Améliorer la prise en charge du diabète en Tunisie : « To observe and to act »

diabete-sante-tunisie-maisonLe diabète est actuellement considéré comme l’une des principales causes de morbidité et s’apprête, dans une quinzaine d’années, à occuper la 7ème  place dans le top 10 des causes de mortalité dans le monde (OMS). Il est, par ailleurs, source de complication rénale, vasculaire et ophtalmologique mais surtout sa prévention est possible. Le diabète de type 2 est de loin le plus répandu et c’est donc à ce propos que Dr Nejib Ben Abdallah, professeur en endocrinologie-diabétologie au service de médecine interne « A » à l’hôpital Charles Nicolle, a eu l’amabilité de développer les codes de la prise en charge en vue d’obtenir le meilleur équilibre glycémique.  

 

Et si on exposait, en bref, la situation du diabète type 2 en Tunisie ?

« Ce n’est plus un secret pour personne que le diabète est une maladie métabolique qui constitue un véritable fléau mondial. Le diabète de type 2 est le plus fréquent et il représente 80 à 90% des diabètes dans le monde. En Tunisie, la prévalence du diabète a connu une nette progression et ceci est du à certaines mutations socio-économiques (les nouvelles habitudes alimentaires, la sédentarité, le stress) et au vieillissement de la population.  Ce qui a engendré la progression de la prévalence du diabète et de l’obésité, ces maladies étant fréquemment associées puisqu’on estime  que 50 à 60% des diabétiques de type 2 sont obèses.

 

Actuellement, la prévalence du diabète de type 2 en Tunisie avoisine les 11%, un chiffre non négligeable qui risque d’augmenter dans les années à venir. C’est un véritable problème qui doit pousser les décideurs à s’activer afin d’y faire face, et ceci aussi bien au niveau de la prévention primaire que de la prévention secondaire, laquelle prévention aide à réduire nettement la fréquence et l’impact des complications du diabète sur l’individu et la collectivité ».

 

Comment pouvez-vous nous décrire la prise en charge optimale du diabète type 2 ?

« Il ne va pas sans dire que la prévention des complications passe inévitablement par l’obtention du meilleur équilibre glycémique qui repose, à son tour, sur l’association de plusieurs facteurs que sont l’arsenal thérapeutique dont on dispose et qui s’est enrichi ces dernières années par l’arrivée des gliptines, le rôle du médecin et celui du patient.

 

On n’insistera jamais assez sur le bénéfice indiscutable, à tous les stades de la maladie, des règles hygiéno-diététiques. Ainsi, une alimentation saine, rationnelle et équilibrée en évitant l’absorption des sucres rapides et une activité physique régulière constituent la base du traitement.

 

Il faut savoir qu’on n’échappera pas, au bout d’un certain temps, à l’insuffisance des règles hygiéno-diététiques comme unique traitement, on se trouve, dès lors, dans l’obligation de prescrire des antidiabétiques oraux (ADO) qui, selon le consensus dicté par l’ADA (American Diabetes Association) et l’EASD (European Association for the Study of Diabetes), sont représentés en premier par la metformine. 

 

Devant la dégradation fonctionnelle des cellules B du pancréas et l’évolution de la maladie, l’association d’un second ADO est inévitable, tels les sulfamides, qui finissent, à leur tour, par devenir inefficaces et nocifs à cause de la prise du poids et du risque fréquent des accidents hypoglycémiques. 

 

Récemment, cet arsenal thérapeutique s’est enrichi avec l’arrivée de nouvelles molécules « les gliptines » qui constitueraient une bonne alternative à la phase 2 du traitement du diabète associées à la metformine et cela, dans le but d’assurer un bon équilibre glycémique tout en respectant le poids. Des études scientifiques avaient mis en évidence que l’incidence des  hypoglycémies était beaucoup moins importante qu’avec les sulfamides.

 

Les gliptines peuvent être administrées, soit en monothérapie pour les diabètes récents, en cas de contre-indication ou d’intolérance à la metformine, soit associées à cette dernière ou à l’insuline si nécessaire.  Bon à savoir que les gliptines permettent de diminuer les doses d’insuline.

Ceci dit, il faut savoir qu’il n’y a pas de traitement anti-diabétique standard et que le traitement reste individualisé dépendant de l’âge, de la qualité de l’équilibre glycémique, du terrain et des antécédents.

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Comment agissent les gliptines ?

« Les gliptines agissent par l’effet incrétine. Les incrétines, dont  le GLP1 (glucagon like peptid) et le GIP (glucose insulinotropic peptide), sont des hormones intestinales qui sont sécrétées après l’ingestion d’aliments, notamment ceux riches
en hydrates de carbone. Ces incrétines vont favoriser la sécrétion de l’insuline et freiner celle du glucagon dans le but de diminuer le taux du glucose sanguin. Les gliptines reproduisent cet effet, sont glucose dépendants et agissent particulièrement sur la glycémie post- prandiale, ce qui permet d’éviter les hypoglycémies. Par ailleurs, elles stabilisent le poids contrairement aux ADO classiques et permettent une réduction du taux de l’HbA1c.

 

Qu’en est-il de la particularité de la prise en charge du diabète type 2 pendant le mois de Ramadan ?

« Tout diabétique est dans l’obligation de consulter son médecin traitant au moins 1 mois avant le début du mois saint pour expertiser sa maladie, autrement, il peut s’exposer  à des complications d’hypoglycémie et d’hyperglycémie en cas de déséquilibre diabétique.

Boire suffisamment d’eau pour éviter la déshydratation et l’hyperglycémie, ne jamais sauter le repas du S’hour  qui doit comporter des sucres lents, bannir l’excès de sucres rapides pendant la soirée et éviter l’effort physique important pendant la journée. En cas d’inconfort ou du moindre signe d’hypoglycémie pendant la journée, il est impératif de rompre le jeûne et consulter son médecin dans les plus brefs délais en vue de chercher la cause du déséquilibre.

 

Pour ce qui est des médicaments, les gliptines sont une excellente alternative pour les diabétiques au mois de ramadan pendant lequel on cherche à éviter les hypoglycémies et on aspire à un meilleur contrôle de la glycémie. 

E.K.L

 

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Dr Nejib Ben Abdallah

Professeur en endocrinologie-diabétologie

Service de médecine interne « A » à l’hôpital Charles Nicolle