La greffe pulmonaire en Tunisie, détaillée par Pr Kilani

Cela s’est passé récemment en Tunisie, plus exactement le 6 avril de cette année, il s’agit de la première greffe pulmonaire. Certes, les suites de l’opération n’étaient pas extraordinaires mais cette intervention, la première en son genre dans notre pays, est un pas fort prometteur pour l’avenir de ce type d’intervention.

Cette greffe a été réalisée par l’équipe du service de chirurgie thoracique au C.H.U Abderrahmane Mami sous la direction du chef de service, le Pr Kilani que l’équipe de Santé Tn a contacté pour mieux en parler.

« Le programme de la greffe pulmonaire ne date pas d’aujourd’hui. En effet, la première réunion concernant ce sujet a eu lieu en décembre 1990 mais la mise en route et l’application d’un tel plan tardaient à venir car on était confrontés à l’obstacle majeur et qui consiste en l’absence de donneur, d’autant plus ce qui est particulier à la greffe pulmonaire c’est qu’on a besoin de deux donneurs pour un receveur.

Pour ce qui est des besoins en matière de greffons, Pr Kilani précise que, par an et pour 100 candidats potentiels à la transplantation pulmonaire, le 1/5ème seulement, soit 15 à 20 personnes y sont éligibles. Cet écart revient au fait que les personnes âgées de plus de 70 ans et multitarées ne pourraient être greffées.

Le receveur devra ainsi répondre à certains critères dont un âge inférieur à 65 ans et un bon état nutritionnel. Sur le plan pathologique, parmi les critères de l’inclusion du receveur sur la liste d’attente, on cite l’hypoxémie (baisse de la quantité d’oxygène dans le sang) au repos, l’hypercapnie (augmentation de la quantité de dioxyde de carbone dans le sang), la détérioration rapide de la fonction respiratoire et la décompensation respiratoire aigue à répétition.

Pr Kilani ajoute, par ailleurs, que « le poumon à transplanter doit, bien entendu, être indemne de toute maladie et de toute infection. Une fois prélevé, le poumon à greffer devra être protégé en utilisant des moyens de réfrigération et une perfusion de prostaglandines et ce, pour optimiser sa résistance à l’ischémie qui ne dépasse pas les 6 heures en attendant la greffe.

« Nombreuses sont les complications qui surviennent en post greffe de poumon, et le rejet chronique suite à la dégradation du greffon reste la principale cause de décès ».

En dépit de ces difficultés techniques, Pr Kilani a insisté sur le fait que le problème majeur reste la pénurie des greffons en rapport avec des donneurs vivants rares et une organisation déficiente, incomplète et insuffisante relative au donneur cadavérique.

Pr Kilani, à la fin, mis l’accent sur la nécessité d’un consentement éclairé du donneur et de sa famille et d’une éducation ciblée des citoyens, cette éducation devra viser, entre autres et en priorité, le personnel médical et paramédical pour qu’ils puissent, à leur tour, sensibiliser le duo familial donneur-receveur.

Ne l’oublions pas, avant d’être une simple intervention de greffe entre deux personnes, la transplantation revêt un aspect humain, social et sociétal qui traduit un modèle de solidarité inégalable.

 

E.K.L