La DMLA, une cause redoutable de malvoyance

« Quand tu auras mon âge, tu auras perdu presque complètement la vue. Tu ne verras que du jaune, des ombres et des lumières. Ne t’inquiète pas. La cécité progressive n’est pas une chose tragique. C’est comme une lente soirée d’été… »

Jorge Luis Borges

Ces paroles de J.L Borges relate poétiquement ce qu’est la dégénération maculaire liée à l’âge connue sous l’abréviation la  DMLA dont  le Dr Afrit a bien voulu  nous éclairer  en nous  donnant  plus de détails  :

 Qu’est ce que la DMLA ?

« La dégénérescence maculaire liée à l’âge, comme son nom l’indique est une  maladie qui touche la macula ou « œil de l’œil » c’est-à-dire la partie la plus précieuse de notre rétine avec laquelle nous arrivons à voir les « 9/10 » de notre capacité visuelle. C’est une maladie liée au vieillissement et sa prévalence a augmenté avec l’amélioration de l’espérance de vie, si bien qu’elle constitue dans le monde occidental la première cause de cécité et de malvoyance bien avant la rétinopathie diabétique et le glaucome (50% contre 18%) ».

Quelle est l’incidence de cette maladie et disposez vous du nombre de nouveaux cas par an aussi bien en Tunisie que dans le monde ?

« 150 à 250 Millions de personnes dans le monde ont une DMLA, heureusement pour la plupart d’entre eux, c’est des formes débutantes sans conséquence majeure sur la vision.

Elle touche 1% des personnes de 50 à 55 ans, 10-12% de 50 à 65 ans, 15 à 20% des 65 à 75 ans et 30% des plus de 80 ans.

En Tunisie, et dans une étude faite à l’institut d’ophtalmologie de Tunis par l’équipe du Pr El Matri sur une cohorte de 2000 patients âgés de 50 à 100 ans, la prévalence totale de DMLA (formes débutantes et avérées) était d’environ 15% , ce qui est énorme ».

 Quelles sont les personnes à risques et les facteurs favorisants de la maladie ?

« Les causes de la DMLA restent en partie mystérieuses et multifactorielles.

En plus de la sénescence, qui est le  premier facteur incriminé, plusieurs facteurs de risques ont été formellement identifiés dont :

L’obésité, le tabagisme dont le rôle délétère a été formellement prouvé (28% chez les fumeurs contre 9% chez les non fumeurs), l’exposition au soleil est un facteur de risque majeur dans  notre pays, qui est ensoleillé la majeure partie de l’année.

Une chirurgie antérieure de la cataracte constituerait également un facteur de risque, en effet, l’ablation du cristallin favoriserait la survenue de DMLA, de même que des facteurs génétiques  (familles dont plusieurs membres sont atteints de DMLA)

A noter que le nombre d’hommes atteints de DMLA semble être 2 fois plus important que celui des femmes  et que  les européens sont plus atteints que les asiatiques et les africains.

Par contre certains facteurs semblent plutôt protecteurs vis-à-vis de la DMLA comme la myopie, ainsi que la consommation de poissons riches en Oméga3 ».

Les principales circonstances de découverte ?

« Soit fortuitement  lors d’un examen de routine chez l’ophtalmologiste essentiellement dans les formes débutantes de la maladie, Soit à la suite de complications avec une baisse importante de l’acuité visuelle puisque la maladie touche la macula ».

 En quoi consiste la symptomatologie ?

« Le signe principal qui amène à consulter est la déformation des images et des lignes rectilignes dans une partie du champ visuel et la vision d’une même image qui diffère d’un œil à l’autre ».

Comment confirme-t-on le diagnostic de la DMLA (les examens complémentaires) ?

« Au fond de l’œil, l’ophtalmologiste va détecter la maculopathie soit à ses débuts (les drusens qui sont précurseurs de DMLA), soit sous une forme évoluée.

Le diagnostic positif sera confirmé par l’angiographie fluorscéinique, et par l’OCT (Tomographie en Cohérence Optique) qui avec des machines de plus en plus sophistiquées, va nous fournir des renseignements quasi histologiques de l’état maculaire ».

Existe-t-il des stades cliniques et des formes cliniques de la DMLA ?

« Les stades débutants précurseurs de DMLA  sont les fameux drusens appelés également dégénérescence colloïde, puis se développe  la DMLA avérée dans ses formes exsudatives ou atrophiques. Il existe d’autres formes pseudo-tumorales ou des formes compliquées de néo-vascularisation ».

Quelles seraient les éventuelles complications de la DMLA ?

« La baisse importante de l’acuité visuelle suite à la destruction progressive de la macula est évidemment l’aboutissement logique de la maladie, le patient perd sa vision centrale et ne garde qu’une vision périphérique soit « 1/10 » de la vision : ceci équivaut à la définition de la cécité légale (inférieure à 1/10).En réalité, le patient est malvoyant et restera handicapé mais il gardera une vision utile lui permettant de continuer la grande majorité des tâches de la vie ».

Comment prendre en charge un patient atteint de DMLA ?

« Dans ce contexte, l’âge est primordial. Si l’atteinte fonctionnelle est importante avec une acuité visuelle effondrée, et que le patient est encore productif, un reclassement professionnel s’impose alors. La conduite automobile doit être interdite.

Dans les stades évolués, le traitement est actuellement bien codifié avec des lasers nouveaux et des molécules d’anti VEGF qui ont été agréées consensuellement pour être utilisées dans le but, non pas de récupérer la vision déficiente, mais d’arrêter le cours inexorable de la maladie.

Le traitement préventif, depuis l’étude AREDS (Age Related Disease Study) multicentrique faite dans 11 centres aux Etats Unis a donné ses preuves :

-Prévention primaire : empêche l’apparition de DMLA par la lutte contre le tabagisme et une alimentation appropriée riche en antioxydants, en lutéine et en DHA.

-Prévention secondaire : vise à limiter les conséquences de la maladie : par le fond d’œil avant l’apparition des signes.

-Prévention tertiaire : vise à réduire les complications de la maladie en améliorant le quotidien du patient et en dépistant la récidive ou l’atteinte du 2è œil »

 

B.H.S.