LE SAMU 03, tout a commencé par une idée…

SAMU-sousse-03-tunisie-medecine-urgence-ambulanceGalien disait «… que les médecins aient toujours sous la main leurs appareils et leur trousse pour les soins à donner d’urgence » En effet, le concept de la médecine d’urgence existe depuis des siècles puis il a évolué pour donner naissance, au cours des dernières décennies en France et dans d’autres pays développés, au service d’aide médicale d’urgence, plus connu sous son acronyme « SAMU ».

L’un des pionniers du SAMU en Tunisie, le Pr Mohamed Najib Karoui, professeur agrégé en médecine d’urgence, nous a bien éclairé sur ce sujet en nous faisant part  d’enrichissants détails dont nous présentons ci-dessous quelques  extraits :

 

Quand avez vous lancé le S.A.M.U de Sousse et quelles régions couvre-t-il ?

« Le SAMU de Sousse est l’aboutissement d’un rêve, une aventure à laquelle peu de gens croyaient. Ce rêve est né à Garches en France au début des années 90s, où je faisais mes premiers pas dans le domaine de la médecine d’urgence. Emerveillé par ce que je vivais, ce que j’apprenais, par cette culture de l’urgence, une question s’est imposée à moi avec insistance: Pourquoi est-ce que EUX pourraient et que NOUS ne pourrions pas?!!!  Je me suis alors posé un défi: Yes we can!!! (Bien avant Obama).

De retour chez moi en 1993, J’ai proposé au ministre de la santé de l’époque, la création d’un SAMU dans le centre-est. Il a tout de suite été convaincu et j’ai instantanément initié les préparatifs.

Et c’est ainsi que le 15 Mars 1994, entouré d’une formidable équipe de médecins, paramédicaux et chauffeurs-ambulanciers que j’ai eu la grande chance de pouvoir former et même d’en envoyer plusieurs en stage au SAMU 93 (Bobigny, Seine-St-Denis), nous avons reçu notre premier appel sur le 190 ainsi que notre première intervention.

Aujourd’hui, il s’agit du SAMU du centre-est et dont la régulation se trouve à Sousse et plus précisément au CHU Sahloul, Il couvrait au début les gouvernorats de Sousse et Monastir, suivis ensuite par Mahdia et plus tard par Kairouan ».

 

Quel est le rôle du site internet du SAMU 03 ? (www.samu03.org)

« Il s’agit d’un site amateur créée par un de nos assistants au SAMU 03, hébergé gratuitement quelque part et non mis à jour en raison du départ à l’étranger de son administrateur. Malgré l’existence au sein du ministère de la santé de tout un centre informatique, nous n’en voyons malheureusement pas les empreintes sur ce domaine ».

 

Combien de SAMU et de SMUR sont présents en Tunisie ? Qui organise et collabore leur travail ?  Fonctionnent-ils tous de la même manière ?

« Actuellement, il existe 6 SAMU en Tunisie : Nord ,régulé à Tunis et couvrant le grand Tunis ainsi que Bizerte et Nabeul, Centre-est, Sfax-Sidi Bouzid, Sud-est à Gabès régulant également « théoriquement » Medenine, Tataouine et Kebili qui n’ont pas encore de SMUR, le Sud-ouest régulé à Gafsa et couvrant également Kasserine et Tozeur, le Nord-ouest à Jendouba qui régulera aussi dans le futur les SMUR de Béjà, El Kef et Siliana et finalement Zaghouan qui est encore « en ballotage » entre SAMU 01 et SAMU 03. Il y a au jour d’aujourd’hui 18 SMUR régulés par ces SAMU sur l’ensemble du territoire.

Il y a certaines différences dans le fonctionnement des SAMU et des SMUR dépendant des réalités locales, de certaines « habitudes » acquises, des réseaux mis en place  etc…

L’organisation se fait au niveau de chaque SAMU et ils sont supervisés par la sous-direction des urgences au sein de la direction générale de la santé ».

 

Comment le SAMU de Sousse organise-t-il les secours ?

« Nous sommes organisés au quotidien selon le schéma classique d’une salle médicale de réception et de régulation des appels « santé ».

Selon  l’état décrit par l’appelant au médecin régulateur, celui-ci peut décider si la situation requiert un simple conseil, une visite médicale d’un médecin de libre-pratique, un simple transport par une ambulance de catégorie B (secouriste, indifféremment protection civile ou privé), ou, pour les cas jugés plus sérieux, l’intervention d’un moyen SMUR (ambulance de réanimation ou véhicule léger médicalisé).

Nous étions au début bien équipés en moyens radio, mais avec le temps l’équipement s’est dégradé et nous ne communiquons aujourd’hui plus par radio. Les hôpitaux ont une convention avec l’ONT (Office Nationale de Télédiffusion) pour la gestion des moyens radio de leurs SMUR, mais la situation s’est dégradée probablement par une « inaction combinée » entre non-payement des frais de la convention d’une part et une baisse générale dans la performance des services de l’ONT. Et je ne parle pas ici de ce qui aurait, au contraire, dû évoluer depuis 20 ans dans nos moyens de communications dans le sens du numérique qui nous aurait permis de transmettre des données à l’hôpital de réception du patient, une supervision directe vidéo par la régulation etc … ».

 

De combien d’ambulances dispose le S.A.M.U 03 ? Sont-elles bien équipées ?

« Nous disposons actuellement au SMUR du CHU Sahloul de 4 ambulances de réanimation (AR) parfaitement bien équipées, d’un véhicule léger médicalisé également équipé, et d’une ambulance de catégorie B (ambulances de transport allongé simple, sans grand équipement à part le chariot brancard, l’oxygène et le matériel d’immobilisation) ». Le SMUR Hached dispose de 2 AR, Monastir 2 AR, Mahdia 2 AR et Kairouan 2 AR). Mais la dotation en personnel ne permet pas aux SMUR d’aligner plus d’un moyen à la fois, à l’exception du SMUR Sahloul qui peut en engager 2. Dans les situations d’exception toutefois, le rappel de personnel permettra au SMUR Sahloul d’utiliser tous ses moyens.

 

Quelles sont les problématiques que vous rencontrez tous les jours et les insuffisances sur lesquelles il faudra se pencher ? Quelles solutions pouvez vous proposez pour dépasser ces obstacles ?

« Nous avons en premier lieu, le problème des « appels malveillants »! En raison de la gratuité de l’appel au 190, nous avons TROP d’appels pour insultes et pour proférer des grossièretés, ce qui retentit négativement sur le rendement des permanenciers et leur vigilance et altère, derrière, le système de secours.

Nous sommes également confrontés à la compréhension erronée des citoyens et même de professionnels quant au rôle vrai du SAMU en tant qu’écoute médicale, pensant qu’il s’agit d’un libre-service d’ambulances à la demande. Nos équipes ne sont, non plus, pas à l’abri d’agression sur les voies publiques et dans les domiciles.

En matière d’organisation des secours, il est impératif que les acteurs principaux, à savoir la santé et l’intérieur via la Protection Civile accordent leurs doctrines et se mettent d’accord sur le rôle de chacun. Le SAMU est destiné à assurer l’assistance médicale et la protection civile doit se charger du prompt secours.

Il faut également parfaitement se rendre à l’évidence que lorsqu’on ne s’entraîne pas collectivement à affronter les situations d’exception, par définition rares, on n’y fera pas face convenablement le jour où elles surviennent. Et c’est pour ça que chaque acteur soit sortir de son individualisme, et qu’un programme de simulations/mises en situation doit être établi annuellement. Et surtout suivi de debriefings (la chose la plus importante) honnêtes et francs. L’objectif n’étant pas de se lancer les balles des insuffisances, mais justement de les détecter et les corriger, pour être prêts le jour J. Personne n’est né parfait. Mais le ridicule est quand on veut le faire croire, au péril de vies humaines lors des situations de catastrophes réelles. ».

 

Qu’en est-il du transport aérien en milieu civil ?

« C’est de l’histoire ancienne les transports aériens pendant la campagne estivale « vacances-sécurité » ! L’ancien président avait alors décidé de « distribuer » 5 hélicoptères militaires sur  le territoire afin de procéder aux évacuations sanitaires aériennes des blessés et patients graves vers les CHU de Tunis et de la côte. Mais cette mesure est demeurée stérile et a disparu carrément au bout de quelques années.

Pour réaliser un transport aérien il est hautement recommandé d’avoir reçu une formation minimale sur les conditions de l’altitude et les contraintes des aéronefs, en particulier la pression et les cavités closes ou semi-closes, l’hypoxie, l’exigüité, le bruit des vibrations empêchant certains examens, l’autonomie en oxygène et en énergie pour les appareils médicaux, les accélérations et décélérations  etc…

Il y a du matériel qui doit également s’adapter au transport aérien essentiellement en cabine pressurisée, comme par exemple les respirateurs lorsqu’on ne dispose pas d’oxygène délivré sous forte pression. Et généralement sur les avions de ligne tout matériel doit être homologué aéronautique.

Pour l’oxygène, celui qu’on utilise dans nos ambulances peut être embarqué sur les aéronefs militaires moyennant une petite diminution de la pression. Mais sur les avions commerciaux, il faut impérativement embarquer de l’oxygène dans un conditionnement homologué aéronautique qui coûte excessivement cher et n’existe pas en Tunisie ».

 

Comment procède-t-on en cas de nécessité de transport aérien ?

« A l’état actuel, il n’y a pas de système d’evasan (évacuation sanitaire) aérienne en Tunisie. Il peut y avoir recours aux moyens de l’armée ponctuellement, soit un hélicoptère ou un avion. Il n’y a pas de moyen civil hormis les hélicoptères d’une société privée qui restent excessivement chers.

Dans tous les cas, une évacuation aérienne ne pourrait se justifier qu’à partir du sud au-delà de Gabès vers Tunis, pour des cas très sérieux et urgents. Ou alors par hélico du grand désert (inaccessible autrement) vers une structure médicale adaptée ou la plus proche ».

 

N’y a-t-il pas un moyen de relancer l’histoire du transport aérien vu tous les avantages qu’un tel volet de sauvetage présente?

« En réalité, comme avancé plus haut, il n’y a pas d’avantage évident à part au grand sud (disons au sud de Medenine) et dans quelques régions du nord-ouest  difficiles d’accès et quelque peu isolées. Ce sont des cas trop rares pour leur consacrer des moyens dédiés dans la situation économique de notre pays. Mais on pourrait imaginer la possibilité de mettre en place un système de déclenchement des moyens militaires, à condition de créer de vraies filières: Des partena
riats entre hôpitaux de l’intérieur et CHU receveurs, des procédures de déclenchement, un tiers-payant… et, le plus difficile, des citoyens compréhensifs. Car, il faut aussi connaître la réalité, à partir du moment où ce système se met en place, alors de nombreux citoyens vont le revendiquer à tout-va pour leurs parents malades, à tort ou à raison. Et alors vous imaginez comment ça peut évoluer… D’où le dilemme ! ».

 

B.H.S

 

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Pr Mohamed Najib Karoui

Professeur agrégé en médecine d’urgence

Chef de service du SAMU 03

Sousse