernières années, n’était pas radieuse et bien que les résultats sont globalement bons, notamment pour ce qui est de la greffe rénale, l’activité est encore timide et peine à atteindre la vitesse de croisière.

« Les malades concernés par la greffe d’organes sont ceux souffrant d’insuffisance organique terminale. On compte actuellement, en Tunisie, plus de 9000 patients atteints d’insuffisance rénale dont 3000 sont candidats pour une greffe de rein. En ajoutant les 1400 nouveaux cas d’insuffisance rénale par an et en soustrayant les 900 décès, on totalise chaque année 600 nouveaux cas d’insuffisance rénale. Si les insuffisants rénaux peuvent se permettre de différer la greffe par la dialyse, en revanche, ceux qui nécessitent une greffe hépatique, cardiaque ou pulmonaire ne pourraient attendre et c’est ou bien la greffe ou c’est la mort qui attend au tournant.

 

Il faut savoir que la dialyse, aussi bien hémodialyse que dialyse péritonéale, est très contraignante pour le patient qui ne peut assurer derrière aucun espoir de vie privée, professionnelle ou sociale normale. Le patient devient dépendant de la machine avec toutes les conséquences de fatigue, de dépression et de régime strict qui en découlent.

La dialyse bouffe près de 6% du budget de la santé, la liste d’attente est longue et on y compte, à ce jour, 1148 patients dont plus de 50% sont âgés entre 20 et 60 ans, soit l’âge de la vie active.

S’il n’ y a pas de greffe, c’est parce que le don est une denrée rare let e donneur se fait de plus en plus inexistant suite au refus des familles de donner et c’est là toute la problématique. Si le citoyen refuse de donner c’est parce qu’il n’a pas été correctement éclairé sur le sujet. Donner un organe c’est une culture qui doit être mise en place et qui nécessite une stratégie de communication juste, infaillible, efficace et rentable car le citoyen, pilier incontournable de cette activité, est en droit de comprendre tout ce qui à trait au prélèvement et don d’organes dans les moindres détails pour qu’il puisse bénéficier et faire bénéficier ».

Des aspects médico-légaux et éthiques de la transplantation d’organes, a traité la conférence de Dr Allouche qui a précisé que « dans ce contexte, les textes de loi sont clairs, en l’occurrence la loi n°91-22 du 25 mars 1991, la décision du ministre de la santé publique sur la définition de la mort à la date du 16 octobre 1998 et la loi n°99-18 du 1er mars 1999. 

don-organes-Tunisie-Institut-Presse-Sciences-Informatiques-IPSI-6

Le prélèvement peut se faire sur cadavre ou sur donneur vivant. Légalement et en cas de donneur cadavérique, des critères cliniques et para-cliniques de mort encéphalique doivent être remplis. Cette mort encéphalique doit être constatée par deux médecins hospitaliers n’appartenant ni à l’équipe qui prélève ni à l’équipe qui greffe. Par la suite, un procès verbal qui précise la date, l’heure, les causes et les moyens de constat du décès doit être établi et signé. Le prélèvement sur cadavre peut se faire dans un but thérapeutique ou scientifique ».

Pour ce qui est des conditions de prélèvement, Dr Allouche a ajouté que « tout prélèvement est fait en l’absence de refus du patient de son vivant ou du refus de l’un de ses parents qui par ordre d’importance sont ses enfants, son père, sa mère, son conjoint, ses frères et sœurs et le tuteur légal. Le prélèvement est interdit pour les organes de la reproduction, porteurs des gènes de l’hérédité et en cas de contrepartie financière ou de tout type de transaction. En cas d’infraction, le sujet s’expose à une peine d’emprisonnement et une amende ».

 

« En cas de donneur vivant, le prélèvement est à but exclusivement thérapeutique. Le donneur est tenu d’être majeur (plus de 18 ans), jouissant de toutes ses facultés mentales et juridiques et consentant (le consentement doit être rédigé devant le président du tribunal de 1ère instance ou devant deux témoins). Il est interdit de prélever un organe vital même si le donneur est consentant, les organes de reproduction et en cas de compensation pécunière ou autre.

Avant tout prélèvement, le donneur est informé par le chef de service des conséquences d’ordre psychique et physique et des éventuelles retombées sur la vie personnelle et professionnelle d’un tel acte. Le donneur a la possibilité de retirer son consentement à tout moment avant le prélèvement et cela sans formalités consécutives ».

Dr Allouche a terminé sa conférence en insistant sur la nécessité de savoir que « le don et la greffe d’organes est un acte gratuit, ayant lieu dans des structures agréées par l’état et régi par un cadre législatif strict dans notre pays et qu’il n’ y a pas lieu que les citoyens l’appréhendent car on peut tous en avoir besoin un beau jour ».

 

E.K.L

{gallery}A-sante/D-ici-et-d-ailleurs/D-ailleurs/don-organes-IPSI/{/gallery}