Les conseils du Pr Mohamed Salah Ben Ammar pour promouvoir le don des organes

greffe d organe-sante-tunisiConcernant le fonctionnement, les difficultés rencontrées, les aspects généraux des conditions et des différentes étapes de dons et de prélèvement, nous avons rencontré le Pr Mohamed Salah Ben Ammar, spécialiste en anesthésie-réanimation, directeur général de la Santé au ministère de la Santé, membre du Comité national d’éthique médicale et désigné, il y a un ans par Mme Irina Bokova, la directrice générale de l’UNESCO, comme membre du Comité International de bioéthique, et auteur du célèbre livre «Islam et greffe d’organes »

 

Notre interlocuteur a commencé par un exposé des grandes lignes et des conditions générales du don d’organes en précisant qu’il existe deux grandes orientations dans le monde en la matière : le donneur cadavérique option exclusive prônée par des pays comme la France et l’Espagne où tous ceux qui y vivent sont considérés comme des donneurs potentiels puisque les deux types de consentement, implicite et explicite sont acceptés, et celui vivant, une piste suivie par les pays du Sud dont notamment ceux du Moyen-Orient sans oublier qu’il y a une troisième voie, celle adoptée par les pays scandinaves, un système basé sur les deux choix.

Dans ces pays, il y a des organisations qui gèrent le don des organes et des organismes garantissant la transparence, la validité, la qualité et la répartition équitable des organes grâce à des paramètres publics préétablis.

 

En Tunisie, ajoute Pr Ben Ammar, la première greffe, celle d’un rein, eut lieu en 1986 pour faire face à la pression du nombre des malades dialysés. Et pour légiférer, on a voulu imiter le modèle français (cadavérique), une piste qui ne correspond point à nos réalités dans la mesure où cela nous a conduits à un système bâtard tout en restreignant au maximum la possibilité du donneur vivant et en fonctionnant selon la formule du consentement explicite.

Pourtant, insiste Pr Ben Ammar, avec la mise en place du Centre national de prélèvement et de transplantation d’organes (CNPTO), les règles de fonctionnement peuvent être considérées comme étant au top, mais malgré cela le système ne marche pas comme il se doit pour certaines considérations longues à expliquer et qu’on peut imputer à la politisation et à la méfiance.

 

Je reste persuadé, affirme notre interlocuteur, qu’il est temps de repartir sur les acquis déjà existant puisque nous disposons déjà de textes législatifs plus que valables répondant même aux normes internationales.

Ainsi, nous sommes en mesure de développer le « donneur vivant » et encourager le « don cadavérique », ce qui nous amènerait à atteindre le système scandinave qui serait l’idéal avec 50% pour chaque mode.

 

Pour aboutir à une amélioration de la situation en matière de dons, Pr Mohamed Salah Ben Ammar fait un certain nombre de propositions dont notamment :

  • commencer par l’amélioration de la qualité de la prise en charge
  • ne pas trop axer sur la communication qui devrait passer au 2ème, voire 3ème plan
  • segmenter les cibles tout en tenant un discours selon les catégories auxquelles il est adressé
  • opter pour le consentement éclairé, total et révocable
  • assurer une transparence dans la répartition et respecter les priorités médicales existantes sur les listes d’attente
  • veiller à la qualité des organes
  • renforcer les comités de validation des dons
  • restaurer la confiance dans l’organisme régulateur, d’un côté, et entre le receveur et le donneur, de l’autre
  • éviter certains pièges dont celui de l’exploitation des plus faibles (enfants, femmes, etc.)
  • respecter le principe sacro-saint de la non patrimonialité des organes, autrement dit, ils ne peuvent, aucunement, faire l’objet d’une transaction, camouflée ou déclarée.

 

Pour conclure, Pr Ben Ammar, qui met l’accent sur la meilleure qualité du donneur vivant que celui cadavérique, lance un appel à faire don de ses organes en avançant quelques chiffres significatifs et révélateurs : un seul donneur peut faire bénéficier de ses organes à 56 personnes ! Et 10 mille personnes dialysées coûtent 4 fois le budget du Centre hospitalo-universitaire de Charles Nicolle !

Alors qu’attend-on pour restaurer cette fameuse et précieuse confiance, une des conditions sine qua non pour promouvoir les dons et sauver le plus grand nombre de vies humaines ?!

 

Entretien conduit par

Noureddine HLAOUI et E.K.L

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Pr Mohamed Salah Ben Ammar

Spécialiste en anesthésie-réanimation

Directeur général de la Santé au ministère de la Santé Membre du Comité national d’éthique médicale

Membre du Comité International de bioéthique