Le virus du Nil occidental : faut-il s’en inquiéter ?

West-Nile-virus-sante-tunisie-virologie-bacteriologie-epidemieLe virus du Nil occidental (VNO) a touché 32 Tunisiens vivant dans différents gouvernorats. Le même virus a été la cause de trois cas de décès. La propagation est due aux piqures des moustiques. Les Tunisiens devraient-ils avoir peur ?

 

Selon un communiqué de presse rendu public par le ministère de la Santé, le VNO, a touché 11 personnes à Gabès et 11 autres à Kébili. Ces deux mêmes régions ont enregistré le décès de deux vieilles personnes qui ont été touchées par le VNO. A Monastir, l’on a enregistré 6 cas, traités sans complications. À Jendouba, on a enregistré 2 cas. Un quinquagénaire souffrant déjà d’insuffisance respiratoire aurait également trouvé la mort suite à sa contamination par ce virus. Un cas à Mahdia et un autre à Bizerte ont été enregistrés et tous les deux ont été traités avec succès.

 

Le premier cas confirmé fut détecté à Monastir le 17 juillet dernier. Les autres cas précités furent détectés entre septembre et octobre. Certes, il ne s’agit pas d’une première ! Le virus du Nil occidental transmissible à l’homme par les insectes, a fait sa première apparition en Tunisie en 1997 et depuis un nombre important de contaminations et quelques cas de décès ont été enregistrés. Toutefois, après la déclaration des derniers chiffres, une grande peur s’est emparée de la population tunisienne. Lorsqu’un moustique s’aventure à planer à proximité, les gens semblent subitement pris par une sorte de « psychose ». Cette peur est-elle justifiée ?  

 

L’Observatoire National des Maladies émergentes et ré-émergentes rassure

 

Contacté par Santé-tn, le Dr Souha Bougatef, de l’Observatoire National des maladies émergentes et ré-émergentes a eu l’amabilité de répondre à ce propos. « De prime abord, je dois rappeler que le virus du Nil Occidental a connu deux épisodes épidémiques en Tunisie.

 

Le premier a eu lieu en 1997 où l’on a enregistré 129 cas de contaminations et 8 décès. Le second a eu lieu en 2003 avec l’enregistrement de 108 cas de contamination et 3 décès. Depuis et par mesures de précautions et de prévention, le ministère de la Santé a pensé à un système de surveillance qui a été mis en place depuis 2010. Et ce, étant donné qu’on a constaté une circulation intensive du VNO autour du bassin méditerranéen. De fait, en 2012, il y a eu 224 cas de contamination en Europe et 4725 cas aux USA. Suite à cette intensification notée dans le porteur méditerranéen, notamment en Grèce, en Roumanie, mais aussi en Russie, à Palestine et en Israël, le système de surveillance active de tous les cas de méningites lymphocytaires a été mis en œuvre. Et ce, du premier avril jusqu’à la fin d’octobre.

 

Qu’est-ce que le système de surveillance ?

 

Toutes les personnes présentant une méningite sont automatiquement soumises à des tests sanguins afin de chercher les éventuelles traces de ce virus dans le sang. Depuis l’enregistrement du premier cas, des mesures de lutte vectorielle ont été mises en place. Il s’agit d’un repérage systématique des gites larvaires ou/et de moustiques pouvant être présents autour du domicile du cas détecté.À chaque fois qu’une personne est reconnue comme porteuse du virus, l’on traite le lieu où elle a été « piquée ». D’ailleurs le traitement des moustiques est l’unique moyen d’arrêter la prolifération tant la contamination est due aux piqures des moustiques ».

 

Quels sont les symptômes du VNO ?

 

« Une fois piquée par un moustique porteur du VNO, le virus est transmis au sujet piqué. Dans 80% des cas, la contamination passera inaperçue car asymptomatique. Si justement, le sujet ne présente aucun symptôme, il n’aura besoin d’aucun traitement car la guérison sera spontanée.

 

Dans 20% des cas, en revanche, le sujet contaminé présentera des signes bénins ressemblant à ceux de la grippe, (une fièvre plus ou moins légère, des céphalées, etc.). Dans ce cas, le traitement sera symptomatique, c’est-à-dire qu’on va traiter la fièvre, les maux de tête avec le traitement adéquat à ce genre de maux.

 

C’est seulement dans 1% des cas que le sujet peut présenter des signes graves notamment de méningites ou de de méningo-encéphalite (maux de tête aigus, raideur de la nuque et des muscles, difficulté à supporter la lumière, etc.). La prise en charge est dans ce cas plus rigoureuse. Mais il faut dire qu’il n’existe pas de traitement spécifique contre le VNO, il n’existe pas de vaccin non plus. Le traitement dans ce cas est sous forme d’antiviraux. Mais il est très probable également que le sujet guérisse spontanément même s’il présente des signes plutôt graves. Nonobstant, ceux qui doivent se montrer plus vigilants que les autres sont les personnes âgées, celles diabétiques, souffrantes de maladies cardiovasculaires et celles souffrantes d’immunodéficience.

 

Comment se protéger ?

 

Le risque de contamination d’homme à homme ne se présente pas. Les seuls cas de transmissions enregistrés dans ce sens, ont eu lieu aux Etats Unis lors d’une transfusion de sang ou de greffe. Et ce, seulement lorsque le donateur a été récemment piqué et que le virus existe encore dans son sang. Il existe aussi un risque de contamination placentaire de la maman vers son fœtus.

 

Mais l’on doit dire que la durée de virémie (existence du virus dans le sang) est vraiment très réduite. Initialement, c’est l’oiseau migratoire qui porte ce virus. Mais l’homme n’est pas un vecteur de multiplication. La prolifération du virus ne peut avoir lieu que si on a été piqué par un moustique contaminé. Les moustiques vivent dans les milieux chauds et humides. C’est durant la saison chaude avec des pluies occasionnelles et la stagnation d’eau que le risque de prolifération des moustiques et donc de la contagion grandit. Ces conditions n’existent plus étant donné que la température a chuté. Cependant, il faut se montrer vigilant et faire en sorte de se débarrasser de toute sorte de déchets ainsi que des eaux stagnantes. C’est dans les ordures et les eaux mortes que ces moustiques élisent domicile et se multiplient.

 

Je tiens donc à rassurer les Tunisiens, le pire est derrière nous ! Il ne faut pas paniquer aux moindres signes grippaux, c’est la saison de la grippe ! De plus, la guérison sera spontanée et on ne traite que les symptômes. En revanche, on doit consulter systématiquement lorsqu’on remarque de grandes céphalées accompagnées de raideur des muscles, de la nuque… Le sujet sera soumis d’office à des tests sanguins. Si les examens s’avèrent positifs, il sera traité avec des antiviraux et sera sous surveillance dans les services spécialisés. Mais il n’y a pas de raison pour s’affoler ! Le seul moyen de lutter contre ce virus, est une bonne hygiène de vie dans les domiciles et tout autour ». 

 

 

Bibi Chaouachi