Dr Denguezli nous parle de cette maladie « taboue » qu’est le psoriasis

pso-lesion-cutane-psoriasis-tunisieAu niveau de la peau, des articulations ou du cuir chevelu, sous forme de plaques, de gouttes ou de pustules, le « pso » comme l’appellent les dermatologistes, pose toujours le problème de sa prise en charge aussi bien médicamenteuse que psychique car, contrairement à ce que pensent bon nombre de personnes, cette maladie n’est pas aussi anodine qu’elle ne laisse paraître, elle est lourde et accablante au point de devenir, parfois, carrément invalidante. De la prévalence de cette pathologie et de sa prise en charge, Dr Denguezli, Professeur au   service de dermatologie à l’hôpital Farhat Hached à Sousse, a bien eu l’amabilité de nous en parler.

« Le Psoriasis est une maladie inflammatoire chronique à expression cutanée et articulaire. C’est une dermatose érythémato-squameuse à production incessante de squames. C’est une maladie chronique qui persiste toute la vie, le plus souvent sous forme localisée et évolue par poussées plus ou moins étendues. Il débute à tout âge et une une prédisposition génétique est souvent retrouvée. En effet, à ce jour, près de seize gènes dont les mutations seraient cause de psoriasis, avaient été identifiés. Le gène leader en la matière est appelé PSORS1 et est situé sur le chromosome 6. Ceci dit, une anomalie génique existante ne signifierait pas le développement systématique de la maladie car, cette dernière aurait besoin, pour qu’elle soit parlante, d’un petit coup de pouce. Ainsi, un évènement infectieux (infections à streptocoques, certains virus), traumatique, climatique, mécanique ou encore psychosomatique favoriserait le développement du psoriasis.

« La Prévalence de cette maladie en Tunisie est estimée entre 2 et 3 % de la population. On compte 300,000 psoriasiques et ils se font de plus en plus nombreux dans nos consultations, a précisé Dr Denguezli. C’est aussi pendant les caravanes de santé qu’on reçoit bon nombre de patients qui souffrent de cette maladie. Parmi ces patients, certains n’avaient même pas re-consulté depuis une vingtaine d’années, d’autres basculent dans l’automédication et une autre catégorie de malades pensent que c’est une maladie incurable et essaient de vivre avec.

Selon l’EPIMAG, une étude réalisée en 2012 au Maroc, en Algérie et en Tunisie sous la direction du Groupe de Recherche Maghrébin sur le Psoriasis (GRMP) et avec le soutien des laboratoires LEO, la prévalence des nouveaux cas diagnostiqués dans la patientèle d’un échantillon de médecins généralistes et de dermatologistes sur deux semaines est de 13,26 °/°° en Tunisie, supérieure de celle de l’Algérie estimée à 10,26°/°° et inférieure de la prévalence de cette maladie au Maroc, évaluée à 15,04°/°°. Les médecins généralistes ayant participé à cette étude avaient été, au préalable formés au dépistage du psoriasis. Sur le plan clinique, cette étude a mis en évidence, chez les nouveaux cas dépistés, une légère prédominance masculine avec un aspect en plaques dans 88% des cas et une localisation au niveau des coudes et des genoux dans près de 50% des cas.

Cette étude a mis également la lumière sur le problème du sous diagnostic de cette maladie et sur l’importance de former les médecins généralistes au dépistage du psoriasis, un tel dépistage qui permet d’améliorer le diagnostic et par conséquent, la prise en charge. Ce problème d’insuffisance du diagnostic est en rapport avec les patients qui ne consultent pas mais aussi avec les médecins qui n’essaient pas d’approfondir leur examen clinique même en l’absence de symptômes révélateurs. Un « pso » du cuir chevelu, ça ne se voit pas, ça se cherche !

De telles formations au dépistage du psoriasis sont, actuellement, en développement dans le Maghreb.

Ce sous diagnostic n’est pas seulement l’apanage de la Tunisie car dans le monde, la situation est loin d’être rose. On estime que sur 100 malades psoriasiques, 10 consultent un médecin et un seul reçoit régulièrement un traitement.

Cette insuffisance diagnostique, hormis le problème de l’absence thérapeutique qui en découle, nous amène à évoquer le volet du profond impact psychologique du psoriasis.rappelons que le psoriasis est une maladie sévère par son impact psychosocial très important et par la fréquence des co-morbidités (association du psoriasis avec le diabète, les affections cardiovasculaires, la dépression, ..).

Cette pathologie chronique et affichante, altère la qualité de vie des patients et est à l’origine d’handicaps social, éducatif et professionnel. En l’absence de prise en charge efficace, elle devient source d’absentéisme, de dépression et de suicide nécessitant parfois une prise en charge psychiatrique.

Pour cette raison, le médecin est tenu, non seulement, de soigner le psoriasique mais surtout d’adapter les soins prescrits à la situation et aux conditions de chaque malade, de l’encourager et de le soutenir pour assurer, par la suite, une bonne observance du traitement, car c’est cette observance qui est la seule garante de résultats efficaces.

 

 Propos recueillis par E.K.L

 

Dr Denguezli

 

 

 Dr Denguezli Mohamed

Professeur au service de dermatologie

Hôpital Farhat Hached à Sousse