L’infarctus du myocarde sous la loupe du cardiologue Nadhem Hajlaoui

coronarographie-sante-tunisie-medecine-cardiologie-docteur-hajlaoui-1Une pathologie lourde qu’il vaut mieux prévenir

 

L’infarctus du myocarde est une atteinte pas très courante, mais qui peut frapper n’importe qui, n’importe quand et à n’importa quel âge, même si les personnes âgées sont plus prédisposées à en être touchées.

 

Pour en savoir plus sur les tenants et aboutissants de cette maladie que certains appellent « attaque » ou malaise cardiaque, nous avons contacté Pr Nadhem Hajlaoui qui à bien voulu éclairer la lanterne de nos lecteurs sur cette question. Interview…

 

Peut-on avoir, d’abord, une idée sur cette pathologie et en quoi consiste t-elle?

 

L’infarctus du myocarde est une pathologie grave qui consiste en l’obstruction d’une artère coronaire (les artères coronaires étant les artères qui  irriguent le muscle cardiaque qu’on appelle myocarde), cette obstruction aigue de l’artère va provoquer la nécrose (la mort) du muscle cardiaque irrigué par l’artère obstruée.

L’obstruction aigue de la coronaire résulte souvent d’une déstabilisation d’une plaque d’athérome qui siège au niveau de la paroi de l’artère coronaire. Cette plaque d’athérome va se fissurer et provoquer une coagulation du sang à son contact aboutissant rapidement à l’obstruction totale de l’artère coronaire.

 

La gravité de cette pathologie réside dans deux choses

 

                En aigu se pose le problème de survenue de troubles du rythme ventriculaires graves pouvant donner la mort subite

 

          En chronique, la perte du muscle nécrosé va faire baisser la fonction cardiaque (et aboutir à l’insuffisance cardiaque si la perte musculaire est importante) et la zone nécrosée va se comporter comme étant une plaque fibreuse pouvant être à l’origine de troubles du rythme ventriculaire graves.

 

Cette pathologie se manifeste par la survenue brutale chez un patient de douleurs thoraciques constrictives intenses en barres irradiant généralement au niveau du membre supérieur gauche ou bien au niveau des mâchoires, cette douleur est accompagnée de sueurs et de sensation de malaise général. Ce qui différencie la douleur de l’infarctus du myocarde des crises d’angine de poitrine est la non sédation des douleurs aux dérivés nitrés administrés en sublingual.

 

 

Y a-t-il des personnes plus prédisposées que d’autres pour subir une telle attaque ?

 

Certainement il y a des personnes qui sont plus disposées que d’autres.

Les personnes prédisposées sont celles qui ont des facteurs de risque cardiovasculaires qui vont être à l’origine de l’athérosclérose (dépôts d’athérome au niveau des parois des artères coronaires). Ces facteurs de risque sont :

 

            Le diabète qui à long terme va détériorer les artères de gros et moyen calibre en l’occurre
nce les artères coronaire

 

                L’hypertension artérielle qui va aboutir à la sclérose des artères et les a coups hypertensifs vont favoriser la rupture des plaques d’athérome

 

                L’hypercholestérolémie : le mauvais cholestérol va se déposer sur la paroi des artères coronaires et sera à l’origine d’une réaction inflammatoire au niveau de la paroi ce qui favorise la formation des plaques d’athérome

 

                     Le tabagisme qui favorise le vieillissement des artères ainsi que la rupture des plaques d’athérome

 

            A côté de ces facteurs de risque cardiovasculaires qui sont acquis il y a des facteurs de risque non modifiables qui sont : l’âge, le sexe masculin et la ménopause. La femme avant la ménopause étant relativement protégée par les œstrogènes.

 

Y a-t-il des signes précurseurs d’une pareille attaque quels conseils pour prévenir, éventuellement, ce danger ?

 

Les personnes qui sont à risque de faire un infarctus du myocarde sont les personnes qui ont des facteurs de risque cardiovasculaires (diabète, hypertension, hypercholestérolémie et tabagisme).

 

La meilleure prévention passe donc par le contrôle de ces facteurs de risque cardiovasculaires :

 

                Arrêt du tabac

 

                Equilibration du diabète

 

                Traiter l’hypercholestérolémie par les hypolipémiants

 

La personne qui présente un infarctus du myocarde peut présenter dans les jours ou les mois précédant cette « attaque » des douleurs thoraciques nettement moins importantes que celles de l’infarctus du myocarde « douleurs angineuses d’effort ou de repos », c’est à ce moment là qu’il faut voir son médecin pour l’interroger sur ses douleurs pratiquer un électrocardiogramme et d’autres explorations visant à démontrer qu’il y a un rétrécissement au niveau des coronaires. Généralement l’examen pratiqué est la coronarographie qui consiste à opacifier les artères coronaires pour voir s’il y a des sténoses au niveau de ces artères.

 

Le traitement de ces sténoses à temps permet d’éviter l’évolution vers l’obstruction totale de la lumière et donc la survenue d’une nécrose myocardique massive.

 

Une fois l’atteinte est là, la chirurgie est-elle l’unique de moyen de traitement ? Et peut-on en guéri d’une manière définitive ?

 

Une fois l’infarctus est là, le traitement associe

 

      Une surveillance en unité de soins intensifs pour coronariens USIC. Cette hospitalisation est obligatoire permettant surtout de monitorer le rythme cardiaque et d’administrer des médicaments ou un choc électrique externe lorsque c’est nécessaire.

 

                Un traitement médical qui visera à liquéfier le sang (anticoagulants et antiagrégants plaquettaires)

 

            La pierre angulaire du traitement consiste à reperfuser le patient c’est-à-dire ouvrir l’artère qui s’est bouchée. Cette reperfusion peut être faite par des médicaments (les thrombolytiques) ou mieux encore par angioplastie coronaire. L’angioplastie coronaire consiste à aller déboucher l’artère occluse et la rendre perméable de nouveau.

 

Il est exceptionnel qu’on se dirige vers une chirurgie d’emblée à la phase aigue de l’infarctus du myocarde. Au contraire, la chirurgie si elle est nécessaire, elle doit être décalée par rapport à la phase aigue de trois à quatre semaines.

 

Après un infarctus du myocarde on ne peut pas parler de guérison définitive car la maladie coronaire est une maladie chronique avec des épisodes aigus comme l’IDM. Et donc la maladie coronaire  impose un traitement au long cours, un suivi régulier chez le cardiologue pour éviter justement la survenue d’autres épisodes d’infarctus qui sont généralement de pronostic plus défavorables.

 

 

Propos recueillis par Mounir Ben Hédi

 

 

 

 

 

Dr-Nadhem-Hajlaoui-Professeur-agrege-en-cardiologie-sante-tunisie-TN*DR Nadhem HAJLAOUI – Professeur agrégé en cardiologie – Cardiologue interventionnel au Service de cardiologie – Hôpital Militaire de Tunis