« Un antibioguide », pour un juste usage des antibiotiques EN Tunisie !

Au vu des données alarmantes sur les résistances bactériennes qui sévissent dans plusieurs environnements sanitaires à travers le monde et plus particulièrement dans les services de réanimation, notamment en Tunisie, les laboratoires Pfizer, engagé depuis de nombreuses années dans la lutte contre les infections acquises à l’hôpital (plus communément appelées Infections Nosocomiales) ont élaboré en collaboration avec des praticiens tunisiens, un travail collaboratif établissant« un Antibioguide » recouvrant plusieurs situations cliniques infectieuses en réanimation et traitant des différents antibiotiques disponibles en Tunisie ainsi que les indications de leurs utilisations.

La présentation de ce travail afait l’objet d’un workshop organisé pendant le 37ème congrès de la Société Tunisienne d’anesthésie d’analgésie et de réanimation (STAAR) qui s’est déroulé du 9 au 11 avril 2015 à Hammamet.

En présentant ce « guideline », Le Pr Mustapha Ferjani, Chef de Service d’Anesthésie et Réanimation à l’hôpital Militaire de Tunis a expliqué que cet « antibioguide » est le fruit du travail d’un groupe multidisciplinaire, englobant des infectiologues, des microbiologistes, des pharmaciens et des réanimateurs de différents hôpitaux du Grand Tunis, qui ont tous participé au comité de rédaction, en collaboration notamment avec le Pr Philippe Eggimann, médecin Réanimateur Suisse ayant également pris part  à l’élaboration de ce projet.

L’objectif d’un tel guides selon le Pr Ferjani, initiateur du projet, est de contrôler les infections acquises à l’Hôpital, en s’adaptant à l’écologie locale qui est complètement différente de celle européenne ou asiatique, et ce afin de limiter la transmission des infections de façon à maîtriser les coûts et à diminuer « l’over-use » ou l’utilisation abusive des antibiotiques, qui est à l’origine du cercle vicieux bien connu : antibiothérapie et résistances bactériennes.

En prenant la parole, le Pr Eggimann a expliqué que pour mieux contrôler les infections, il faut prendre des mesures générales. Il faut tout d’abord contrôler l’utilisation des antibiotiques, objet du guide, puis s’intéresser en second lieu à définir des stratégies spécifiques pour prévenir les Infections Nosocomiales.

Il a ainsi présenté quelques réflexions à propos de ce qu’il a appelé le contrôle de la source d’infection en adoptant des mesures générales d’hygiène et qui consiste à titre d’exemple à remplacer la toilette traditionnelle du patient au savon, à la cuvette et l’eau par des lingettes à usage unique.

En effet, des études publiées sur l’usage des lingettes avaient permis de montrer l’intérêt du remplacement des toilettes traditionnelles par les lingettes à la Chlorhexidine (antiseptique à large spectre d’action) une fois par jouret l’utilisation de lingettes non à la Chlorhexidine pour faire la toilettede propreté des patients pendant le reste de la journée.

Pour ce qui est des nouvelles stratégies de contrôle de l’utilisation des antibiotiques, le Pr Eggimann explique qu’il faut se rapporter à la pharmacocinétique des médicaments, par exemple pour le cas particulier des bêtalactamines, antibiotiques fréquemment utilisés, c’est le temps en dessus de la concentration minimale inhibitrice (CMI*) qui est important à évaluer pour obtenir une bonne bactéricidie donc une meilleures efficacité de l’antibiotique.

Une autre méthode consiste au dosage des antibiotiques dans le sang, cependant celle-ci n’est pas toujours possible (parce qu’il faut des techniques spéciales pas toujours disponibles), il est parfois possible de faire des calculs d’ajustement en fonction de la clairance de la créatinine. En effet, mesurer la clairance de la créatininémie sur 6h ou 8h de temps, c’est une action qui permet d’adapter l’antibiothérapie.

De leurs côtés, les antibiotiques en aérosol, représentent aussi un moyen qui peut s’avérer bénéfiques  non seulement aux patients mais aussi à l’écologie globale des unités de réanimation.

Afin de mieux illustrer l’utilité du guide développé par cette équipe multidisciplinaire et pour démontrer son intérêt de manière interactive avec l’assistance, le Pr Ferjani  a terminé sa conférence en présentant un cas clinique, il s’agissait  d’une situation d’infection biliaire avec péritonite secondaire et un état de choc septique chez une patiente âgée.

 Tout en faisant participer les présents sur la conduite à tenir, le  choix du traitement approprié, la durée du traitement, etc. Pr Ferjani s’est référé à maintes reprises à ce qui est proposé dans le guide démontrant ainsi l’utilité pratique  & l’intérêt de ce travail.

Pour conclure, nous nous permettons de citer les paroles du Pr Ferjani lui-même dans son mot d’introduction à l’ouvrage qui constitue, il faut le souligner,  une 1ère en Tunisie : «  Nous souhaitons que ce travail élaboré par le Groupe Collaboratif soit d’un grand apport pour les équipes de Réanimation et d’Anesthésie Réanimation Tunisiens qui ont la même écologie, ainsi que pour les plus jeunes de nos confrères et élèves comme un antibio-guide de poche en réanimation utile pendant les gardes » .

En définitive, une belle initiative à saluer  et un exemple réussi  de collaboration entre la communauté médicale & l’industrie pharmaceutique dans le but ultime de limiter les infections hospitalières, parmi les problèmes les plus actuels dans le domaine de la  Santé Publique en Tunisie & Ailleurs.

*CMI : La concentration minimale inhibitrice (CMI) est la plus faible concentration d’antibiotiques nécessaire pour inhiber la croissance des bactéries « in vitro », c’est-à-dire en dehors du corps humain 

B.H.S