La simulation au service de l’enseignement en sciences de la santé au Canada: les médecins tunisiens répondent présents

De la Tunisie au Canada en passant par la France, Dr Issam Tanoubi, professeur adjoint du département d’anesthésiologie de l’Université de Montréal, exerçant à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal, l’un des plus grands centres hospitalo-universitaires au Canada, est venu renforcer l’activité de la simulation déjà en place au centre d’apprentissage des attitudes et habiletés cliniques (CAAHC), le centre de simulation médicale de  l’Université de Montréal.

Pourquoi avoir choisi la simulation ?

« La pédagogie médicale a toujours été l’une de mes sphères d’intérêt durant ma pratique. J’avais du plaisir à enseigner et le feedback des étudiants était positif. La simulation est un créneau innovateur, qui répond à l’approche nouvelle de l’apprentissage par compétence. La simulation paraît actuellement indissociable de l’éducation médicale moderne.

Pour acquérir l’expertise initiale dans ce domaine, j’ai effectué une formation complémentaire d’un an, au centre de simulation de l’université de McGill à Montréal et deux autres formations à l’Université de Harvard à Boston. Ma pratique ultérieure au CAAHC, les congrès et des formations avancées, m’ont permis par la suite d’améliorer mon expertise. J’ai effectué aussi une maîtrise en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal qui m’a permis de bien intégrer la simulation dans la pédagogie médicale.

La simulation au Canada et en Amérique du Nord fait partie intégrante de l’enseignement dès la première année des études médicales. Il n’est actuellement plus admissible, ni éthiquement, ni légalement, d’apprendre de ses premières pratiques et de ses premières erreurs sur le patient, particulièrement dans les situations rares, mettant en jeu le pronostic vital du patient. Dans ce contexte, la simulation est au service de la sécurité du patient.

Au Canada, l’enseignement pas la simulation, dans le cadre de l’approche par problèmes ou par compétences, est réalisé sous forme de modules d’enseignement sur mannequins (basse ou haute fidélité), avec des acteurs ou avec des patients partenaires. Au stade de spécialisation en anesthésiologie, la simulation se fait presqu’exclusivement sur mannequin haute fidélité avec 3 ou 4 séances par an. La simulation à haute fidélité est actuellement offerte à plusieurs autres spécialités comme la médecine de famille, la médecine d’urgence, la radiologie, l’ophtalmologie, la chirurgie, et même la chirurgie dentaire.

La collaboration tuniso-canadienne

C’était en 2012, lors du congrès de l’AMEE (Association for Médical Education in Europe) durant lequel j’étais en charge d’un atelier sur la simulation que j’ai rencontré des collègues tunisiens qui m’avaient proposé d’importer la simulation en Tunisie.

C’était le point de départ suite auquel j’ai fait la toute première formation des formateurs à l’IMS (Institut des Métiers de Santé) avec le parrainage de l’Hôpital Militaire de Tunis l’été dernier.  Après, a été mise en place une collaboration entre la Faculté de Médecine de Tunis et l’Université de Montréal qui a aboutit à deux semaines de séminaire sur la simulation et la pédagogie par la simulation.

La première semaine, qui a eu lieu au mois d’avril s’est bien déroulée avec un très bon feedback et des apprenants qui étaient ouverts et réceptifs. Pour cette deuxième semaine,  ce séminaire de formation tournera autour de la simulation avec un mélange de théorie et de pratique et j’y insiste particulièrement sur les théories d’éducation ainsi que sur les techniques du débriefing.

Les apprenants réaliseront la séance de débriefing puis laisseront la place au débriefing de cette autocritique par l’instructeur.

Pendant ce séminaire et parmi les objectifs, les apprenants doivent apprendre à monter de toutes pièces un module de simulation (ressources humaines, ressources matérielles, la programmation du mannequin, la gestion des séances…). Le dernier jour de cette formation est réservé au volet recherche et développement en sciences de l’éducation et en simulation.  Le volet de recherche et de publication est capital pour l’expansion et l’évolution d’un centre de simulation ».

Et après ?

« Qui dit avenir, dit évolution et dit forcément recherche et en matière de simulation, il en existe principalement trois volets : de la recherche orientée pour la sécurité des patients (comparaison entre l’enseignement classique versus l’enseignement par simulation dans la prise en charge du patient), un volet qui met l’accent sur l’évaluation de l’efficacité de cet outil d’apprentissage qu’est le mannequin et enfin le troisième volet dirigé vers la recherche en matière de technologie pour l’amélioration des capacités du simulateur.

Bien que la recherche scientifique soit abondante dans le domaine de la simulation et bien que cette dernière existe déjà depuis plus d’une quinzaine d’années, nous sommes encore dans l’incapacité de prouver, avec une niveau d’évidence élevé, la supériorité de cet outil d’apprentissage sur la sécurité du patient comparativement aux méthodes traditionnelles d’enseignement, disons que c’est encore difficile de raisonner par l’Evidence Based Médicine en simulation.

Mais, il reste que des preuves sur l’efficacité de la simulation sur la qualité de l’apprentissage,  sur la diminution des complications, voir sur la réduction de coût de la santé dans bon nombre de spécialités existent et que cette efficacité est perceptible par les enseignants au quotidien.  Et c’est parce que cette différence sur la mortalité et sur la morbidité est perceptible par les praticiens dans leur pratique de tous les jours que la simulation continue à être un excellent outil d’enseignement. Par ailleurs, la simulation dans le domaine de l’aéronautique et dans l’armée est bien établie, et elle ne tardera pas à l’être dans le milieu de la santé.

En Tunisie et en dépit des certaines difficultés, j’espère de tout cœur que cette tradition va être perpétrée. Nous savons pertinemment que la barrière majeure est financière mais le dévouement des différents intervenants est tout aussi important car la pédagogie est à la base de la formation du professionnel de santé et aussi des pédagogues dans ce domaine et nous ne pouvons enseigner sans avoir l’envie, le plaisir et aussi le temps de le faire ».