Etre traité par un médecin Tunisien, ça se mérite

Un jour, un ex président avait dit « une bande de… » je ne me rappelle plus très bien du mot exactement utilisé mais c’était un terme qui signifiait l’ignorance, la médiocrité et la sottise.

Il se trouve que c’est justement ce dont souffre gravement la grande majorité des citoyens tunisiens qui, sur un fond de sadisme inné ou acquis, prennent de plus en plus de plaisir à condamner volontairement leur élite médicale et les deux derniers incidents du médecin anesthésiste réanimateur de Gabès et de la résidente en néonatologie du C.H.U Farhat Hached à Sousse ne sont que la goutte qui a fait déborder le verre.

Au cas où vous ne le saviez pas, être médecin ce n’est pas seulement un métier, c’est un état d’esprit et j’oserai dire même que c’est une prophétie. Ce serment d’Hippocrate appelé par certains en guise de moquerie, serment d’Hippocrite, tous les médecins y croient dur comme fer et l’appliquent à la lettre.  Mais comment le saurez-vous après tout, la maturité et le sens de responsabilité dont sont dotés précocement les médecins, vous qui les condamnez vous en êtes dépourvus même aux stades ultimes de votre vie. Seuls les parents qui ont des enfants ayant fait ou qui suivent des études médicales pourraient comprendre ce dont je parle car aboutir à un statut de médecin est une affaire de famille sur une quinzaine d’années en cas de parcours sans faute.

Durant son exercice, tout médecin est inévitablement confronté à la faute involontaire et aucune loi au monde ne peut le condamner tant que tous les moyens disponibles avaient été déployés pour sauver la vie humaine. Je m’explique : en médecine, il y a deux types de problèmes, d’une part la iatrogénie et c’est une complication habituelle et connue lors de la délivrance des soins nécessaires. Il y a aussi la faute médicale dont la définition est bien codifiée et c’est cette dernière qui est condamnable. Le jugement à ce niveau se fait au niveau de l’ordre des médecins censé être l’équivalent d’un tribunal de première instance.

Le médecin a des obligations de moyens mais non de résultats et c’est là toute la difficulté de comprendre ce dogme. Chez nous et en dépit des moyens dérisoires voire parfois carrément inexistants dont il dispose, le médecin accomplit des miracles car la réalité aurait pu être bien plus calamiteuse en termes de pertes de vies humaines et je dirai que peut être qu’il fallait pas qu’il s’acharne autant pour certains citoyens aussi mortellement ingrats mais paradoxalement farouchement envieux.

Si la population s’attend à des soins selon les normes et standards internationaux, elle doit accepter le revers de la médaille, soit deux conséquences bien simples : la première c’est la fermeture de toutes les structure publiques de santé et probablement de certaines privées vu qu’aucune d’entre elles n’est accréditée et ne peuvent l’être actuellement car le coût de leurs mises à niveau dépasserait même le budget de l’état et pourtant le médecin s’y trouve obligé de travailler pour vous sauver la vie au quotidien. La deuxième c’est l’augmentation indispensable du coût de la prise en charge en Tunisie de la simple visite médicale aux traitements les plus lourds en passant par les bilans biologiques, les explorations radiologiques et les interventions chirurgicales. A titre d’exemple, pour une chirurgie d’un cancer du colon, vous pouvez débourser en Tunisie jusqu’à 4000 dinars. Le coût actuel d’une opération similaire dans un hôpital européen dépasse les 22 000 euros soit près de 55 000 dinars avec le même résultat que les confrères européens mais avec des moyens incomparables.

Quand vous n’aurez plus de compétences humaines pour vous prendre en charge, les plus chanceux d’entre vous, pour dire les plus aisés mais vraiment beaucoup trop aisés, auront la possibilité de se faire traiter à l’occident également par des médecins tunisiens tant pis pour le reste, ils n’auront qu’à récolter le fruit de ce qu’ils auraient cultivé ou au mieux, ils feront la queue chez les quelques 145.000 bandits convertis en guérisseurs et gare à celui qui ose s’en plaindre, il pourra y laisser sa peau. Ou peut être croyez vous que l’état qui peine actuellement à payer correctement ses propres médecins aura la possibilité de payer 40.000 dollars par mois un médecin américain, anglais ou français importé spécialement pour répondre à vos caprices démesurés ?

Puisque le niveau intellectuel de quelques uns de nos chers citoyens a nettement évolué ce qui est soit disant « tout à l’honneur du pays », il faudra que toutes les étapes suivent. Ainsi et pour éviter de s’emballer dans les procédures judiciaires inutiles et les tribunaux, le mieux  et le plus simple est que toute personne soit dument avertie des complications de tout acte médical qui lui sera octroyé de la simple prise de sang avec le risque non négligeable de malaise vagal aux chirurgies et traitements les plus lourds qui peuvent se solder par le décès et qu’en cas de refus de signer le consentement, les soins ne pourraient leur être prodigués.

La formation du médecin tunisien est l’une des meilleures au monde et vous disposez des plus compétents mais on dit que « sage est celui qui trouve le bonheur dans ce qu’il a ». La sagesse est totalement étrangère à bon nombre de tunisiens réputés plutôt pour détenir des records en matière de pêchés capitaux tels que l’avidité, l’envie, le mensonge, la prétention, la hautaineté, l’irresponsabilité et l’ingratitude.

Vous ne méritez pas vos médecins et ces épisodes récurrents de dénigrement et de diabolisation ne feront qu’encourager l’exode de ces spécialistes vers des pays qui leur assurent tout de même l’épanouissement social, professionnel et financier dans le respect de leur statut d’être humain avant tout contrairement à l’état de misère dans lequel ils évoluent dans leur propre patrie.

Faut dire que question diabolisation également, certains médias et pseudo-journalistes n’ont pas fait dans la demi-mesure et ils sont réellement à plaindre avec leur irrespect des règles basiques des bonnes pratiques professionnelles, leurs réactions féroces et agressives et leur comportement indigne et loin d’être neutre vis à vis du problème. Quant à ma position sur la question, je ne pourrai naturellement pas être neutre, je défends la cause des médecins car j’en fais partie et j’en suis fière.

Ah, je viens justement de me rappeler le terme utilisé par cet ex président, il a dit « bande de racaille » mais pourra-t-on seulement nettoyer au Karcher !!!

Dr El Kamel-Lebbi Imen