Développer un médicament, c’est tout un art

medicament-sante-tunisie-3La fabrication d’un médicament est un processus très complexe qui exige un savoir-faire de la part de compétences confirmées et une rigueur lors des différentes étapes de la fabrication. De la matière première au médicament fini, c’est tout un processus d’une extrême habileté et une précision sans faille qu’il faut maîtriser et respecter scrupuleusement.

Ce sont toutes ces problématiques que nous allons essayer de décortiquer, ci-après avec Pr Souad Sfar, doyenne de la faculté de pharmacie de Monastir et Dr Med Ali Yousfi, chef de service de la pharmacie interne à l’Hôpital Militaire de Tunis.

 

 

De quoi est constitué un médicament ?

« Un médicament est composé d’un principe actif détenteur de l’effet thérapeutique utilisé pour un  but curatif ou préventif, de substances auxiliaires ou excipients et d’un conditionnement primaire.

Les excipients servent de véhicules pour la substance active. Ils permettent, entre autres, de stabiliser la substance (ex : antioxydant ou antimicrobien), d’améliorer l’acceptabilité de la préparation (ex : aromatisants et édulcorants) et de faciliter la préparation (agent diluant, liant ou désintégrant). Il existe aussi des agents isotonisants et régulateurs de PH pour une meilleure tolérance de la préparation, des agents lubrifiants utilisés pour la mise en forme de certains médicaments et les excipients LP (à libération prolongée) qui allongent l’étape de la libération du principe actif ».

 

Quelles peuvent être les différentes origines d’un médicament ?

« Pour ce qui est du principe actif, la substance originelle peut être extraite à partir d’une source animale (bovin) ou végétale. Les extraits des plantes posent le problème des lourdes techniques de purification, du petit rendement et d’un coût élevé. Ce qui a entraîné le boom de la synthèse chimique, une solution bien plus rentable et moins chère, les techniques de génie génétique (ex : insuline) ou encore la modélisation d’une substance active visant à modifier les propriétés pharmacocinétiques de la substance active pour améliorer son efficacité.

La thérapie ciblée par vectorisation (ex : thérapie génique par des virus) ou la nanotechnologie qui consiste à faire véhiculer la substance active par des nanosphères, liposomes ou  des anticorps monoclonaux sont les nouvelles approches en matière de traitement, l’objectif étant de cibler le tissu à traiter, d’optimiser l’efficacité et de réduire les effets indésirables en protégeant les tissus avoisinants.

La matière première des excipients peut être naturelle comme l’eau ou issue de la synthèse chimique. Par exemple si les lubrifiants sont issus de la synthèse chimique, les aromatisants quant à eux, peuvent être naturels ou synthétiques.  En dépit de leur origine, les excipients doivent être inertes vis à vis du principe actif, vis-à-vis du patient et vis-à-vis du conditionnement primaire ».

 

Quels sont les critères qui interviennent pour le conditionnement des médicaments ?

« Le conditionnement primaire est celui qui est en contact direct avec la forme galénique, de ce fait, le critère de choix de ce conditionnement est l’inertie chimique. Il ne doit pas y avoir de réaction entre le contenu  et le contenant. Ainsi, la quantité de principe actif qui diffuse à l’intérieur du récipient doit être non significative et les composés du récipient ne doivent diffuser qu’en très faible quantité dans le médicament pour ne pas modifier son activité thérapeutique. En plus de l’inertie, le choix du conditionnement prend en compte la stabilité du produit. Outre ces deux critères, Il faut que le conditionnement permet d’identifier la préparation, la protéger et faciliter son utilisation ».

 

En quoi consistent les différentes étapes de la fabrication d’un médicament ?

« Si au début du 20ème siècle,  la recherche d’une nouvelle substance reposait sur le hasard et l’empirisme comme c’est le cas de la pénicilline, actuellement on parle plutôt de criblage à haut débit.

Tout commence par le choix d’une série chimique sur laquelle des groupements fonctionnels vont être greffés et la préparation de milliers de molécules derrière. Par la suite, un éventuel effet thérapeutique de ces molécules, exploitable en thérapie et même un effet toxique, seront recherchés. Toutes ces étapes se font sur cultures cellulaires au laboratoire. Par la suite, s’en suivent des essais sur les animaux (étude du métabolisme, de la tératogénicité et de la pharmacologie de la nouvelle substance). Après, c’est au tour des essais cliniques de prendre part avec la phase 1 (essai sur volontaires sains), la phase 2 (essais sur une petite population de malades) puis la phase 3 (essais sur une population plus élargie de malades).

Par la suite, on parle de transposition d’échelle qui signifie le passage du laboratoire de développement à l’industrie, c’est à ce
moment que se prépare le dossier d’AMM.

En Tunisie et parce qu’on ne produit que des génériques, on dispose d’une liste de médicaments, instaurée par l’OMS, pour qui des tests (notamment des tests de dissolution) sont nécessaires à réaliser pour la mise sur le marché des dits médicaments.

 

 

En quoi réside la différence entre un médicament princeps et un médicament générique ?

« Contrairement au générique qui copie le principe actif du médicament d’origine, le princeps a l’avantage d’avoir rempli toutes les cases d’essais dont les essais toxicologiques. Par ailleurs, princeps et générique ont tous les deux la même quantité de substance active mais les excipients et le procédé de fabrication sont différents. A noter que le copiage du principe actif pose particulièrement problème pour ceux qui sont faiblement solubles et les formes LP».

 

Comment détermine-t-on la date de validité d’un médicament  et que se passe-t-il en cas de consommation d’un médicament périmé?

« Pour cela, on effectue ce qu’on appelle un dossier de stabilité : la préparation sera placée dans des conditions réelles de température et d’humidité puis dans des conditions plus extrêmes (conditions de vieillissement accéléré).  Ce travail dure en général 2 ans (ça peut aller jusqu’à 5 ans) au bout desquels on établit le profil de la dégradation ainsi que le dosage de la substance active et des produits de dégradation. La date de validité correspond à la période pendant laquelle le médicament est resté stable sans se dégrader.  

Quant à la consommation accidentelle d’un médicament périmé, tous les intermédiaires sont possibles en allant de la diminution de l’efficacité du médicament au risque fatal, tout dépend de la toxicité du produit de dégradation et ce, quelque soit le conditionnement. Pour cette raison, on ne répètera jamais assez qu’il est impératif de bien respecter les conditions de conservation mentionnées sur la notice ».

                                                                                                                   B.A

 

Mme-sfar-doyenne-faculte-pharmacie-monastir1

  Pr Souad Sfar

Doyenne de la faculté de pharmacie de Monastir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dr-Mohamed-Ali-Yousfi-chef-de-service-pharmacie-interne-Hopital-Militaire-Tunis

 

 

 

 

Pr Ag Med Ali Yousfi, Professeur Agrégé

Chef de service de la pharmacie interne à l’Hôpital Militaire de Tunis