Les infections génitales hautes chez la femme

Les infections génitales de la femme définissent la colonisation du tractus génital féminin par des germes qui peuvent être des bactéries, des virus ou des champignons. On distingue les infections génitales basses, qui englobent les vulvo-vaginites et les cervicites et les infections génitales hautes qui intéressent les trompes et l’utérus. Et c’est justement pour détailler les infections génitales hautes que sante tn a recontacté Dr Ben Jemâa, assistante hospitalo-universitaire au sein du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital militaire principal d’instruction de Tunis.

 

Sante tn : Qu’appelle- t-on infection génitale haute ?

Dr Ben Jemâa : « Les infections génitales hautes définissent, comme leur nom l’indique, l’ensemble des infections qui touchent la partie supérieure du tractus génital féminin, en l’occurrence, les trompes et l’utérus. Ainsi, si l’infection touche les trompes, on parle de salpingite et si elle touche l’utérus, on parle d’endométrite. Ces infections se caractérisent par la gravité de leurs séquelles si elles ne sont pas correctement prises en charge.

 

Par quoi se caractérise la clinique de la salpingite ?

 « La salpingite touche la femme jeune entre 20 et 30 ans. Le plus souvent, l’infection se fait par voie ascendante (en provenance du vagin). Dans 60% des cas, l’infection est polymicrobienne.

Le diagnostic est avant tout clinique. Typiquement, il s’agit d’une femme jeune qui consulte pour des douleurs pelviennes (du bas ventre), exacerbées par les efforts et dyspareuniantes (douloureuses pendant les rapports), des leucorrhées purulentes, fétides et abondantes et des métrorragies (saignement utérin). Une petite fièvre à 38° est fréquente et il peut s’y associer des signes urinaires à type de dysurie, des nausées et des ténesmes.

Bien entendu, à côté de ce tableau clinique typique, il existe les formes graves d’emblée pouvant entraîner le décès, les formes trompeuses pouvant simuler une infection urinaire, une appendicite ou une grossesse extra-utérine, les formes atténuées et les formes asymptomatiques. Ces dernières sont particulièrement graves par leur évolution à bas bruit vers la destruction tubaire (de la trompe) découverte lors d’un bilan de stérilité ».

 

Quelles peuvent être les complications de la salpingite ?

« Les complications immédiates sont représentées par les collections profondes comme les abcès, la péritonite (inflammation du péritoine qui enveloppe les organes), le choc septique avec la défaillance multiorganique et le risque de décès. A plus long terme, la stérilité est la principale complication à craindre avec les douleurs pelviennes chroniques et la persistance de l’inflammation ».

 

Qu’en est-il de la prise en charge de la salpingite ?

« Bien entendu, la batterie d’examens complémentaires est impérative à savoir les examens biologiques, bactériologiques, la sérologie des infections sexuellement transmissibles et l’échographie. Mais l’examen clé pour confirmer le diagnostic reste la cœlioscopie dont l’intérêt est à la fois diagnostique, bactériologique, pronostique et thérapeutique.

La cœlioscopie permet de faire le diagnostic, de réaliser des prélèvements bactériologiques, d’évaluer et de stadifier la sévérité des lésions, d’explorer tout l’abdomen, d’établir un score pronostique évaluant les risques sur la fertilité ultérieure et de pratiquer des gestes curatifs.

Le traitement de la salpingite se fait en milieu hospitalier. Il associe l’antibiothérapie, le traitement chirurgical si besoin et la cœlioscopie de contrôle à distance de l’épisode aigu chez la femme désireuse de grossesse ».

En pénétrant par le vagin et avant de parvenir aux trompes, tout germe passera d’abord par l’utérus, ce qui peut l’infecter et entraîner une endométrite, est ce que cette infection est dangereuse ?

« L’endométrite est une infection fréquente et c’est la première étape de la voie ascendante des germes. Habituellement, elle précède et accompagne l’infection des annexes comme celle des trompes.

L’endométrite, une fois diagnostiquée et traitée, guérit habituellement sans séquelles vu la remarquable possibilité de régénérescence de l’endomètre. Le problème est de ne pas négliger une salpingite éventuellement associée.

 

Comment diagnostiquer et traiter une endométrite ?

 « L’endométrite aigue est de diagnostic facile, c’est un tableau qui associe de la fièvre, des douleurs pelviennes et inconstamment des métrorragies. A l’examen, l’utérus est douloureux et sensible. L’endométrite se voit souvent après un acte iatrogène tel que l’IVG (interruption volontaire de grossesse), l’hystérographie ou l’hystéroscopie.

Le diagnostic est clinique et bactériologique et le traitement repose sur l’antibiothérapie à dose suffisante et prolongée ».

Qu’i s’agisse de salpingite ou d’endométrite, le meilleur traitement passe toujours par la prévention. En effet, il est indispensable de traiter le ou les partenaires et de lutter contre les maladies sexuellement transmissibles par un dépistage et un traitement précoce et approprié.

 

E.K.L