L’hépatite C, une maladie qui fait de plus en plus parler d’elle

hepatite-c-dssb-sante-tunisieLe 28 juillet, on fête la journée mondiale de l’hépatite, dont l’hépatite C qui touche, selon l’OMS,  130 à  150 millions de personnes d’une façon chronique et dont les complications causeraient le décès de 350 000 à 500 000 personnes chaque année. Le virus de l’hépatite C est strictement humain. En l’absence de traitement, seuls 20 à 30% des personnes atteintes peuvent guérir alors que chez les 80% restantes, c’est le passage à la chronicité avec le risque ultérieur de développer une cirrhose, voire la dégénérescence en hépatome carcinocellulaire. Devant ces chiffres qui risquent d’augmenter et en l’absence actuellement de vaccin contre cette maladie, l’éducation sanitaire et la réduction de la transmission nosocomiale demeurent la seule arme efficace.

« En Tunisie, la tendance du portage de l’hépatite C est stable et varierait de 0,2 à 0,4% selon les études. Le mode de transmission est essentiellement parentéral (sang souillé par du sang infecté tel que lame de rasoir, tatouage, soins dentaires, toxicomanie…) 

Cette prévalence est plus élevé  chez les dialysés mais il y a une tendance nette à la baisse chez cette population vulnérable puisqu’ elle est passée de 27 à 6% entre 1992-2012.

Actuellement et selon les premiers résultats, non encore rendus publics, d’une étude locale récemment réalisée à Tela par l’Institut Pasteur de Tunis et la DSSB, la prévalence au niveau de cette zone serait en dessous de 3% » nous a rapporté Dr Rafla Tej-Dellagi, directrice de la Direction des Soins de Santé De Base (DSSB).

« Si l’hépatite B bénéficie d’un vaccin et l’hépatite A est soumise au système de surveillance des maladies à déclaration obligatoire et est tributaire de bonnes conditions d’hygiène, l’hépatite C, en revanche, commence à peine à percevoir une ébauche de stratégie de prise en charge.

Tout le problème émane du fameux dogme  « si on dépiste une maladie, on doit la prendre en charge ». En effet, l’autorité sanitaire ne peut mettre en place une stratégie de prévention qu’en tenant compte des moyens disponibles. En matière d’hépatite C, le choix actuel va dans le sens de la prévention primaire et non dans le dépistage systématique. 

 

Que prévoit donc l’état tunisien en matière de prise en charge de l’hépatite C ?

« J’insiste d’abord sur un point fort important c’est qu’a défaut de vaccin, la DSSB mènera une action de prévention primaire et non une stratégie de dépistage vue que la prévalence de l’hépatite C n’est pas élevée.

Au cours de l’année 2014, une ligne budgétaire a été versée pour la prise en charge de l’hépatite C dans les régions défavorisées et les personnes n’ayant pas de couverture sociale. Reste la question : qui va bénéficier de ce traitement ?

Les patients qui bénéficieront du traitement seront sélectionnés selon les critères établis par le comité technique de prise en charge fait de spécialistes selon leur dossier clinique  et les déterminants sociaux.

D’un autre coté, les patients ayant une couverture sociale ne posent pas de problèmes puisqu’ils sont entièrement pris en charge par la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie).

Au fait, la DSSB  a entamé des réflexions pour convenir d’un plan stratégique multidisciplinaire avec la constitution d’un comité national et de sous comités: un comité de surveillance épidémiologique et de prévention, un comité technique de prise en charge et un comité d’IEC (information, éducation et communication).

 

Le budget, alloué initialement à la DSSB, sera-a-t-il partagé entre les régions concernées ?

« A priori, 5 régions seront concernées par le dit budget qui s’élève à 25MD par personne et par an et qui sera en mesure d’assurer le traitement de 30 à 50 personnes.

Le comité de prise en charge discutera  la possibilité de décentraliser la prise en charge thérapeutique : les patients reçoivent leur traitement au niveau de leur région sans avoir à se déplacer jusqu’à Tunis.

Les critères d’identification sont clairs et bien établis, reste à avancer rapidement et efficacement dans les décisions car aussi bien les professionnels de la santé pour leurs patients que les patients eux mêmes réclament le traitement ».

Autre problématique qui se présente est qu’indirectement on est en train de créer un besoin auquel on est dans l’obligation de répondre. Dans ce cas, on sera inévitablement devant l’obstacle de l’insuffisance budgétaire, chose qu’on espère pouvoir résoudre en multipliant les bailleurs de fonds.

Pour le mot de fin…

« C’est bien de faire le diagnostic et de délivrer derrière un traitement adapté mais on ne peut se passer du rôle primordial et capital des mesures d’éducation sanitaire pour réduire la tra
nsmission, en particulier nosocomiale, de l’hépatite C ».

 

Propos recueillis par E.K.L

 

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Dr Rafla Tej-Dellagi

Directrice de la Direction des Soins de Santé De Base

DSSB