L’hygiène des instruments et des dispositifs médicaux : une mission des plus nobles

Steros-risqueEntre deux gestes, actes ou interventions chirurgicales, les instruments utilisés subissent une prise en charge des plus stressantes afin de réduire à minima les risques d’infection et de contamination. Pr Lamine Dahidah, chef de service d’hygiène à l’hôpital Sahloul de Sousse nous divulgue les secrets de ce parcours d’asepsie en apparence simple et non compliqué.

Quand parle-t-on de désinfection et de stérilisation ?

« Pour traiter un matériel ou un dispositif médical entre deux actes, en cas de dispositif à usage multiple, on décrit trois opérations : le nettoyage, la désinfection et la stérilisation. Ces procédés ont pour but la réduction du niveau de contamination, soit le nombre de germes portés par le dispositif avant le démarrage des opérations. La différence entre ses trois volets se situe au niveau du traitement. Ainsi, la stérilisation consiste à réduire le niveau de contamination initiale à 10-6 alors que la désinfection c’est une réduction à 10-5, soit 10 fois moins efficace que la stérilisation. Pour le nettoyage, c’est une réduction du nombre de germes de 10-2 à 10-3. Les trois opérations visent à avoir un dispositif médical réutilisable, bien évidemment, mais surtout dans le respect de la sécurité pour l’instrument lui-même et surtout le patient à soigner ».

Quelles sont les personnes habilitées à effectuer ces gestes ?

« Tout dépend de l’organisation de chaque établissement. Lorsque les activités sont centralisées dans une seuleunité, ce sont des infirmiers et des aides soignantsdevenus compétentsdu fait qu’ils sont affectés à plein temps dans cette unité où ils bénéficient d’uneformation continue et d’un encadrement efficace.Sinon et en l’absence d’une centrale de stérilisation, chaque service dispose de son propre autoclave ou stérilisateur ».

En quoi consistent les différentes étapes de cette prise en charge ?

« Les phases qui ont lieu entre l’usage pour l’acte de soins et la stérilisation proprement dite désignent ce qu’on appelle les opérations préalables ayant pour objectif de diminuer la contamination initialedes dispositifs. Il faut savoir que c’est une réduction et non une élimination complète et absolue des germes. Mais à 10-6, on parle d’un niveau de qualité poussé.

Les opérations préalables commencent dès la fin de l’acte de soins. Les instruments doivent être pré-désinfectés, pour cela ils seront trempés dans une solution désinfectante ou détergente désinfectante pour éliminer une trèsgrande partiedes germes et des matières organiques qui peuvent être colléesaux instruments. Ce trempage peut durer de quelques minutes à plusieurs minutes en fonction du produit et en se référant aux consignes du fabricant (il y a des produits qui peuvent corroder l’instrument, notamment ceux métalliques).

Par la suite, ces instruments pré-désinfectés seront transportés à l’unité de stérilisation. A ce niveau et après s’être protégé convenablement, l’agent procède par la vérification du type, de la qualité et du nombre des instruments.

Le nettoyage, étape suivante, peut se faire manuellement avec un produit détergent, mécaniquement à l’aide de machines à tamboursou à bras horizontaux ou avec des appareils à ultrasons réservés particulièrement aux dispositifs fins et difficiles à nettoyer.

Une fois nettoyés, la contamination est à son niveau le plus bas. Alors pour éviter la re-contamination des instruments propres et pour les protéger, ces derniers sont conditionnés dans des sachets, des boîtes, du papier… A ce moment, le matériel est prêt à la stérilisation. Pour une meilleure rentabilité du cycle, l’autoclave ne doit pas être trop rempli. Actuellement, on stérilise à 134°C pendant 18 mn, une température et une durée efficaces pour faire face aux prions.

A la fin du cycle, les éléments de la charge sont retirés et l’état des emballages vérifié. Les boîtes sont étiquetées et l’étiquetage doit signaler la date de l’opération ainsi que le numéro du lot. En l’absence d’incidents, la charge peut être libérée et redistribuée aux services utilisateurs grâce à des monte-charge reliés directement aux blocs opératoires ou aux agents des services concernés ».

Comment fonctionne l’autoclave ou le stérilisateur ?

« C’est une machine qui fonctionne par la vapeur d’eau saturée sous pression. Quand la vapeur d’eau entre en contact avec une surface plus froide, elle se condense et se transforme en liquide. La chaleur et l’humidité vont hydrolyser et tuer les germes ».

Est-ce que tous les instruments sont traités de la même façon ?

« Tous les instruments sont traités de la même façon à condition qu’ils supportent la chaleur et l’humidité. Un instrument en plastique ordinaire ne peut être stérilisé. De même, les endoscopes sont des dispositifs très complexes, ils ne peuvent être autoclavés du fait qu’ils contiennent des fibres de verres, du plastique et du métal qui ne supportent pas la chaleur, ils seront, par conséquent, désinfectésà haut niveau ».

Quels types de produit utilise-t-on pour la désinfection ?

« On utilise le glutaraldéhyde qui agit en tuant les germes microbiens. Mais du fait de ses multiple inconvénients, ce produittend à être progressivement remplacé par de l’acide peracétique bien que ce dernier soit plus cher et représente une certaine gêne pour le personnel mais bien plus efficace ».

Tous les germes sont-ils sensibles à ces procédés ?

« En cas de pré-désinfection et de nettoyage mal faits, la contamination initiale restera élevée et, par conséquent, le risque decontamination résiduelle est élevé. De la pré-désinfection au conditionnement, ce sont des étapes « facteur-humain » dépendantes. Le professionnel de la santé doit bien respecter toutes les procédures, en plus, bien entendu, l’autoclave doit être fonctionnel et correctement maintenu ».

Quelle formation pour le médecin hygiéniste ?

« A ce jour, il n’y a pas de formation spécifique en matière de stérilisation des instruments. La faculté de médecine de Sousse, la seule d’ailleurs, dispense un master professionnel d’hygiène hospitalière qui dispose d’un module sur le traitement du matériel et des dispositifs. C’est un master qui date depuis 11 ans et qui dure deux ans. Actuellement, on a aussi un projet, en cours, qui consiste en la création d’un CEC (certificat d’études complémentaires) ouvert aux médecins, pharmaciens, dentistes, paramédicaux et ingénieurs, qui traite du traitement des dispositifs médicaux. Sinon, les médecins et résidents de notre service sont spécialistes en médecine communautaire et préventive ».

Qu’en est-il de la réglementation en matière d’hygiène hospitalière en Tunisie ?

« Notre arsenal réglementaire n’est certes pas riche mais n’est pas inexistant non plus. Une 1ère circulaire sur la stérilisationavait vu le jour en 2006, reprise en 2013 et sera révisée en 2014-2015. On dispose également de quelques arrêtés spécifiques à la stérilisation. Pour ce qui estde l’arsenal juridique plus ancien, on citera la loi 91 qui règlemente l’organisation des établissements de soins et parle d’asepsie, d’hygiène, de qualité des soins et d’utilisation de matériel de bonne qualité ».

Quels seraient les failles à éviter et les conseils à prodiguer, Pr Dhidah ?

« Nous sommes des êtres humains et faisons un travail au profit de nos patients. J’ai toujours dit que ‘Si je ne traite pas un instrument dans les règles de l’art, je risque d’être opéré par cet instrument’. Pour les soignants dans les services, on n’insistera jamais assez sur l’importance de respecter les opérations préalables, surtout l’étape de la pré-désinfection. Lors de la réception de la boite ou de l’instrument stérile, il faut savoir l’utiliser en respectant l’asepsie. Donc, le facteur humain est très important dans ce circuit et on ne stérilise bien que ce qui est propre.

Les instruments sont nos outils de travail, ils coûtent cher et ils sont stressés par les actes de soin, par la désinfection et par la stérilisation. De ce fait, il faut les respecter et bien en prendre soin pour nous permettre de faire des actes de soins de qualité.

Car ne l’oublions surtout pas : Sans hygiène, on ne pourrait vivre ».

E.K.L

docteur-Lamine-Dahidah-chef-service-hygiene-hopital-Sahloul-Sousse

Pr Lamine Dahidah

chef de service d’hygiène à l’hôpital Sahloul de Sousse

Publicité

Steros-risque-publicite