Le médecin de famille : Compétence, disponibilité, sens de l’humanisme et des responsabilités

Dans les années 50 et jusqu’à la fin des années 70, les Tunisiens se rendaient, souvent, chez les médecins généralistes dès qu’ils avaient mal quelque part et ne consultaient, directement, un spécialiste que dans les cas extrêmes. C’était donc le généraliste qui, lorsqu’il se sentait dépassé, prenait la décision d’orienter son patient, recommandation écrite à la main, à voir un spécialiste qu’il choisissait nommément.

 

Mais depuis, les habitudes ont changé et les patients prenaient la décision, d’eux-mêmes, d’aller voir un spécialiste selon les maux dont ils souffrent. Et du coup, les cabinets des généralistes commençaient à se vider, notamment à Tunis et dans les grandes villes. D’où la crainte quant à une éventuelle « mort » de cette « spécialité » de la médecine générale.

 

Mais voyons d’abord ce qu’est sensé faire un médecin de famille qui assure la médecine de première ligne. Ainsi, il est appelé à avoir d’innombrables qualités que son collègue, spécialiste, n’en a pas ou n’est pas obligé d’en avoir.

 

Parmi ces qualités, un bon médecin de famille doit avoir de la compétence, du sens de l’humanisme et de celui des responsabilités sans oublier la disponibilité et la flexibilité. Il est appelé, également, à être capable d’exercer dans un cadre interdisciplinaire avec d’autres professionnels de la santé dont notamment les psychologues, les travailleurs sociaux et les infirmières.

 

A mentionner, par ailleurs, qu’en ayant recours au même médecin, les membres d’une même famille finissent par tisser des liens de confiance et d’intimité avec lui. En effet, c’est le médecin de famille qui les soigne et, même, les écoute pour bien comprendre ce qui leur arrive.

 

Pour certains maux, assure Dr Béchir Gueddana, médecin généraliste, ils peuvent être, parfois, expliqués rien qu’en ayant une conversation avec le patient. C’est ainsi, comme sus mentionné, une véritable relation de confidences et de confiance i s’installe entre les deux parties

 

« Dans un premier temps, ajoute notre interlocuteur, le rôle du médecin généraliste est tout d’abord de contrôler l’état de santé de ses patients ; il mesure les courbes principales du corps, en l’occurrence, le pouls, la tension et le rythme de respiration avant d’établir un diagnostic de base.

En poursuivant ce diagnostic, il approfondit les auscultations de manière plus ciblée en fonction des gènes ou des douleurs que lui aura décrites le patient auparavant. Le rôle du médecin généraliste est aussi de conseiller à ses patients, des examens complémentaires, jugés nécessaires ».

 

Il est à noter, par ailleurs, qu’en Tunisie, à l’origine de la réforme de l’assurance maladie, il était question de faire du médecin de famille un élément axial dans la maîtrise des coûts de santé. Une réforme du système de santé était programmée afin d’obtenir une meilleure préparation du médecin généraliste dans son rôle de médecin de famille.

 

Or il s’est avéré que dans la filière des soins dite de « médecine de famille ou du tiers payant », le médecin de famille peut être autre chose qu’un médecin généraliste. Ce n’est pas tout à fait le rôle d’un spécialiste qui est par définition un médecin de deuxième ligne.

 

Dr Zied Bellamine Bellamine, médecin généraliste aussi, estime qu’au départ, l’idée était de remettre aux normes internationales les études de médecine qui nécessitent partout une formation de 8 ans. Il fallait rajouter une année. Il faut également revoir les toutes les études médicales pour plus d’efficience. « Le médecin de famille est la base de la médecine qui veut maîtriser les coûts, affirme t-il en substance. En Tunisie il y a eu deux grands chantiers : la réforme des études médicales et la réforme de l’assurance maladie. Maintenant il faut un 3ème chantier, à savoir celui de la réforme du système de santé qui doit atteindre ses objectifs».

 

Ce système doit tenir compte des trois niveaux de la prise en charge médicale des patients, c’est-à-dire un passage cohérent par la première ligne (médecins de famille), ensuite la 2ème ligne représentée par les médecins spécialistes e
t, enfin, la 3ème ligne,  celle des médecins universitaires.

 

En même temps le système de santé doit constituer un lien entre les deux systèmes actuels : public et privé. Il faut un comité de réflexion à ce sujet. On craint que cette année supplémentaire soit une année bidon, pendant laquelle on va payer des gens qui auraient choisis des stages très peu prenants pour préparer le concours de résidanat.

Or, avec une réforme du système de santé, toutes les craintes seront dissipées. En médecine de famille on va craindre deux biais : la rétention de malade et la démotivation.

 

La formation des futurs médecins de famille devrait se faire dans les cabinets et dans les cliniques privés et il faut apprendre aux jeunes médecins comment réfléchir devant un malade, comment soigner au quotidien. Dans le système public on ne peut aller voir un médecin spécialiste que muni d’une lettre de liaison, alors pourquoi ne pas appliquer le même système dans le privé.

 

Pour sa part, le Syndicat Tunisien des Médecins libéraux, conscient de l’importance stratégique de la médecine de famille pour la santé des Tunisiens, et la place que doit occuper cette discipline dans le système de santé du pays. Il a œuvré tout au long de la construction de l’édifice de l’assurance maladie, à redéfinir la médecine de famille, baliser son champs d’action, et ce en négociant dur avec la CNAM

 

Le médecin de famille se trouve à la porte d’entrée du système de santé, il est responsable des soins continus et globaux, soigne les individus dans le contexte de leurs familles leurs environnement et leurs cultures .prodigue des soins palliatifs s’occupe de la prévention de la maladie et la promotion de la santé.

La formation du médecin de famille n’a pas pour unique objectif l’acte médical, mais le service médical qui doit aller plus loin que le rapport médecin malade pour englober la famille et la communauté.

 

A rappeler qu’en 2008, un groupe inter facultaire en collaboration avec l’Organisme Mondiale de la Santé (OMS) avait été crée pour promouvoir la médecine de famille en Tunisie et avait établi un cadre pour son développement.

Les futurs médecins de famille doivent recevoir une formation universitaire de 3ème cycle et une formation continue orientée vers les différents champs et compétences que doit acquérir un médecin de famille.

 

Cette formation doit prévoir, outre les deux cycles de l’enseignement médical, un 3ème cycle de spécialisation de deux années en médecine de famille, estime encore le SMLT.

 

M.B.H