Tout sur le venin de scorpion

Androctonus australisLe scorpionisme ou pathologie consécutive à l’envenimation scorpionique, est un problème de santé publique à l’échelle mondiale, avec chaque année plus de 1,2 millions de personnes piquées par des scorpions dont 5000 cas entrainent une létalité. Pas de chance, l’Afrique du nord y compris la Tunisie, fait parti des régions à risque en plus du Moyen Orient, de l’Inde et de l’Amérique du sud. En Tunisie, l’incidence annuelle des piqûres de scorpion est de 420 par 100 000 habitants. Les espèces les plus incriminées sont les genres Leiurus et Androctonus de la famille des Buthidae (Ehrenberg, 1828). Cinq espèces sont considérées comme dangereuses pour l’homme particulièrement Androctonus mauritanicus (Pocock, 1902) et surtout Androctonus australis (Linnaeus, 1758) qui est la plus répandue dans la région du Maghreb (Tunisie, Maroc et Algérie). A. australis possède la plus forte toxicité.

En effet, sa dose létale médiane (DL50), qui est un indicateur quantitatif de la toxicité d’une substance, est de 0.32 mg/kg chez les souris. C’est pour cette raison que Androctonus australis a été l’une des premières espèces de scorpions a avoir eut une purification et une caractérisation des neurotoxines de son venin (Miranda et al., 1966). Comme chez les serpents, le venin de scorpion est connu pour avoir variabilité intraspécifique considérable dans sa composition et donc une réponse différente au traitement anti-venin.

 

 

Avec quoi ça pique ?

Chez les scorpions, la vésicule à venin est située à l’extrémité de la queue, qui est elle même prolongée par un aiguillon permettant l’inoculation du venin. De plus, la vésicule à venin contient 2 poches à venin enveloppées aux 2/3 par un muscle qui lorsqu’il se contracte permet l’écoulement du venin dans l’aiguillon (voir figure).

anatomie scorpion

 

 

 

Le venin en lui-même :

Le venin de scorpion sert le plus souvent à paralyser de grandes proies mais aussi à la défense. De plus, le venin de scorpion n’est pas injecté à chaque piqure, l’inoculation est contrôlée par l’animal. Les substances actives dans le venin de scorpion sont des peptides neurotoxiques. Bien que ces peptides ne soient présents qu’en petites quantités (<5% du poids sec du venin), ils sont responsables de presque tous les cas mortels chez les mammifères. La toxicité du venin de A. australis est majoritairement due à trois neurotoxines de faible poids moléculaire qui agissent sur les canaux sodiques voltage-dépendants des cellules excitables (cellules nerveuses et cellules musculaires). Ces toxines appartiennent à 2 groupes structuraux et immunologiques distincts : le groupe I qui contient AahI and AahIII et le groupe II comprenant AahII. Aucune antigénicité croisée n’a été rapportée entre ces deux groupes de toxines. Ces toxines ont été relativement bien caractérisées depuis longtemps, leurs concentrations ont été déterminées, et les variations observées reflètent le polymorphisme des toxines de scorpion à un niveau individuel. Ceci est important parce que ce polymorphisme fonctionnel et antigénique est un problème dans la préparation d’un anti-venin efficace. Les proportions des trois toxines diffèrent dans les différents venins.

À l’heure actuelle, l’immunothérapie passive, qui est basé sur l’administration d’anticorps produits par un animal hyperimmunisé contre le venin, est le traitement le plus utilisé dans le monde contre les envenimations scorpioniques. Cependant, le sérum antivenimeux présente des effets indésirables graves : choc anaphylactique et maladie sérique. En effet, les études pharmacocinétiques des composants du venin ont montré que le
s toxines
diffusent rapidement dans la circulation sanguine et que divers facteurs, tels que la forme des anticorps utilisés, la voie ou le moment de l’administration de la thérapie anti-venin, peuvent limiter l’efficacité clinique de ce traitement.

Ces dernières années, de nouveaux anticorps ont été conçus, avec des propriétés pharmacocinétiques améliorées (plus de stabilité et une pénétration plus rapide dans les tissus), une plus grande affinité de liaison et des effets neutralisants plus élevées. L’utilisation de plus petits fragments d’anticorps recombinants, tels que Fab ou scFv, et plus récemment VHH, a permis d’obtenir une neutralisation plus efficace des toxines de venins de scorpions. En effet, chacun d’eux a montré une efficacité chez des souris envenimées avec une seule toxine. Toutefois, en raison de l’absence d’antigénicité croisée entre les différentes toxines (AahII, AahI et/ou AahIII), le principal inconvénient de ces fragments d’anticorps reste leur incapacité à protéger les souris envenimées avec le venin entier. Depuis 2007, plusieurs études ont utilisé des fragments d’anticorps bispécifiques (scFv en tandem) qui sont capable non seulement de neutraliser les toxines les plus puissantes dans le venin d’Androctonus australis, mais aussi de protéger les souris contre l’empoisonnement expérimentale avec le venin entier.

 

Les effets toxiques du venin

Même si il existe plusieurs espèces de scorpions, il existe une grande homologie des effets toxiques de leur venin qui agit à différents niveaux :

  • Une action cellulaire
    • Une action sur le système nerveux central
    • Une action sur le système cardiovasculaire
    • Une action indirecte au niveau des ganglions sympathiques
    • Une action directe sur le cœur
    • Une action sur le système respiratoire (œdème pulmonaire et troubles respiratoires)

Les gestes de premiers secours en cas de piqûre (Réalisé par le Conseil National de l’Ordre des Médecins en collaboration avec la Direction de Médecine Scolaire et Universitaire – ministère de la santé publique)

  • Calmer la victime, réduire l’agitation
  • La mettre au repos, le mouvement accélère la circulation sanguine et la propagation du venin dans tout le corps
  • Ne pas poser de garrot
  • Refroidir la zone de piqûre (application d’un sac rempli de glace) pour diminuer la douleur et ralentir la circulation
  • Ne mettre aucun produit sur la plaie
  • Transporter le plus rapidement possible la victime vers un centre de soins

 

 

K.L