La distribution du médicament en Tunisie : une armada de pharmaciens derrière

médicament-distribution-sante-tunisieLa distribution du médicament en Tunisie : une armada de pharmaciens derrière

Si on a besoin d’un médicament, on va le chercher instinctivement à la pharmacie mais avant d’y atterrir, ce médicament a un itinéraire bien tracé et précis à suivre et c’est Mer Abdallah Jalel, président du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens qui a accepté de nous parler des coulisses de ce parcours du combattant.

 

 

 

Du fabricant au citoyen, quelles sont les étapes nécessaires suivies par le médicament ?

Pr Abdallah : « Il faut reconnaître que le circuit du médicament en Tunisie est un circuit sécurisé car il assure une traçabilité et une qualité irréprochables des produits, de la fabrication à la dispensation. Pour ce qui est des médicaments importés, seule la pharmacie centrale de Tunis (PCT) en détient le monopole et pour ce qui est des médicaments fabriqués localement, ils  sont vendus directement de l’industriel aux grossistes répartiteurs, dont le nombre dépasserait les 65 à ce jour. Les grossistes s’approvisionnent auprès de la PCT pour ce qui est des produits importés. Par la suite, le pharmacien d’officine s’approvisionne auprès des grossistes répartiteurs. J’insiste sur le fait que, grâce à ce circuit bien verrouillé, on dispose d’une bonne traçabilité et d’une disponibilité des médicaments pour les citoyens à n’importe quel moment d jour comme de nuit (certains répartiteurs livrent les pharmacies jusqu’ à plusieurs fois par jour).

Considérez-vous que ce circuit soit greffé de certaines imperfections ?

« Bien entendu, aucun système n’est dénué de problèmes et de difficultés. C’est particulièrement valable pour le secteur de la grossisterie, car depuis quelques années et pour devenir un grossiste répartiteur, il suffit de remplir un cahier de charge qui échappe à notre conseil. Nous avons donc proposé de réviser le texte du cahier de charges et d’obtenir l’accord du service juridique du ministère pour avoir un droit de regard avant la délivrance de toute licence de grossisterie. Il faut savoir que cette activité est un exercice pharmaceutique et loin d’être commerciale.

Par ailleurs, j’insiste sur l’importance du respect strict et étroit des bonnes pratiques de distribution dans le secteur, une rigueur ayant pour principal objectif l’intérêt du citoyen (respect des conditions du transport des médicaments, notification des ventes en dehors du circuit, rapport des fuites…) ».

Où se situe la pharmacie d’officine dans la distribution et la répartition des médicaments ?

« En Tunisie, on considère qu’on a un très bon maillage de pharmacies d’officine, elles existent partout de jour comme de nuit et équitablement réparties sur tout le territoire tunisien et ce grâce au numerus clausus (nombre limité à une valeur fixe décidé par les autorités quel que soit le nombre de candidats). Malgré cette équation équilibrée, nous sommes, tout de même, confrontés au problème de zonage. Le zonage signifie qu’il y a des régions qui, bien qu’elles aient le potentiel de supporter d’autres ouvertures d’officine, elles restent en deuxième ligne car leur classement inter régional ne reflète pas la capacité réelle de travail qui existe dans le secteur. Ce classement, fixé par la DPM selon des critères, en apparence, valables, est à revoir. Etablis en 1992, les critères reposent, entre autres, sur la consommation moyenne de médicaments par habitant. Ainsi, certaines zones qui évoluent rapidement, peuvent bénéficier de l’ouverture de nouvelles officines.

Ces critères sont également à ré-étudier car bon nombre de détails doivent être précisés. Est-il concevable que même n’étant pas officinal ou n’ayant pas bénéficié d’un stage d’initiation au travail officinal, le professionnel peut demander à ouvrir une pharmacie ? La pharmacie d’officine doit être considérée comme un métier à part entière ».

Cette répartition équitable entre les officines assure-t-elle une dispensation équitable des médicaments vers tous les citoyens ?

« Le médicament est le seul objet de consommation où il y a réelle justice nationale, les médicaments au même prix pour tout le monde et sur tout le territoire à n’importe quel moment. C’est la PCT qui assure, modère et équilibre pour avoir un prix unique pour les médicaments importés ».

Que pensez-vous des sites internet pour médicaments qui pullulent à l’étranger ?

« En Tunisie, notre loi est clair et elle interdit ce type de pratique. Il faudra, tout de même, rester vigilant et anticiper pour ne pas tomber dans ces dérives ».

Comment savoir qu’il y a un circuit parallèle de médicaments ?

« Tout médicament qui ne suit pas le circuit sus cité est considéré comme un médicament douteux. On ne niera pas qu’il y a, malgré nos efforts de surveillance, des produits qui rentrent de l’étranger sans autorisation. Pour y faire face, rien ne vaut l’information et l’éducation du citoyen et cela par des spots médiatiques et des campagnes de sensibilisation. Les faux produits pharmaceutiques intéressent surtout les médicaments de la dysfonction érectile, les dermocosmétiques, le lait maternisé et les produits vétérinaires ».

Quelles sont, d’après vous, les perspectives d’évolution pour le pharmacien d’officine en Tunisie ?

« Nous avons proposé la modification de la loi organique sur laquelle nous avons  commencé à travailler en 1994, 20 ans après le projet n’a pas encore vu le jour. Avant de parler de missions, parlons d’abord de compétences car sans l’un, on ne peut aboutir à l’autre. Pour acquérir ces compétences, ça passe par le biais de la formation professionnelle continue dont on est en train de mettre en place le haut comité (HCFPC).  Ce dernier aura pour rôle de préparer, de former et de mettre à jour le pharmacien pour que ce dernier retrouve sa notoriété et mette son savoir scientifique au service du malade. Le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens a décidé de mettre en place le HCF qui est une instance chargée d’approuver les programmes de formation continue proposés par les organismes aux pharmaciens et à leurs collaborateurs, ce qui aidera à aspirer à de nouvelles perspectives en matière de formation du pharmacien ».

Pour finir, j’insiste sur deux points fondamentaux que sont l’efficacité incontestable du circuit du médicament en Tunisie qui est un rempart très important qu’il faut sauvegarder pour l’intérêt et sur la nécessité d’évoluer  avec le métier de pharmacien d’officine, le but étant que le citoyen se rende compte de l’importance du pharmacien et non du médicament ».

 

 

Entretien conduit par E.K.L

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Docteur Abdallah Jalel

Président du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens