L’itinéraire de Dr Brahim Gharbi, le pionnier de la lutte anti-tuberculeuse en Tunisie

Brahim Gharbi
Brahim Gharbi

Dans une démarche inédite, nous avons choisi d’écrire l’édito de ce numéro, portant sur le dossier principal, à partir d’un entretien avec le doyen des spécialistes en pneumologie en Tunisie, Dr Brahim Gharbi qui a bien voulu nous recevoir dans son cabinet sis en plein centre ville où il continue à recevoir ses patients en dépit de son âge avancé de 93 ans.

Il se rappelle qu’en rentrant à Tunis en 1951 avec son diplôme de médecin spécialiste en pneumologie obtenu en France, que la maladie de la tuberculose était fort répandue dans le pays. Neuf patients sur dix, qui venaient le consulter, étaient atteints de cette pathologie. Actuellement, il n’en voit plus.

 

 

En effet, au cours des dernières années avant l’indépendance et à titre indicatif, l’Hôpital Charles Nicolle disposait de quatre services réservés à la maladie de la tuberculose alors qu’un seul service s’occupait de la chirurgie et un autre pour le reste des maladies. C’est dire l’ampleur de la pathologie à l’époque !

Les moyens logistiques et humains commençaient à être développés petit à petit avec la création, par le ministre de la Santé, à l’époque, Mohamed Ben Salem, d’un hôpital spécialisé en pneumologie à Kassar Saïd et la mise en place de services de la même spécialité à Sousse, Sfax, Bizerte ainsi que des services de prévention à Menzel Bourguiba et Ain Draham tout en rendant la vaccination de BCG obligatoire et généralisée.

Mais c’est après l’indépendance que les gros moyens ont vu le jour avec la création de l’Institut de pneumo-phtisiologie à l’Ariana, spécialisé, au départ, dans la tuberculose des enfants, et la mise sur pied de nombreux dispensaires de prévention à travers la République ainsi qu’un service spécialisé à l’Hôpital militaire d’El Omrane sans oublier l’organisation de tournées à travers tout le pays avec la radio-photo pour le dépistage précoce.

Mais le grand tournant s’est situé avec l’avènement du traitement miracle et révolutionnaire, en l’occurrence l’INH qui a largement contribué à éradiquer, ou presque, cette terrible maladie trop contagieuse.

Dr Brahim Gharbi qui a assuré la création, la mise en marche et la responsabilité de nombreux services, a veillé, également, à la formation et à l’encadrement de nombreux disciples.

Après les tentatives et les tâtonnements du début du 20ème siècle, ce n’est qu’entre les deux guerres que la reconnaissance de la tuberculose comme problème d’hygiène sociale a eu lieu entraînant la naissance de l’Office Tunisien d’Hygiène Sociale et la création de l’Association Tunisienne pour la Lutte contre la Tuberculose en avril 1919 ainsi que l’ouverture du dispensaire Villemin à Tunis et l’Institut Héliothérapique du Kram qui hébergeait entre 50 et 70 enfants.

De 1946 à 1956, l’infrastructure de la lutte à été considérablement renforcée par l’augmentation du nombre de lits, de prise en charge de la tuberculose, la création de pavillons spécialisés dans les hôpitaux de Sousse, Sfax, Le Kef et Gabès ainsi que l’élargissement du champ d’action de la lutte pour pratiquer la prophylaxie familiale et démarrer la prévention scolaire dans la capitale. En 1959, les bases d’un programme national ont été mises sur pied même si le vrai programme avec les activités nécessaires continues n’a vu le jour que vingt ans plus tard.

Ne possédant pas de statistiques précises sur l’historique de la maladie, on avait pu recueillir ces données auprès de la Direction des Soins de Santé de Base (DSSB).

Dans ce numéro dédié à la tuberculose, on avait également traité, avec d’éminents spécialistes, de la bactériologie de cette pathologie, de sa localisation pulmonaire et aussi de ses localisations extra-pulmonaires qui commencent, depuis un bon bout de temps, à gagner du terrain.

 

C’est le cabinet où exerce encore notre « Doyen », affaibli, certes, mais bien épanoui et heureux de pratiquer sa noble profession qui est sa raison d’être et de vivre. Que Dieu lui procure la santé et la forme pour poursuivre son œuvre exaltante et donner la bonne santé à ceux qui en ont besoin.

 

Souvenirs recueillis par

Noureddine HLAOUI