La greffe rénale : la plus ancienne, la mieux installée

La première greffe rénale a eu lieu en Tunisie en juin 1986 par une équipe de l’hôpital Charles Nicolle. Et depuis, d’autres équipes se sont mis à cette activité et des progrès à l’échelle nationale et mondiale ont aidé plus de malades à survivre et améliorer leur qualité de vie. Pr. Taieb Ben Abdallah, ancien président de la société tunisienne de néphrologie nous en parle en se basant sur ses longues années d’expériences en la matière.

3d render of Human kidney with DNA

«  Le rein peut être prélevé chez le donneur vivant comme chez un donneur cadavérique. En Tunisie, 90% des greffes sont pris chez des donneurs vivants, contrairement à la situation dans des pays développés où les chiffres sont inversés et uniquement 10% sont pris chez les vivants annonce Dr. Ben Abdallah. Si on continue encore avec les chiffres, on peut donner une idée sur la réalité de la situation quant à l’insuffisance rénale chronique terminale au stade d’hémodialyse, l’une des principales indications à la transplantation rénale : et bien, il y a 8500 hémodialysés en Tunisie. Ils ne sont pas tous éligibles à la greffe. La liste d’attente compte environ 1200 patients pour cette indication. En France, 55% des insuffisants rénaux au stade terminal sont greffés. Dans notre pays, 9 à 10% seulement le sont. L’objectif est d’améliorer ce chiffre et d’atteindre les 40 – 50%.

Pr. Ben Abdallah explique qu’un certain degré de compatibilité tissulaire est nécessaire pour pouvoir réaliser la greffe. Pour le savoir, le couple donneur-receveur subit un bilan général et immunologique dit de pré-greffe.

La réalisation d’une greffe implique un grand nombre d’intervenants. Les 3 principales équipes sont : les immunologistes, impliqués dans toutes les étapes du processus de préparation et de post-greffe. Une équipe de néphrologie qui suit le receveur et momentanément le donneur aussi en cas de donneur vivant. Et bien évidemment, une équipe de chirurgiens, souvent des urologues qui réalisent la transplantation proprement dite.

Quant à la préservation de l’organe, lors de son éventuel transport pour être greffé dans un autre centre, Dr. Ben Abdallah nous dit que comme tout organe, le rein est sensible à l’ischémie quand son irrigation sanguine baisse. Il résiste mieux que les autres organes et peut rester greffable après 24 h s’il est conservé dans une solution froide adaptée à la nutrition et la conservation.

La première greffe rénale tunisienne a été faite à l’hôpital Charles Nicole. Depuis, les équipes de l’hôpital militaire, de Monastir, de Sfax, de Sousse puis de l’hôpital la Rabta se sont succédées à s’y appliquer.

Le meilleur taux de greffes réalisées en Tunisie remonte à 2009 avec environ 140 greffes/an. Avec 48 effectuées à Charles Nicole. Les besoins du pays sont d’environ 200 à 300 greffes/an.

Répondant à notre question sur le post-greffe, Pr. Ben Abdallah a expliqué que l’apparition de signes de rejet du greffon est une hantise de l’équipe soignante. Elle impose des conduites à tenir parfois lourde et d’une façon générale, et même en absence de rejet, le post-greffe est une période particulièrement rythmée par les immunosuppresseurs et les complications qui y sont potentiellement liées comme celle infectieuse.

Pr. Ben Abdallah a exposé un certain nombre des difficultés auxquelles fait face la transplantation rénale chez nous. Si nous n’arrivons pas encore à ramasser correctement un polytraumatisé des lieux de l’accident c’est que la transplantation d’organes a encore du chemin à faire.

Les choses sont aussi simples. La pénurie d’organes commence sur la route. Elle est ensuite liée au refus familial du don d’organes qui puise son origine dans un faisceau d’idées reçues mais aussi d’idées non reçues car absentes de notre éducation quelque soit la classe sociale ou le niveau d’éducation.

Pour donner un élan à l’activité de transplantation en Tunisie, Dr. Taieb Ben Abdallah pense qu’il faut commencer par professionnaliser le professionnel de la santé quant à cet aspect particulier. L’accueil dans les urgences des patients et de leur famille doit être plus propice à pouvoir aborder ce sujet quand les circonstances l’exigent, la réanimation doit conserver au mieux la vie du patient et la vitalité de ses organes, la sensibilisation et l’éducation du personnel médical et paramédical qui n’est pas bien informé sur les différents aspects du don d’organes.

Dr. Ben Abdallah termine par proposer qu’une structure d’accueil soit dédiée à la réception des donneurs et receveurs qui viennent parfois de région éloignée de l’intérieur pour faire le bilan pré-greffe et se déplacent souvent à Tunis sans avoir les moyens dans pas mal de cas. Il attire notre attention aussi sur le fait que pour les personnes nécessiteuses ne bénéficiant pas d’une prise en charge par la CNAM, le ministère de la Santé prend en charge entièrement la greffe avec l’avant et l’après greffe. Il faut rendre à César ce qui lui appartient.

 

Entretien réalisé par

Amna Khalfaoui

 

 

Pr. Taieb Ben Abdallah

Ancien président de la société tunisienne de néphrologie