Dr Harzallah nous rappelle les principaux commandements pour faire face à la déshydratation pendant le mois de Ramadan

La déshydratation, un problème de santé qui revient avec force lorsque la saison de grande chaleur pointe son nez et dont les répercussions en cas d’absence ou de mauvaise prise en charge peuvent être dangereuses, particulièrement pendant le mois de Ramadan qui coïncide, cette année, avec la période de l’été la plus caniculaire.

Sur ce sujet, sante-tn a contacté le * Dr Kais Harzallah, professeur agrégé en néphrologie, pour parler de la déshydratation, ces causes, ces conséquences et les premiers gestes de secours à faire.

 

Sante-tn : On entend souvent parler de la déshydratation surtout dans les saisons de grande chaleur, mais que signifie ce terme au juste ?

« Les deux tiers de l’organisme sont composés d’eau. Cette eau est répartie, pour 70% dans les cellules, pour 20% dans le milieu extracellulaire et pour 10% dans la circulation sanguine.

Une déshydratation peut survenir lorsque l’approvisionnement en eau de l’organisme est insuffisant ou lorsque la quantité d’éliminée (sueurs, vomissements, diarrhées,…) est supérieure aux apports.

La déshydratation correspond à une diminution excessive, voire à l’élimination presque totale, de l’eau contenue dans nos tissus ».

 

Sante-tn : Quelles sont les causes de la déshydratation, et est ce que le jeûne du mois de ramadan qui survient dans la saison de l’été constitue un facteur de risque ?

« La déshydratation traduit un manque d’eau dans l’organisme: soit les pertes en eau sont anormalement importantes (fièvre, canicule, vomissements, diarrhées, activité intense, surdosage en diurétiques, diabète, etc…), soit la personne a tout simplement oublié de boire (apports insuffisants) comme c’est le cas des enfants ou parce qu’elle ne ressent plus la soif, situation fréquente chez les personnes âgées. 

Le corps humain peut avoir sa réserve en différents aliments mais il ne peut pas avoir ses réserves en eau. Le mois saint de Ramadan sera spécialement chaud cette année. Les personnes âgées et ayant une santé assez fragile ne devraient pas jeûner à cause de la longue période de jeûne de ce mois de juillet. Les fortes chaleurs seront la cause de grandes pertes d’eau à travers les sueurs. Les personnes âgées risquent donc de se déshydrater.

Le problème concerne également les personnes malades qui doivent prendre plusieurs médicaments à la fois. Vu le mode d’action et la demi-vie de certains médicaments, il n’est pas possible de les prendre tous uniquement durant la soirée notamment s’ils sont répartis sur plusieurs prises durant la journée.

 

Les femmes qui allaitent sont aussi concernées parce qu’en allaitant, elles perdent de l’eau et cette eau ne sera pas récupérée si elles jeûnent. En outre, ce jeûne causera une inconsistance du lait maternel qui sera délétère pour le bébé allaité.

 

Le problème du diabète est à part. L’état de santé des patients diabétiques désirant jeûner doit être obligatoirement évalué avant le mois de ramadan. Le jeûne du mois de Ramadan altère de façon significative l’équilibre glycémique et le bilan lipidique chez le diabétique de type 2 déjà mal équilibré avant le début du jeûne. Mais cela semble avoir peu d’effets chez les patients bien équilibrés avant Ramadan. Le repas du S’hour s’avère être le plus important pour les diabétiques. Ils doivent  en effet, prendre une bonne quantité de sucre lent durant le S’hour et aussi boire le plus d’eau possible.

 

Le jeûne prolongé est formellement interdit en cas de maladies chroniques, telles que l’insuffisance rénale ou les maladies cardio-vasculaires et hépatiques. La prise des médicaments d’une manière irrégulière pourrait être la source d’une aggravation d’un éventuel déséquilibre masqué ».

 

Sante –tn : Comment une personne ou ses proches peuvent-elles suspecter une déshydratation ?

« Initialement, la déshydratation peut uniquement s’exprimer par une simple soif. Mais le problème se pose surtout pour les âges extrêmes. Les bébés sont incapables de s’exprimer autrement que par des pleurs et les personnes âgées ne ressentent plus la soif. Le risque est surtout de passer à côté et de laisser évoluer la déshydratation. Dans ce cas, d’autres signes d’alertes permettent d’orienter la famille :

 

  • Si la déshydratation n’est pas rapidement corrigée, la sensation de soif devient intense, la production de sueurs et d’urines diminue (des urines très concentrées doivent attirer l’attention) et d’autres symptômes comme une fièvre (parfois élevée), un pouls accéléré, des maux de tête, des vertiges dus à une baisse de la tension artérielle, des nausées et des vomissements surviennent. En l’absence de réhydratation, la déshydratation peut vite devenir inquiétante : les cellules cérébrales étant particulièrement sensibles à la déshydratation, une confusion, des convulsions et des troubles de la conscience peuvent apparaître.

 

  • Aux signes de la déshydratation vont s’ajouter les symptômes de l’affection qui a causé cette déshydratation : par exemple, s’il s’agit d’une turista, les diarrhées et les douleurs abdominales sont fréquentes. En cas de maladie infantile, il peut s’agir d’une poussée de fièvre suivie d’une éruption, etc ».

 

Sante-tn : Que faire en urgence et à qui s’adresser par la suite si un proche présente les signes de la déshydratation ?

« En présence d’une personne hébétée voire comateuse, à la peau sèche et brûlante, qui présente des convulsions, la famille doit obligatoirement appeler le SAMU.

En attendant l’arrivée des urgentistes, l’objectif est de refroidir et de réhydrater la personne déshydratée dans un endroit bien aéré. Il faut essayer de lui faire boire de l’eau. Pour faire diminuer sa température corporelle, il faut la déshabiller puis l’asperger d’eau froide, mais non glacée et recouvrir son corps de linges humides. S’il y a de la glace disponible, il faut l’envelopper dans du linge (drap, serviette de bain, etc.) et répartir ces vessies de glace improvisées sur le trajet des grosses artères : au niveau du cou, des aisselles et de l’aine ».

 

Sante-tn : Y a-t-il des personnes plus exposées à ce problème et existe-t-il des pathologies qui aggravent la déshydratation ?

« La déshydratation est un état retrouvé plus communément chez les personnes âgées, les nourrissons et les enfants. Les personnes âgées sont plus lentes à ressentir la soif et peuvent ainsi méconnaître leur état de déshydratation et ainsi ne pas boire suffisamment de liquides. Les nourrissons et les jeunes enfants perdent plus de liquide. Les adultes, pendant les épisodes de diarrhée ou lorsqu’ils vomissent, sont aussi susceptibles d’être déshydratés.

La réduction des apports hydriques peut être due aux troubles de la déglutition, à l’anorexie, la dénutrition, la dépendance à une tierce personne…

La perte d’eau et de sels peut se voir an cas de forte chaleur (locaux surchauffés, canicule), de fièvre, de diarrhées, de vomissements, de polymédication : diurétiques, laxatifs, sédatifs (qui altèrent la vigilance et l’envie de boire), de diabète….

Certaines causes seraient plus spécifiques pour le sujet âgé telles que la diminution de la masse hydrique corporelle du sujet âgé, la perte de la sensation de soif avec l’âge, les maladies neuro-dégénératives (Parkinson), la démence (Alzheimer), la réduction de la capacité rénale à concentrer les urines (les reins nécessitent d’avantage d’eau pour fonctionner), l’incontinence (ou peur de l’incontinence): peur de boire, l’inattention de l’entourage et la perte de l’autonomie.

 

Sante –tn : Peut-on prévenir la déshydratation et quels sont les moyens de protection préconisés pour l’éviter durant la saison de grande chaleur surtout si elle est associée au jeûne du mois du ramadan ?

« Pour prévenir la déshydratation, il faut éviter de rester au soleil et limiter les efforts intenses en période de grandes chaleurs ».

Les personnes âgées doivent éviter de trop de déplacer, rester au frais et éviter tout effort physique au cours de la journée. Pour tous les âges, toute activité sportive contraignante, comme par exemple le vélo ou le jogging, serait à proscrire. Il faut notamment éviter de se baigner et de rester au bord de la plage pendant le jeûne. Les baignades matinales seront souhaitées. Il faut boire de l’eau régulièrement depuis la rupture du jeûne jusqu’au S’hour afin d’éviter la déshydratation, et ce, même si la personne ne ressent pas de sensation de soif.

Boire beaucoup juste après la rupture de jeune n’est pas conseillé. Il est recommandé de commencer par manger puis ensuite boire par petites quantités et l’eau doit être la boisson privilégiée.

La consommation de fruits, salades, mets réhydratants et revitalisants est aussi conseillée notamment au cours du S’hour et il vaut mieux ne pas abuser des mets salés ».

E.K.L

 

 

 

Dr Kais Harzallah, professeur agrégé en néphrologie
Dr Kais Harzallah, professeur agrégé en néphrologie

 

* Docteur Kaïs Harzallah:

  • Professeur agrégé en néphrologie
  • Diplôme inter-universitaire de transplantation d’organes
  • Diplôme inter-universitaire de l’analyse clinique et économique de la décision médicale
  • Diplôme inter-universitaire de néphropédiatrie