Zoom sur la transplantation cardiaque en Tunisie avec Pr. Slim Chenik

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« La transplantation cardiaque se fait uniquement après prélèvement chez un donneur cadavérique (chez une personne en état de mort encéphalique) contrairement à tous les autres types de greffes. Cela rend la transplantation cardiaque plus étroitement liée au don d’organes dans son sens le plus altruiste. »

 

Ce sont les mots qu’a choisis Pr Slim Chenik, chef de service de chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital militaire, pour nous introduire à l’activité de greffe du cœur.

« Le prélèvement se fait sur un cœur sain de lésion vasculaire ou valvulaire antérieure et en absence de traumatisme thoracique ou plaie pulmonaire ou cardiaque chez le patient en état de mort encéphalique. Une échographie cardiaque est faite après avoir déclaré l’état de mort encéphalique pour juger de l’état cardiaque et savoir si l’organe est prélevable.

 

Le cœur étant un organe très sensible à l’ischémie résistant de 4 à 6 heures au grand maximum, Il est difficile de l’exposer aux imprévus de transport. En Tunisie, on opte pour le transporter du patient dans le centre où se fera la greffe cardiaque. Les autres chirurgiens viennent prélever foie et rein après le prélèvement du cœur.

 

La transplantation demande deux équipes, la première s’occupe du cœur du donneur. Elle est formée de deux chirurgiens cardio-vasculaires. La deuxième équipe commence quand la première lui donne le feu vert vers la fin de leur acte. La deuxième est aussi formée d’un minimum de deux chirurgiens et a la tâche de prélever le cœur du receveur et de greffer celui du donneur à la place

 

Entre les deux étapes le cœur est placé dans une solution froide de cardioplégie qui nourrit et en même temps de minimise les besoins dans le but de retarder l’ischémie. La transplantation avec ses différentes étapes dure en somme de 5 à 6 heures Il va sans dire que la réussite de cette chirurgie lourde ne passe pas uniquement par le savoir-faire et l’habileté des équipes chirurgicales, c’est une collaboration entre un grand nombre d’intervenants, rappelle Dr. Chenik : l’équipe d’anesthésie-réanimation, les techniciens de bloc, les techniciens de laboratoire, les immunologues, les pharmaciens, la banque du sang, tous et bien d’autres sont mobilisés pour permettre à la greffe d’avoir lieu.

 

La réussite de la greffe, comme l’explique Dr. Chenik, dépend de la qualité du greffon et du stade évolutif de la maladie initiale auquel a été opéré le patient et de l’état pulmonaire du receveur qui est d’une grande importance pour le post-greffe. La prévention des infections sous traitement immunosuppresseur est aussi d’une importance capitale pour passer la phase critique après la chirurgie. Entre autres examens de suivi, des biopsies cardiaques fréquentes sont faites et soigneusement analysées en anapath pour chercher des signes précoces de rejet, ce qui nécessite un changement de stratégie quant au traitement immunosuppresseur.

 

La dernière greffe en Tunisie remonte à septembre 2011. La toute première a été réalisée en janvier 1993. En tout, 17 greffes ont été réalisées.

Beaucoup d’obstacles empêchent l’activité de transplantation cardiaque d’avoir l’essor qu’elle mérite. Pr. Chenik clarifie cela en expliquant que les conditions de ramassage des accidentés, de réanimation des traumatisés dans les services d’urgences sont parmi les facteurs faisant que seulement 20% des patients en état de mort encéphalique sont cardioprélevables en Tunisie.

 

Ensuite vient l’opposition de la famille au don d’organes pour réduire encore plus le nombre de cœurs disponibles. Cela n’est pas sans conséquence sur l’ensemble des étapes de la chaîne de transplantation. L’habileté des chirurgiens et la préparation de l’ensemble de l’équipe soignante à cet acte diminue. L’achat de nouveau matériel high tech pour la greffe se discute.

 

La liste d’attente en Tunisie devient de plus en plus courte
chose particulièrement désolante selon Dr. Chenik. Les cardiologues hésitent à inscrire de nouveaux patients sur la liste car la préparation à la greffe est un processus long et coûteux en soi sans oublier l’impact de cette inscription sur le malade et son entourage. La chance de trouver le bon receveur quand un cœur est disponible est réduite à son tour.

 

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Notre éminent chirurgien conclut en disant qu’une meilleure éducation de la population surtout des plus jeunes sur l’aspect médico-scientifique mais aussi social et humanitaire de la transplantation d’organes, sera un pas sur le bon chemin d’assurer un avenir meilleur au don d’organes dans notre pays.

 

E.X