La prise en charge de l’hystérique : le traitement psychologique prend le pas sur le médicamenteux

traitement-psychologique-sante-tunisieQui parmi nous n’a pas été témoin d’une crise d’hystérie dont a été victime un parent ou toute autre personne de son entourage ? On a certes, tous, une idée du phénomène, mais on ignore les tenants et les aboutissants, notamment concernant la prise en charge de cette maladie que certains assimilent à un problème de nerfs alors que d’autres l’attribuent à des questions d’ordre psychique.

Pour en savoir plus, nous nous sommes adressés à Mr Mlika, psychologue au sein du service de psychiatrie de l’hôpital Farhat Hached à Sousse pour nous faire un éclairage touchant à ce volet de la pathologie. Interview

Peut-on avoir une idée sur les différents volets du traitement de l’hystérique aussi bien médicamenteux ou autres ?

« Je vais évoquer, d’abord, la place des traitements médicamenteux. Il est de mise, en effet, en psychiatrie de prescrire des antidépresseurs, et moins souvent des anxiolytiques, aux moments de décompensation dépressive ou anxieuse d’une personnalité hystérique, ou bien devant les équivalents somatoformes des manifestations anxio-dépressives. Mais restant d’efficacité assez limitée sur ces symptômes, et n’ayant pas de place dans le traitement des conversions, le besoin se fait régulièrement sentir d’indiquer des traitements psychologiques.

Au niveau le plus immédiat, l’intervention sur les facteurs de stress qui seraient à l’origine de ces décompensations est assez fréquente en psychiatrie, en aménageant le terrain pour une meilleure communication entre le patient et les personnes avec qui il est en conflit, et en aidant dans la résolution des problèmes qui auraient suscité le stress.

Le courant comportementaliste insiste sur le fait qu’en partie, le maintien des symptômes hystériques est dû à une certaine réaction inadaptée de l’entourage (selon un schéma de conditionnement) et que leur levée dépend d’une disparition de cette réaction (donc d’un déconditionnement amenant l’extinction du comportement-problème).

Ce modèle est utilisé surtout dans le cas des conversions: l’isolement de l’hystérique ayant une crise conversive et étant dans un état de demi-conscience (donc étant dans une certaine mesure en phase avec  les réactions de l’entourage) est une conduite connue et recommandée depuis longtemps. Ainsi, soustraire l’hystérique au cercle des bénéfices de la maladie qu’il pourrait chercher auprès des autres (attention et traitements de faveur) pourrait aider à faire disparaître plusieurs symptômes.

Toujours dans le cadre du comportementalisme, les programmes d’affirmation de soi (qui favorisent les attitudes affirmées, ni passives, ni agressives) permettent l’apprentissage de nouveaux moyens de communication plus efficaces que les symptômes, et moins coûteux sur le plan psychique, ce qui pourrait constituer un apport profitable pour les patients.

Il reste, cependant, qu’une évolution favorable d’une névrose hystérique ne dépend pas seulement de l’ajustement de l’environnement aux besoins du patient. Le changement le plus significatif devrait venir de l’intérieur, et nécessite par conséquent une mise à l’examen de l’approche qu’a le patient de soi-même et de son monde. Les symptômes hystériques sont sous-tendus par une structure plus profonde, comportant des représentations mentales fixes sur soi-même et autrui. La disparition des symptômes n’est le plus souvent qu’un changement en superficie.

Si ces représentations mentales demeurent inchangées, la fragilité hystérique serait toujours là et le risque d’une rechute est énorme. C’est la psychanalyse qui offre, à mon sens,  le meilleur cadre thérapeutique permettant un changement en profondeur , en combinant des techniques expressives et interprétatives, et en utilisant dans un but thérapeutique la relation transférentielle que l’hystérique va essayer de l’utiliser pour satisfaire ses besoins pathologiques ».

Les indications sont-elles les mêmes lorsqu’il s’agit d’une femme ou d’un homme lors de la conversion ?

« Bien que l’hystérie dans ses manifestations bruyantes fût associée au sexe féminin, les cas des hommes hystériques (hyperémotifs et d’attitude théâtrale) ne sont pas des moindres.  Mais les hommes ont, généralement, plus accès à l’expression ouverte de l’agressivité et de la libido : du coup leur hystérie passe plus dans les traits de caractère que dans les symptômes conversifs ou anxio-dépressifs. Si un homme présente des symptômes de ces types, il n’y aura aucune différence entre le traitement qui lui sera proposé et celui qu’on propose à une femme ».

Quand traiter ? Autrement dit, quel serait le meilleur moment pour intervenir ?

« Dans l’hystérie, comme dans n’importe quelle pathologie, plus tôt on intervient, mieux sera le pronostic. Une intervention rapide sur les symptômes conversifs et anxio-dépressifs a l’avantage de prévenir l’installation des effets secondaires de la maladie, où le malade
se complaît de manière plus ou moins inconsciente dans sa maladie, car elle résout, tant bien que mal, ses problèmes de communication avec son entourage ».

Le suivi peut-il aboutir à la guérison ou est-ce un trouble à vie ?

« L’hystérie est une pathologie de la réactivité émotionnelle : elle dépend bien plus que d’autres pathologies des circonstances de vie et du degré de satisfaction objective et subjective de sa vie, en rapport avec l’intensité du stress vécu. Une détérioration de la qualité de vie peut amener une décompensation d’une personnalité qui, auparavant, passait pour normale (bien qu’ayant à l’état larvé les éléments de fragilité hystérique), et une amélioration de celle-ci peut, au contraire, aider à faire disparaître les symptômes.

Il arrive souvent que ces symptômes deviennent chroniques, notamment ceux anxio-dépressifs. Plus rarement, il arrive aussi qu’en présence d’une réaction de l’entourage en faveur  du maintien des symptômes conversifs, ceux-ci  deviennent durables. Des patients hystériques peuvent être gardés sous des traitements médicamenteux pour des années. Ceci est justifié, pour plusieurs spécialistes, par les problèmes de dépression chronique (type dysthymie) et de dépendance aux anxiolytiques (souvent utilisés pour gérer l’insomnie).

Cependant, l’hystérie pourrait connaître un meilleur sort grâce à la psychothérapie structurée, qui reste l’intervention de choix dans cette pathologie. Que ce soit par les ateliers d’affirmation de soi, ou, plus en profondeur, par des techniques expressives et interprétatives dans un cadre psychanalytique, un gain thérapeutique pourrait toujours être obtenu.

La guérison au sens actuel du terme serait alors une meilleure gestion des conflits, et une capacité améliorée à les dépasser grâce à des choix de vie en faveur du développement psychique de l’individu, et à les sublimer grâce une activité constructive qui amarre l’individu dans une réalité qui devient une source de satisfaction pour lui ».

Entretien conduit par N.H

Salem Mlika

Mr Salem Mlika 

psychologue au sein du service de psychiatrie

de l’hôpital Farhat Hached à Sousse