Journée contre la douleur : Conférence du Pr Monia Haddad Triki

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Lors de la conférence de presse  organisée par le laboratoire Sanofi à l’occasion de la journée mondiale contre la douleur, le Pr Monia Haddad Triki, professeur en neurologie, chef de service du centre de traitement de la douleur à l’hôpital la Rabta, a étayé la question avec une présentation enrichissante dont ci-après un bref aperçu :

 

« La douleur est décrite comme une sensation universelle du corps qui implique bien entendu une souffrance de l’âme ».

 

Selon la définition officielle de l’association internationale de l’étude de la douleur, ce sentiment est une « expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée une lésion tissulaire réelle ou potentielle ».

 

Même si aujourd’hui les progrès enregistrés permettent de mieux comprendre ce qu’est la douleur de point de vue neurophysiologique, elle reste pour l’homme une véritable énigme, un phénomène complexe multidisciplinaire puisqu’elle est à la fois sensation mais aussi émotion, expérience et comportement.

Pour l’épidémiologie, la douleur reste le premier motif de consultation toutes spécialités confondues (gastrologie, chirurgie, rhumatologie, médecine dentaire…),  on parle  alors de spécialité transversale ».

 

Le Pr Haddad a  présenté également des données statistiques plaidant en faveur de la lutte contre la douleur :

« Quinze à trente pour cent de la population mondiale présente à un instant donné un épisode de lombalgie (douleur du bas du dos), des douleurs qui passent à la chronicité dans un tiers des cas.

Soixante dix pour cent des cancers, à un certain stade de leur évolution, deviennent douloureux.

Trois pour cent de la population souffre à chaque instant d’une douleur sévère qui dure plus d’une semaine.

Dans 40 pour cent des cas, la douleur empêche de bien dormir et a donc  des conséquences négatives aussi bien sur le sommeil que sur l’humeur des patients.

Une douleur aigue inexpliquée engendre une réaction anxieuse et quand elle devient chronique, elle  entraine une dépression réactionnelle à la maladie dont le  traitement se greffe sur celui de la douleur.

Près de la moitié des sujets de 80 ans ont des douleurs durables et handicapantes.

Etant donné qu’aujourd’hui l’espérance de vie est plus élevée que dans le passé, et  que par conséquent les systèmes anatomiques et physiologiques vieillissent, les douleurs chroniques sont de plus en plus présentes et  nécessitent  des prises en charge adéquates pour assurer une meilleure qualité de vie aux personnes âgées et pour leur permettre de mener une vie sociale et familiale plus agréable.

 

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Par ailleurs, le Pr Haddad a affirmé que l’idée de la création d’établissements consacrés à la douleur revient à l’ anesthésiste américain Jhon bonica lequel a eu l’initiative  en 1961 de mettre en place la première « Pain Clinic » ou clinique de la douleur qui fonctionne en mode multidisciplinaire et s’adresse uniquement aux douleurs chroniques  ayant un  retentissement sur l’humeur.

 

Un centre de traitement de la douleur est un carrefour ou plusieurs spécialistes de la santé vont se rencontrer et opérer dans une même unité de lieu, de temps et d’espace et avec une approche interdisciplinaire.

 

En Tunisie, le centre de traitement de la douleur de la Rabta, a été créé, dans le cadre du projet des laboratoires UPSA qui, dans une démarche commerciale, ont contribué à l’installation de centres de la douleur dans les pays dits émergents dont  la Tunisie. Il a été inauguré en Novembre 1996.

Les cliniques de lutte contre la douleur se sont développées dans le monde du fait de la confrontation des implications morale, sociologique, humanitaire, médicale, scientifique et économ
ique.

L’aspect moral consiste au droit à la santé et au refus de souffrir, l’aspect scientifique a été présenté en premier par  Wall et Melzack qui ont découvert en 1965 un système d’inhibition physiologique de la douleur en vertu duquel ils ont eu le prix Nobel.

 

En 1973, on réalisa qu’il y a des récepteurs à la morphine dans le SNC (système nerveux central) et  découvert des morphines endogènes, c’est à-dire produites par l’organisme à savoir les enképhalines et les endorphines qui se fixent sur les récepteurs au niveau du SNC et permettent de soulager la douleur.

Les activités de recherche des laboratoires scientifiques et celles de l’industrie pharmaceutiques ont respectivement permis de fournir les données épidémiologiques et de développer les médicaments adaptés et de nouvelles voies d’administration comme les patchs.

Quant à l’aspect financier, il correspond au coût qu’engendre en termes économiques ces affections  chroniques (affections dorsolombaires, ostéo-articulaires, musculaires…) sur les budgets des pays.

Concernant l’aspect juridique , le Pr Haddad a signalé l’absence en Tunisie de législation pour la prise en charge du traitement de la douleur en comparant cette situation à celle de la France dont la loi stipule que tout citoyen a le droit de recevoir les soins visant à soulager sa douleur et que  celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée.

Au canada, les infirmiers ont même le droit de décider d’un traitement antalgique dans une situation d’absence du médecin traitant.

 

B.H.S

 

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Dr Monia Haddad Triki,

Professeur en neurologie

Chef de service du centre de traitement de la douleur

Hôpital la Rabta 

 

 

 

 

 

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