Pr Elhem Cheour El Kateb fait le tour de la goutte, cette « maladie des rois »

goutte-sante-tunisieLongtemps appelée “ maladie des rois ” parce qu’on pensait qu’elle était le résultat d’une alimentation riche et d’une importante prise d’alcool, la goutte n’est pas que cela. Alors c’est quoi exactement ?

 

Pour éclairer notre lanterne sur cette maladie et sur les différents tenants et aboutissants de cette pathologie, nous nous sommes adressés à Dr Elhem Cheour El Kateb, Professeur en rhumatologie à la Faculté de médecine de Tunis et exerçant au service de Rhumatologie du CHU La Rabta à Tunis.

 

En quoi consiste cette maladie de la goutte ?

 

Dr Elhem Cheour El Kateb : C’est un ensemble de manifestations secondaires à des dépôts d’acide urique dans certains tissus du corps : les articulations, la peau, les reins.

 

La manifestation la plus bruyante et la plus typique est « l’arthrite goutteuse »: Gonflement et douleurs intenses d’une ou plusieurs articulations. La goutte se développe chez une personne dont le taux d’acide urique dans le sang s’élève à des taux qui dépassent le seuil normal. Mais ce n’est pas une condition suffisante.

 

La goutte n’est pas rare. Sa fréquence a été multipliée par deux au cours des vingt dernières années.

 

Non traitée, elle peut conduire à la destruction des articulations et certains autres problèmes graves de santé. Il est important de prendre des mesures pour y remédier.

 

Qui touche-t-elle le plus ?

L’acide urique existe naturellement dans le corps humain et dans certains aliments. Certaines personnes ont une quantité importante de cette acide parce qu’ils en produisent en excès et cet excès de production est génétiquement déterminé. D’autres en produisent en quantité normale mais le rein, filtre du sang, peut en filtrer insuffisamment, et de ce fait, être à l’origine d’une élévation de l’uricémie. Dans l’un ou l’autre cas, ce taux élevé d’acide, au-delà des normes, peut occasionner des problèmes.

Plus l’uricémie est élevée plus le risque de développer une goutte est important.

 

Y-a-t-il des facteurs prédisposant en rapport avec le mode de vie ou le terrain génétique ?

 

Il y a une différence entre les causes (facteurs de risques) de la goutte et le facteur déclenchant immédiat de la crise articulaire.

Des facteurs de risque élevé associés à la goutte existent, on en cite :

 

  • Nos gènes: Si on a une histoire familiale de goutte, on a plus de risque de développer la maladie.
  • Les maladies ou perturbations associés: Taux élevé de cholestérol dans le sang, une hypertension artérielle, un diabète… élèvent le risque
  • Certains médicaments: Effets secondaires des diurétiques (médicaments qui augmentent la quantité d’urine et notamment utilisés en cas d’hypertension artérielle) ou certains, utilisés pour éviter les rejets de greffe.
  • Le sexe et l’âge: En l’absence d’autres facteurs de risques, la femme ne fait pas de goutte avant la ménopause.
  • L’alimentation: viandes rouges, les crustacés…
  • Certaines boissons: Alcool, bière, sodas sucrés
  • Le poids du corps: Le surpoids et l’obésité sont un important facteur de risque.

 

Quels en sont les signes cliniques ?

 

L’hyperuricémie peut (pas toujours donc) occasi
onner une crise aiguë de goutte causant une rougeur articulaire, un gonflement et des douleurs articulaires sévères (permanentes, insomniantes)…

 

La 1ère crise de goutte affecte souvent une seule articulation du membre inférieur (dans 50% des cas le gros orteil). La crise est typiquement nocturne, l’intensité de la douleur réveillant le malade. L’accès est rapidement résolutif ne laissant aucune trace. Mais, sans prise en charge adéquate, elle va se répéter dans le temps pour devenir plus fréquente, plus prolongée, voire permanente et toucher d’autres articulations des quatre membres. Des destructions articulaires vont s’installer limitant la mobilité. Elle s’étend à d’autres structures, la peau avec des nodules cutanés spécifiques et le rein, occasionnant des calculs rénaux et altérant sa fonction.

 

Il est important de consulter un médecin et de suivre le traitement prescrit et les conseils d’hygiène de vie indiqués en vue de prévenir les récidives et le passage à la forme chronique.

 

Comment en confirme-t-on le diagnostic ?

 

Le diagnostic est orienté par l’interrogatoire (questions posées par le médecin au malade) et l’examen clinique. Il est appuyé par les analyses de sang (dosage de l’uricémie).

 

La goutte peut-elle se compliquer et devenir invalidante ?

 

Au stade final, la goutte chronique est installée après des années de la 1ère crise. Celle-ci est répétée, plus fréquente et plus durable. Des destructions articulaires vont s’installer limitant la mobilité. Elle s’étend à d’autres structures, la peau avec des nodules cutanés spécifiques et le rein, occasionnant des calculs rénaux et altérant la fonction de filtration.

 

Comment la traiter et comment prévenir la récidive ?

 

Deux volets dans la prise en charge thérapeutique : Une hygiène de vie et un traitement.

  • Hygiène de vie quotidienne

Adopter une hygiène de vie quotidienne saine et y adhérer est essentiel. Ce n’est pas difficile.

 

Il faut éviter les facteurs de risque contrôlables : Au mieux éviter les sodas sinon en réduire les apports… ; réduire les aliments riche en apport d’acide urique (crustacés…), consommer des produits sains, boire plus d’eau

 

  • Lutter contre la goutte en consommant plus de ces aliments et de boissons saines:
    • Le lait écrémé
    • Produits laitiers faibles en matières grasses
    • protéines végétales (noix et les légumineuses)
    • dérivés de grains entiers
    • Les huiles végétales (olive, tournesol)
    • Tous les légumes
    • Des fruits (les moins sucrés)

 

ainsi qu’une :

  • bonne hydratation et
  • une activité physique régulière.

 

  • Lutter contre la goutte en limitant ou en évitant ces aliments et boissons:
    • viandes rouges et abats (foie, langue et ris de veau)
    • boissons sucrées
    • consommation excessive d’alcool
    • glucides raffinés (pain blanc, pommes de terre, les pâtes et les sucreries)

 

  • La réduction du poids du corps occupe une place importante dans la gestion de la goutte. Elle permet de réduire l’uricémie mais aussi de réduire le risque cardiaque et cérébral.

 

  • Traitement médical

Il y a deux volets dans ce traitement :

  • Des médicaments temporaires pour agir à court terme sur la douleur de la crise articulaire de goutte.
  • Un traitement quotidien pris régulièrement, vise le long terme en réduisant l’uricémie en vue de prévenir de nouvelles crises et en prévenant le passage à la forme chronique.

 

Propos recueillis par

Amna Khalfaoui