« Le diabète n’abandonnera jamais, nous non plus »

En avançant cet adage, Dr Nejib Ben Abdallah, professeur au service d’endocrinologie et diabétologie à l’hôpital Charles Nicolle et Président de l’Amicale des Diabétologues de Tunisie, souligne l’importance de faire face fermement et de ne jamais baisser les bras face au diabète. Cette maladie qui, une fois en place, ne cessera d’avancer, cumulant sur sa route complications multiples et problèmes psychosociaux non négligeables.

Près de 390 millions de diabétiques vivent dans le Monde, dont la moitié ignore qu’ils sont diabétiques ! Un nombre en constante augmentation.Pour améliorer la sensibilisation du grand public face à ce fléau, l’IDF (International Diabetes Federation) a créé en 1992 la journée mondiale du diabète, célébrée le 14 novembre de chaque année.

« Un évènement qui représente le symbole d’une mobilisation collective, rapporte Dr Ben Abdallah. L’Amicale des Diabétologues de Tunisie (ADT), fondée en 2012 et à travers son institution « La Maison du Diabète de Tunis », s’est donnée pour mission de lutter contre cette maladie en adoptant des objectifs rigoureux  qui visent à prévenir le diabète et ses complications et à améliorer la prise en charge du diabétique en Tunisie. Une stratégie qui suppose l’implication de plusieurs intervenants dont l’ADT considérée comme l’organe régulateur et effecteur.

En effet, optimiser et améliorer la prise en charge du diabétique fait partie intégrante des recommandations de l’American Diabetes Association (ADA) et celles de l’European Association for the Study of Diabetes (EASD) qui sont revisitées chaque année sachant qu’on insiste de plus en plus sur une prise en charge personnalisée des patients.

De 2014 à 2016, la Fédération Internationale du Diabète « IDF » a choisi la thématique d’une vie saine « Healthy eating and Diabetes » comme thème principal de la Journée Mondiale du Diabète. En 2015, l’accent est particulièrement mis sur l’adoption d’une alimentation équilibrée car, ce n’est plus un secret pour personne, la suralimentation représente l’une des causes majeures des maladies métaboliques (diabète) et cardiovasculaires, comme diraient les Anglo-Saxons « How much you eat may predict how long you live ». Nul doute qu’une alimentation équilibrée  commence indiscutablement par un petit déjeuner sain, le « healthy breakfast ».

Le « Healthy Breakfast » comporterait idéalement un verre de lait demi-écrémé, du café sans sucre ou avec un édulcorant, au maximum1/4 de baguette de pain complet, du fromage blanc ou de la ricotta, des rondelles de tomate ou de la laitue et un fruit (pomme). Pour diversifier, vous pouvez prendre un yaourt nature avec un thé infusion, deux cuillères à soupe de poudre de Bsissa (mets traditionnel maghrébin) sans sucre et préparée avec deux cuillères à soupe d’huile d’olive et une orange.

Dans ce contexte, Dr Ben Abdallah a précisé que « contrairement aux anciennes méthodes d’interdits alimentaires trop souvent rigides et sévères et qui peuvent carrément entraver la croissance des enfants et des adolescents, la stratégie actuelle repose sur l’autorisation d’une alimentation variée mais modérée en évitant les sucres d’absorption rapide.

Par ailleurs, le patient diabétique ne doit pas ménager ses efforts pour faire de l’activité physique. On conseille toujours aux adultes et aux personnes âgées de faire de la marche, ne serait-ce que pendant vingt à trente minutes par jour et à chaque fois que l’occasion se présente. « L’essentiel c’est de bouger ».

Pour contrôler au mieux son diabète…

 « L’hémoglobine glyquée (HbA1c) constitue à ce jour le marqueur de l’équilibre glycémique par excellence. Elle reflète la moyenne des glycémies durant les trois derniers mois, l’objectif thérapeutique étant d’avoir une HbA1c inférieure à 7% voire même 6,5%. Cet objectif varie en fonction de plusieurs facteurs dont l’âge, l’ancienneté du diabète, l’existence ou non de complications ou de co-morbidités. Bien entendu, à côté de l’entretien d’une hygiène de vie saine, le traitement du diabète doit être efficace pour retarder ou, au mieux, éviter les complications. Ceci repose principalement sur les anti-diabétiques qui connaissent actuellement un enrichissement bénéfique grâce aux nouvelles familles d’anti-diabétiques oraux et aux analogues de l’insuline ».

Les nouveaux antidiabétiques oraux

« Parmi les nouveaux traitements du diabète sucré, la famille des gliptines ou inhi
biteurs de la DPP-4 ouvrent des perspectives prometteuses comme thérapeutiques hypoglycémiantes. Ceci est déjà prouvé par toutes les études faites à ce jour. A côté de l’abaissement des chiffres glycémiques et de l’HbA1c, les inhibiteurs de la DPP-4 offrent d’autres avantages, à savoir un risque négligeable d’hypoglycémie comparé aux classiques sulfamides hypoglycémiants et l’absence de prise de poids. Actuellement, on recommande d’utiliser les gliptines à tous les stades de l’arbre décisionnel, soit en monothérapie lorsque la metformine est mal tolérée ou contre-indiquée, en bithérapie, particulièrement en association à la metformine, en trithérapie et même en association à l’insuline afin d’atteindre le meilleur équilibre glycémique ». Selon une revue de la littérature réalisée en 2014 et publiée dans « Expert Opinion on Pharmacotherapy », les gliptines seraient particulièrement efficaces chez les sujets âgés, en cas d’insuffisance rénale ainsi que chez les personnes à haut risque cardiovasculaire ou d’hypoglycémie.

Entre régime nutritionnel, hygiène de vie rigoureuse et gestion des médicaments, le diabétique, de plus en plus impliqué, a besoin d’informations utiles, pratiques et efficaces pour un meilleur contrôle de sa maladie et c’est à ce niveau qu’intervient la Maison du Diabète de Tunis ».

La Maison du Diabète de Tunis

« A la Maison du Diabète de Tunis, on reçoit quotidiennement des patients adressés, entre autres, pour des conseils diététiques. Les activités de la maison sont diverses et nos deux évènements phares de l’année sont l’habituelle campagne de sensibilisation avant le mois de Ramadan et la mise à jour des données scientifiques lors de la journée mondiale du diabète. Mais puisqu’on est persuadé que l’éducation du diabétique c’est aussi pendant les 364 jours restants de l’année, on organise une fois tous les quinze jours, au sein de la maison, des ateliers éducatifs qui concernent non seulement l’alimentation optimale du diabétique mais aussi les connaissances globales sur cette maladie. Ainsi, un diabétique doit parfaitement connaître les signes annonciateurs de l’hypoglycémie et de l’hyperglycémie, les soins des pieds et l’hygiène bucco-dentaire, les complications du diabète, la gestion du diabète pendant la grossesse, les particularités du diabète chez les enfants et les techniques d’injection de l’insuline.

Il faut retenir que plus l’instauration d’une hygiène de vie correcte et d’une bonne éducation nutritionnelle est précoce, mieux c’est, ce qui nous aidera, sans aucun doute, à faire face au fléau du diabète de type 2 avec insulinorésistance qui est en train de gagner rapidement du terrain chez les enfants et les adolescents. Ceci dit, la prévention du diabète chez les enfants nécessiterait bien plus que de simples initiatives ponctuelles et individuelles.

Cette démarche demande la conjonction des efforts de tous les intervenants du secteur à savoir le Ministère de la Santé Publique via la médecine scolaire à travers les campagnes de sensibilisation dans les écoles et par les moyens audio-visuels, les praticiens aussi bien les médecins de première ligne que les spécialistes, les laboratoires pharmaceutiques, les parents des enfants diabétiques et les enfants eux même, ces petits êtres tant précieux et vulnérables qui n’attendent qu’à être correctement conseillés et éclairés ».

E.K.L